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Photograpohie de Maryse Vaillant

Dans les contes, les sœurs s’entredéchirent souvent. Dans la vie aussi. Mais une sœur peut également être notre meilleure alliée, la seule vers qui se tourner quand ça va vraiment mal. Sans compter qu’elle participe à la construction de notre féminité. Psychologue clinicienne française et coauteure de l’essai Entre sœurs. Une question de féminité, Maryse Vaillant nous parle des relations sororales, singulières et complexes.

Gazette des femmes : Vous dites que les relations entre sœurs forgent la féminité. Que la sœur est le miroir féminin, une référence à copier ou à dépasser, un alter ego, mais aussi l’étalon qui sert à savoir qui l’on est.

Maryse Vaillant : Oui, ce qui s’apprend entre sœurs, c’est la palette très large de ce qu’est une femme, donc la féminité. On a toujours l’impression que la féminité, c’est l’art de savoir se mettre du rouge à lèvres, de séduire les hommes. Or, c’est bien plus que ça : c’est la force, le courage, l’empathie, la sensibilité. Quand on a des sœurs, on se chamaille pour avoir sa place. Ces disputes sont structurantes. On apprend la rivalité pour gagner l’amour de la mère ou pour séduire le père. On apprend à se battre en femme, à trouver les mots, à exprimer nos sentiments. Cela fait partie de la spécificité féminine : on sait mieux dire les choses que les hommes. On apprend donc à développer une conscience de soi, une identité.

Si une fille n’a que des frères, peut-elle apprendre cette féminité par opposition plutôt qu’en miroir ?

Non. Tout comme la fille unique, je pense qu’elle ira plutôt l’apprendre avec ses copines. Elle aura une meilleure amie, avec qui elle développera tout ce qui ne peut se jouer avec des frères, car ce ne sont pas les hommes qui nous apprennent à exprimer nos émotions.

Est-ce qu’une sœur permet davantage de créer sa féminité que la mère ?

Une sœur peut nous permettre d’être autrement femme que la mère, d’élargir la palette de la féminité. La sœur est plus accessible sur le plan des sentiments; on peut davantage se mettre en colère contre elle, par exemple. Il y a des tas de sentiments qu’on n’ose pas avoir vis-à-vis de la mère, de choses qu’on ne fait pas avec elle.

On ne peut donc pas tester toute notre palette de féminité avec la mère ?

Exactement. Une mère qui tient son rôle de mère donne un exemple, mais elle ne se met pas à la place de sa fille.

Relativement à la rivalité et à la phase œdipienne, que se passe-t-il lorsque le père est absent ?

Sortir de l’œdipe, ça veut dire sortir de cette idée que l’on devient une femme en séduisant son père. Ainsi, l’idéal, c’est que le père soit encore là pour que sa fille puisse le quitter, ou qu’elle le voie suffisamment souvent pour qu’elle puisse tomber amoureuse de lui, mais pas au point d’en venir à s’imaginer pouvoir remplacer sa mère. S’il n’est pas là, mais qu’il y a suffisamment de vie autour de la mère, la petite fille pourra quand même sortir de l’œdipe, devenir une femme plutôt que de rester enfermée dans ses histoires d’enfance.

Sophie Carquain et Maryse Vaillant, Entre sœurs. Une question de féminité, Albin Michel, , 288 p.

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