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Élever ses enfants en consommant moins… de stéréotypes

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Juriste de formation, journaliste de passion et, depuis peu, maman de vocation. Elle contribue notamment au journal Métro,à La Gazette des Femmes, L'Actualité, Workopolis, Droit-inc, Guide Habitation, Canoë etc.

Élever ses enfants en les initiant à une consommation non genrée, est-ce chose simple au Québec? Devant la demande grandissante de produits unisexes, plusieurs organisations ou entreprises offrent des solutions à la dichotomie rose/bleu. Survol d’initiatives permettant de consommer des livres, des jouets et des vêtements moins stéréotypés.

Changer le monde un livre à la fois

Les belles histoires prennent une grande place dans la vie des tout-petits et le livre est un outil idéal pour faire rêver et réfléchir. L’équipe du Centre filles de la YWCA Québec l’a bien compris, comme en témoigne son projet Kaléidoscope. L’idée? Bâtir une sélection de livres jeunesse exemplaires en matière d’éducation à l’égalité. Ainsi, les ouvrages proposés sur la plateforme abordent des sujets d’intérêt social tels que la diversité culturelle ou familiale ou encore le droit à l’instruction, l’homosexualité, l’image corporelle et l’immigration. Avant d’être choisis, les livres sont analysés à l’aide d’une grille d’évaluation par une équipe de partenaires.

Lancée en , cette initiative unique en son genre répond à un besoin réel. « L’adhésion aux stéréotypes nuit au développement des enfants et peut même mener à l’anxiété », avance Line Boily, agente de développement à la YWCA Québec et responsable du projet Kaléidoscope. « Malgré une prise de conscience, la socialisation sexiste est encore très présente. Dans un contexte capitaliste, c’est payant, mais ça enferme les individus dans des boîtes. »

« L’adhésion aux stéréotypes nuit au développement des enfants et peut même mener à l’anxiété. Malgré une prise de conscience, la socialisation sexiste est encore très présente. »

– Line Boily, agente de développement à la YWCA Québec et responsable du projet Kaléidoscope

Kaléidoscope ne se contente pas d’être une ressource en ligne. Financé sur trois ans, le projet a entamé l’été dernier sa deuxième phase : la formation des professionnel·le·s de l’éducation. « On veut sensibiliser le personnel éducateur, les centres de la petite enfance et les écoles primaires à l’importance de faire connaître ces livres aux jeunes », explique Line Boily. Le projet sera entre autres promu dans des colloques et des salons du livre, et auprès d’associations d’enseignant·e·s.

Se former par le jeu

C’est bien connu, les enfants apprennent en jouant. De plus en plus de jouets proposant des modèles qui brisent les stéréotypes apparaissent sur le marché, preuve de la demande grandissante de tels produits. Par exemple, l’agence lg2 et l’organisme Enfants transgenres Canada ont créé un jouet unique basé sur le modèle des poupées russes, accompagné d’un film qui relate l’histoire du petit Sam. La poupée se défait pour montrer les étapes susceptibles d’être vécues par les enfants qui se questionnent sur leur identité de genre. Pour l’instant, elle n’est pas en vente, mais elle sera distribuée dans les services de garde ou les écoles qui en feront la demande.

« Avoir accès à une vision non binaire, ça aide à construire la société de demain. »

– Valentine Hainneville, doctorante en marketing à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal

Or, ce ne sont pas que de petites organisations qui cherchent à mettre en marché ces produits différents. Ainsi, le géant Mattel (qui ne connaît pas Barbie?) diversifie depuis quelques années son offre afin de présenter des modèles moins genrés. La marque a en effet lancé une gamme de poupées qui mettent en scène des métiers non traditionnels. S’y ajoutent des Barbie à la silhouette plus ronde ainsi qu’une figurine non genrée.

« Ce sont de bonnes initiatives, sauf qu’elles sont accompagnées d’incohérences : le marketing est encore très classique, on voit peu de diversité ethnique. Et jouer à la poupée demeure une activité de petite fille si l’on en croit les affiches promotionnelles », souligne Valentine Hainneville, doctorante en marketing à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. « Il y a une certaine contradiction entre les communications et les produits. Par exemple, j’ai analysé 1 283 publications Instagram de Barbie. Un garçon apparaît sur une seule d’entre elles, en … »

Bien dans son coton ouaté… et dans sa tête

Que ce soit pour des valeurs environnementales ou économiques, un nombre toujours croissant de consommateur·trice·s voient d’un nouvel œil leur rapport aux vêtements. Pour les parents qui souhaitent éduquer leurs enfants loin des stéréotypes de genre, un élément s’ajoute à l’équation. En effet, plusieurs se plaignent des choix hypergenrés sur le marché. Les messages sexistes qu’arborent parfois les chandails font aussi rouler des yeux.

Mary-Jo Dorval,
créatrice de la collection Kid’s Stuff

C’est pour répondre à cette demande grandissante que la designer Mary- Dorval a lancé sa collection Kid’s Stuff [Trucs d’enfants]. Car, dans sa boutique, pas de filles ni de garçons, juste des enfants! « Il y a plusieurs années, tous les vêtements pour enfants étaient blancs pour être plus faciles à laver et à interchanger. La dichotomie rose/bleu, c’est vraiment une question de marketing et c’est très dommage », illustre l’entrepreneure. Pour elle, il était essentiel de créer une gamme que la fratrie pourrait se partager sans problème, peu importe le sexe. Plus encore, elle croit que des vêtements neutres permettent aux enfants de se sentir plus libres, plus créatifs.

Comme pour les jouets, certaines grandes marques ont embarqué dans le train. Gap, qui a dû répondre à la critique quant à son offre vestimentaire pour petites filles, a commencé à proposer certains produits unisexes. On se souvient également de la marque de vêtements non genrés pour enfants Celinununu de Céline Dion, qui aura fait couler bien de l’encre.

Une société en transformation

Une chose est sûre, l’engouement pour les produits neutres n’est pas près de s’estomper. « Les gens sont de plus en plus éduqués à l’impact des stéréotypes de genre. Il y a trois ans, quand je faisais des expositions dans les marchés, je devais expliquer mon concept. Je constate une grande évolution dans les mentalités », confirme Mary-Jo Dorval.

Cette prise de conscience touche plusieurs domaines et force des entreprises à revoir leur offre. Par exemple, dans un article de lapresse.ca du , on apprenait que Dans un Jardin remplaçait ses fameuses collections de produits d’hygiène pour enfant Princesse Jujube et Capitaine Dragon par une gamme non genrée illustrée par l’autrice Elise Gravel.

« Les études démontrent que les enfants intériorisent très vite les stéréotypes de genre. Cela va même affecter leurs champs d’intérêt. Avoir accès à une vision non binaire, ça aide à construire la société de demain », conclut Valentine Hainneville.

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