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Photographie Karine Dubois

Comme productrice indépendante, je côtoie quotidiennement de jeunes réalisatrices bourrées de talent… mais qui se sous estiment. Pourquoi doutent-elles de leur potentiel ? J’ai posé la question à quelques-unes. Gros plan sur leurs réflexions.

J’ai amorcé mon « enquête » en croyant que les filles qui étudient en cinéma restaient derrière dès l’université, préférant faire leur apprentissage dans des postes de soutien et laisser leurs confrères masculins réaliser avec fougue et ambition. Erreur. Les filles interrogées voient plutôt dans les programmes d’études le dernier refuge permettant de créer à l’abri du rude marché du travail. Une fois la « ouate universitaire » dissipée, elles doivent faire leur place dans un milieu reconnu comme hermétique. Karine B. a mis le doigt sur le bobo: « La microsociété qu’est l’université n’est pas réaliste. Elle ne permet pas de développer suffisamment ce qui sera le plus utile à la sortie : une force de caractère à toute épreuve. Les programmes de cinéma devraient insister sur le développement des individus. »

J’ai demandé à ma complice Catherine P., qui me semblait être née réalisatrice, à quel moment elle avait eu la « grande révélation ». Avec sérénité, elle m’a parlé de son passage par le doute avant d’embrasser ce métier. « Dans nos cours, la majorité des étudiants voulaient réaliser. Pas moi. Pas que je ne voulais pas foncer, plutôt parce que je ne savais pas ce que je voulais faire. J’ai commencé à penser à réaliser quand j’ai vu un film de Manon Barbeau, UNE cinéaste ! Il y a pas mal moins de modèles de réalisatrices, surtout en fiction. » Au fil des conversations, toutes les filles que j’ai interrogées ont en effet souligné la difficulté de se définir comme réalisatrice quand les modèles les plus populaires s’appellent Kubrick, Coppola ou Allen…

Ainsi, avant de trimer dur pour entamer le difficile parcours du financement d’une œuvre, pour vendre une idée à un producteur, pour se faire respecter sur un plateau, plusieurs réalisatrices doivent d’abord passer par l’étape d’assumer leur choix de carrière. Décidément, il n’y en aura pas de facile…

« C’est paradoxal. J’ai toujours eu confiance en moi, je n’ai jamais eu de difficulté à me vendre, raconte Catherine T. Mais la réalisation vient titiller une corde “existentielle” que je ne me soupçonnais pas. Après la fin de mes études, malgré un court métrage dont j’étais très fière et qui a eu une vie intéressante en festival, j’arrivais mal à me définir comme réalisatrice, alors que j’avais un background conséquent (bac en cinéma, premier film réussi). J’ai beaucoup réfléchi à propos de ma tergiversation: une fille qui a fait des études en génie n’a sûrement aucun mal à s’autoproclamer ingénieure ! Elle vient d’où, ma “petite gêne” ? »

Un ami travaillant sur les plateaux depuis longtemps ose une réponse : « Peut-être que les filles sont moins sûres d’elles parce qu’elles sentent ce non-dit du milieu : les filles ont moins droit à une deuxième chance. »

Pendant ce temps, pour payer l’épicerie, plusieurs réalisatrices se trouvent des jobs alimentaires. Véritables démons, ces emplois de coordonnatrice ou d’assistante qu’elles exercent avec tant de facilité menacent de les faire dérailler de leur objectif premier : réaliser.

Chez les jeunes réalisatrices, l’idée de mesures incitatives pour favoriser la place des femmes derrière la caméra fait sourciller. Pour Sandra, la solution est ailleurs : « C’est à nous de créer, de faire des films, de devenir incontournables. Il faut répéter sans cesse que nous aspirons à réaliser. »

Au terme de ces échanges, je m’apprête à faire breveter une méthode pour aspirantes réalisatrices : se trouver, s’assumer, foncer. Pas game, les filles ?

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