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Photographie d’Ariane Émond.

30 ans et toutes ses dents

par 

Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

Les décennies anniversaires sont des pierres blanches sur la ligne du temps.Des repères. La journaliste Ariane Émond a scruté le rétroviseur de la Gazette des femmes afin de rappeler comment le magazine a traité les grands enjeux féministes depuis 1979. Quel miroir avons-nous tendu à nos lectrices ? Avons-nous porté des lunettes trop roses… ou trop noires?

Difficile, pour une Québécoise féministe dans la cinquantaine, d’évoquer sans nostalgie les années 1970, quand l’air du temps fleurait la révolte et l’espoir. Oh oui, je me souviens ! De la fougue de la lutte pour l’avortement : « Nous aurons les enfants que nous voulons ! » Des rebelles du Front de libération des femmes : Québécoises deboutte ! De l’effet percutant de la série En tant que femmes de l’ONF. De la création du Conseil du statut de la femme en 1973. Des grands forums télé de Femmes d’aujourd’hui (1965-1982). Des impertinences salutaires d’Appelez-moi Lise (1972-1975). Des manifs colorées, des livres et des premiers périodiques féministes, des chansons et autres Fées ont soif… Et, en octobre 1978, de la politique Pour les Québécoises : égalité et indépendance. Une véritable bible, à laquelle une centaine de groupes de femmes avaient contribué.

La Gazette des femmes naît dans ce climat en 1979, alors que la cause des femmes galvanise des milliers de Québécoises, surtout des jeunes qui ne mâchent plus leurs mots. Et pourtant, ces féministes des seventies n’ont pas forcément la cote. Malgré des manifs spectaculaires et quelques tribunes médiatiques, elles sont minoritaires et dépréciées par la population. Dans le premier numéro de la Gazette, un billet intitulé Euphémismes dénonce les clichés éculés — « folles », « exécrables » — lancés aux féministes… par d’autres femmes. Fait plus rare, on raille aussi les bêtises répétées au nom même du féminisme. Réjouissant. En 1982, la présidente du CSF, Claire Bonenfant, écrit : « Le féminisme est-il une maladie honteuse ? » Elle s’étonne des propos d’étudiants et d’étudiantes persuadés, déjà (!), que le féminisme est dépassé. « Le féminisme n’est pas mort, il s’impatiente. De n’avoir pas encore, entre autres, les moyens d’un féminisme efficace. » Comme elle, les présidentes suivantes n’hésiteront pas à se prononcer fermement sur des sujets controversés : technologies de reproduction, équité salariale, port du hijab…

Publication gouvernementale, la Gazette a toujours eu des limites à respecter. Plus de 175 numéros au compteur et quelque 10 000 articles plus tard, la porte-parole du CSF inspire le respect. Depuis quelques années, elle a décolleté son look sage. Quatre liftings, une mise en page plus jazzée, des textes généralement solides : elle est un poids lourd de la presse féminine. Son contenu, hier surtout local, a pris le virage planétaire. Depuis 30 ans, la Gazette des femmes stimule et documente le nouvel équilibre social qui s’installe entre les sexes, dans ce qui apparaît comme une foudroyante révolution inachevée. Des femmes, surtout, y tiennent le crachoir, et le féminisme y garde ses lettres de noblesse. Pourtant, beaucoup plus d’hommes qu’on ne le croit y nourrissent la réflexion. Mais, admettons le, le ton général de la Gazette est sérieux, les arguments béton prévalent sur l’utilisation de l’ironie décapante. C’est un choix qui se défend.

Artisane du magazine féministe d’actualité La Vie en rose (1980-1987), j’ai été parallèlement une lectrice régulière de la Gazette, plusieurs fois collaboratrice. Pour évaluer son traitement des enjeux, il me fallait choisir sur quoi poser le regard. Terrible dilemme ! Tout a été traité, sous bien des angles et à différentes époques. De la place des immigrantes au retour de la tendance pitoune, de la résurgence de la valeur famille chez les jeunes à la montée des fondamentalismes religieux, de la violence féminine (vous avez bien lu !) au blues identitaire des gars, il y a de quoi se mettre sous la dent ! J’ai choisi comme lorgnette deux enjeux phares qui ont galvanisé le mouvement des femmes : l’autonomie financière et le contrôle de notre sexualité. Enjeux valises, c’est vrai, qui en cachent plusieurs autres.

Le credo de l’autonomie

Dans les manifs des années 1980, on scande : « La patience des femmes a fait la force des hommes ! » La conquête de l’autonomie financière est le mantra des féministes et leur valeur refuge. Pas de liberté ni d’épanouissement sans argent à soi. La Gazette valorise celles qui envahissent le marché du travail, bien que plusieurs milliers de mères soient toujours déchirées. Sans relâche, les articles encouragent les femmes à quitter les ghettos d’emplois traditionnels qui les pénalisent financièrement et leur offrent peu de mobilité sociale. On pose les questions qui tuent, encore : Pourquoi les femmes valent-elles moins, en salaire et en reconnaissance sociale ? Pourquoi la majorité piétine-t-elle ? Pourquoi, malgré les succès scolaires des filles, seulement 20 % d’entre elles deviennent-elles des professionnelles ? Pourquoi la disparité salariale augmente-t-elle avec la qualification ?

La grande affaire, pendant longtemps, c’est la promotion des emplois non traditionnels, auxquels on prête bien des vertus. Ah ! Devenir conductrice de métro, mécanicienne de machinerie lourde, postière, pompière, policière, pilote d’avion… On s’enthousiasme pour Les métiers d’avenir pour les filles (1987), tout en enquêtant sur le Non traditionnel à l’envers (1995), auprès d’hommes qui s’aventurent dans des métiers féminins et tirent bien leur épingle du jeu.

Fin des années 1990, la Gazette doit hélas constater que la sauce n’a pas vraiment pris et qu’assez peu de travailleuses ont fait leur nid dans les chasses gardées masculines. Le guide de survie Recherche d’emploi : une détermination du tonnerre (1999) raconte le parcours de combattante de celles qui ont osé défier la ségrégation professionnelle, la virulence des préjugés, la sélection à l’embauche. Et, on doit l’admettre froidement, les jeunes filles demeurent fortement attirées par les secteurs traditionnellement féminins. Même si 60 % des diplômés du collégial et de l’université sont aujourd’hui des femmes, il demeure qu’elles occupent encore 98 % des postes de secrétaire, et les hommes, 99 % des emplois de mécanicien ! N’empêche, on croise plus de policières et de conductrices d’autobus. Et un peu plus d’infirmiers… Mais la réflexion sur la ténacité des stéréotypes doit être poursuivie, sans l’ombre d’un doute ! Et si la confiance en soi était le grand clou qu’il faille enfoncer ? Comment se défaire de cette peur si répandue, encore, de ne pas être à la hauteur ?

Bien avant d’autres médias, la Gazette des femmes explique les transformations prévisibles du marché de l’emploi avec l’arrivée des nouvelles technologies, et démontre l’importance pour les filles de s’y préparer. En 2000, elle publie La féminisation des professions : un problème?, un dossier éclairant et moins alarmiste que tout ce qu’on lit ailleurs. L’arrivée des femmes (médecins, avocates, pharmaciennes…) bouscule, certes, mais pourquoi seraient-elles responsables de tous les maux d’un système sclérosé ?

Pour une joute équitable

Toujours au chapitre de l’autonomie financière, la contribution la plus notable du magazine reste d’exposer intelligemment les raisons systémiques du surplace des femmes dans l’échelle sociale et salariale. De faire écho à la frustration et à l’impatience des groupes de femmes devant la lenteur à voir appliqués, dans les faits, les principes d’égalité inscrits dans la Charte québécoise des droits et libertés depuis… 1975. L’égalité des chances dans l’entreprise, un rêve ? Un objectif, écrit-on en 1983 et, en 1988, Pourquoi une couturière gagne-t-elle moins qu’un vitrier ? Le sous-texte est clair : femmes, persistez ! Rien ne sera gagné sans haute lutte. On donne la parole aux grandes centrales syndicales qui, tout en interpellant le gouvernement, rallient l’ensemble des syndiqués aux revendications des femmes.

Dans les années 1990, la question de l’équité salariale explose. Le ton monte, la patience est à bout après si peu de résultats tangibles en 15 ans. Les femmes ne gagnent toujours que 68 % du salaire des hommes. Comme l’écrit en 1993 la présidente du CSF Marie Lavigne, seule la volonté politique accélérera le processus vers l’égalité des chances : « Parce que la discrimination à l’égard des femmes n’est pas le fait de quelques irréductibles employeurs machos, elle est inscrite au coeur même du système d’emploi, c’est-à-dire qu’elle est systémique, et que les solutions doivent aussi être d’ordre systémique. » La Loi sur l’équité salariale adoptée en 1996 oblige 35 000 entreprises de 10 employés ou plus à corriger toute iniquité de rémunération basée sur le sexe. L’appliquer sera un exercice de haute voltige. En 2000, la Gazette titre encore L’équité salariale : un Everest à conquérir.

Quatre-vingts pour cent des mères avec des enfants de moins de 6 ans sont aujourd’hui sur le marché du travail. Un bond spectaculaire en 30 ans. Concilier travail et famille : une mission possible ? On s’en inquiétait fébrilement en 1993; la question reste d’une brûlante actualité en 2009, malgré les formidables avancées. Les demandes de conditions décentes (garderies, horaires flexibles, congé de maternité, congé parental et autres…) défraient sans relâche les manchettes de la Gazette. De façon constructive, on applaudit les mesures et les services dans les municipalités, les écoles, les entreprises. Mais le pas de géant dans ce dossier, c’est l’arrivée des jeunes pères désireux de s’impliquer à fond. La Gazette affiche rarement des hommes à la une. La couverture de juin 2007 est d’autant plus frappante, montrant un bébé et son papa souriant — heureux sans doute de rester à la maison quelques mois sans s’appauvrir pour autant ! Belle façon de rappeler que la présence ravie des pères auprès de leur progéniture est un gain formidable du féminisme.

Pauvreté maudite

Au Québec, en 2004, 75 % des familles monoparentales avec un enfant de moins de 6 ans vivent de l’aide sociale. Constat dramatique, mais récurrent : comme les jeunes mères, les vieilles femmes peuplent elles aussi le continent noir de la pauvreté. Aux unes comme aux autres, la Gazette des femmes prête voix. Âgées et pauvres, un destin que les femmes refusent, lance un dossier de 1983. Vingt ans plus tard, une enquête révélera que les Super mémés (2004) ont leur vie bien en main, qu’elles en ont marre de l’âgisme ambiant… et qu’elles continuent de vivre au seuil de la pauvreté, ou carrément dessous.

Enfin, la justice se cachant dans les détails, le magazine scrute à la loupe les réformes fiscales proposées au fil du temps et montre du doigt les mesures qui appauvrissent les femmes. Ainsi, il appuie la loi pour favoriser la perception des pensions alimentaires (1981) et, plus tard, la loi prévoyant le partage du patrimoine familial (1989). Couple et argent font-ils bon ménage ? Aujourd’hui, alors que tant d’outils d’autonomie financière ont été durement arrachés, 25 % des travailleuses québécoises gagnent plus que leur conjoint. L’ambivalence des femmes par rapport à l’argent, révélée dans l’excellent dossier Le hic avec le fric (2008), surprend d’autant plus.

Notre corps, nous-mêmes

Avoir la maîtrise de son corps et de sa sexualité : c’est le deuxième grand enjeu féministe de ces trois décennies. La bataille de l’avortement est le fer de lance du mouvement dans les années 1970 et 1980. Bien que l’avortement ait été retiré du Code criminel en 1988, plusieurs députés fédéraux multiplieront encore, en 2009, les tentatives pour y introduire le respect des droits du foetus. La Gazette appelle régulièrement à la vigilance et ses collaboratrices rapportent le combat des Mexicaines, des Brésiliennes, des Marocaines, des Irlandaises toujours empêchées d’avorter.

Évidemment, violence conjugale, viol et inceste sont abondamment traités, ce qui contribue sûrement à cet autre gain important des féministes : l’ensemble de la population ne trouve plus normal qu’un homme abuse ainsi de son pouvoir. Les pressions pour que le gouvernement finance des campagnes médiatiques portent leurs fruits. Plus récemment, la Gazette des femmes a dû contrer le discours pernicieux de la nébuleuse masculiniste : Unisexe, la violence ? (2005). Pour nier l’ampleur de la violence faite aux femmes, certains sèment la confusion en martelant deux faussetés : les chiffres officiels seraient indûment gonflés par les féministes, et la violence des femmes à l’endroit des hommes serait équivalente. Cette entreprise de désinformation reçoit beaucoup d’écho dans les médias entre 1990 et 2005, et continue encore de faire déraper la réflexion. La « souffrance des hommes » est la nouvelle justification à la déresponsabilisation des agresseurs. Pathétique et dangereux. Heureusement, la Gazette y apporte un solide contre-discours.

Le corps des femmes est toujours un champ de bataille. Pornographie, hypersexualisation, prostitution : ces questions divisent les femmes et les féministes, comme le reste de la société. Déjà en 1987, dans Qu’apprendon à l’école de la porno ?, le magazine révèle que l’âge de la première exposition des jeunes à la porno est de 12 ans pour les garçons et de 13 ans pour les filles. Vingt ans plus tard, la Gazette des filles (septembre 2006) et la Gazette des jeunes (décembre 2007), deux bestsellers, donnent la parole aux ados englués dans la marée montante des stéréotypes, écoeurés d’un environnement hypersexualisé. Après ces parutions, les médias tendront davantage leurs micros aux jeunes, étonnamment plus féministes qu’on ne l’aurait cru !

La Gazette dissèque tous les enjeux liés à la maternité : la santé des mères au travail, les césariennes qui montent en flèche, les mères adolescentes ou lesbiennes… Le magazine contribue à faire évoluer les mentalités en montrant du doigt les dangers que cache l’avalanche de choix disponibles. Il suit pas à pas le combat des Québécoises qui veulent mieux maîtriser leur fertilité et confronte la vision de la maternité des plus jeunes à celle des baby-boomers. Passionnant. En 1987, et de nouveau en 2009, il analyse le choix encore tabou de ne pas avoir d’enfant, malgré les pressions sociales. En filigrane, la Gazette remet en cause l’idée du contrôle à tout prix de nos maternités. Après avoir effrayé, les nouvelles technologies de reproduction ont la cote. Mais jusqu’où nous ferons-nous cobayes au nom du désir d’enfant ? En 1987, le dossier Le droit à l’enfant parfait existe-t-il ? laisse augurer les enjeux éthiques actuels. Le slogan — jadis révolutionnaire — « Nous aurons les enfants que nous voulons » tiendrait-il encore la route aujourd’hui ?

La tectonique des sexes

Tout en épaulant et en documentant leurs luttes politiques, la Gazette se passionne pour la vie privée des femmes. Leur quotidien a changé, puisqu’elles sont davantage à égalité comme pourvoyeuses et parents. Au-delà des affres de la conciliation, le magazine suit l’évolution des rapports amoureux et des liens familiaux, fragilisés par les ruptures. L’éléphant dans la pièce, c’est souvent la garde des enfants — partagée ou non ? –, qui provoque tensions et débats juridiques. Et qui cristallise la frustration montante de plusieurs hommes.

Le malaise saute aux yeux avec le massacre de Polytechnique en décembre 1989. Tout à coup, il devient quasi légitime de se déchaîner publiquement contre les féministes et toutes les femmes qui « exagèrent ». Étonnamment, pendant les mois qui suivent, la Gazette des femmes ne publie aucune réflexion sur le geste de Marc Lépine. Les féministes d’État ont-elles eu peur d’être accusées de « récupérer » cet événement d’une violence inouïe ?

Comme beaucoup d’autres féministes, en fait, la Gazette tarde à réagir au ressac déclenché par Polytechnique. Les grands médias, eux, multiplient les métaphores crispées pour évoquer les remous causés par les avancées des femmes : Une société qui vire au rose, Pitié pour les garçons !, Les pères en colère… Heureusement, fin des années 1990, la Gazette riposte et apporte un regard divergent (et distrayant !) sur le prétendu traumatisme majeur des hommes. Elle le fait en interrogeant… des Québécois, de générations et de parcours différents. Reportages et sondage sur Ce que pensent les hommes après 25 ans de féminisme (1998) atténuent la panique généralisée. La grande majorité d’entre eux se laissent glisser sans trop de heurts, lisons-nous, dans la mutation sociale en cours. Et trouvent qu’en général, leur vie amoureuse ne subit pas de frictions graves à cause du mouvement des femmes. Les plus jeunes se sentent écrasés par les baby-boomers, non par les femmes. La culture de la confrontation et les monologues parallèles des deux sexes les énervent au plus haut point. À relire, cet article plein d’humour sur les fils de féministes : Des hommes sous influence ? (1997). Non, leurs mères ne sont pas des folles finies et castratrices. Oui, ils sont un peu mêlés devant les messages contradictoires que la pub, les filles, la télé leur lancent. Mais cette conscience d’une égalité à respecter, ils la voient comme une force.

Victimes ou championnes ?

Quelle image des femmes la Gazette donne-t-elle, pendant ces 30 ans ? Forcément, elle tend un miroir à double face. Quand on traite de violence conjugale, du viol comme arme de guerre, d’intégrisme religieux, de porno ou de trafic sexuel, comment taire que les femmes et les filles en sont les premières victimes, ici comme ailleurs ? Il ne s’agit pas de victimisation, mais de faits, cruels, et solidement documentés.

Par ailleurs, la Gazette éclaire généreusement l’autre versant de la réalité. Elle montre des femmes au verbe haut, au charisme rassembleur ou dissonant, aux idéaux ambitieux… mais pas forcément intéressées à jouer la séduction. Ce qui dérange, encore. Elle fait aussi sortir du rang des hommes porteurs d’un discours nuancé sur l’évolution des sexes — interviewés ou journalistes. Quitte à faire grincer des dents les masculinistes et les féministes plus strictes.

Depuis 1979, la Gazette réfléchit à la montée du pouvoir des femmes et à son impact dans l’espace public et privé. Scrutant autant les résistances que les avancées, elle souligne l’indéniable succès scolaire des filles, l’entrée progressive des femmes dans les parlements et les cours de justice, leur plus lente mais constante ascension dans le monde des affaires. Elle nourrit leur goût de plus en plus affirmé pour le pouvoir, quel qu’il soit. Investissons les lieux de pouvoir, lançait en mars 2009 l’actuelle présidente du CSF, Christiane Pelchat, dans un numéro rempli de très convaincantes politiciennes municipales. Une fois en poste, les élues ont cependant bien des éléments à concilier : ligne de parti, conflits de priorités, etc. Tout en appuyant le mouvement des femmes, en lui servant parfois de relais auprès du gouvernement, la Gazette ne cache pas que le courant passe parfois difficilement entre les élues et les groupes de femmes. De part et d’autre, il faut composer, tendre à un équilibre entre le possible et l’idéal.

Que me reste-t-il de ces semaines ensevelie sous mes lectures, où j’ai revisité tous ces enjeux qui prennent aux tripes ? J’ai eu de la chance de revoir tout cela en accéléré, de mesurer combien la persévérance des femmes est inspirante, et leur sens des alliances, plus développé. Combien aussi les féministes restent des mal-aimées. J’en ressors avec la certitude que la Gazette a fait un boulot remarquable et que son avenir devra s’arrimer à celui des jeunes. Qui prendront, ou non, le relais de cette révolution inachevée. Autrement, sans doute.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Marcelle Sauvageau

    Quel belle synthèse ! Merci. à vous ,pour cette synthèse et à la Gazette des femmes pour son beau travail.
    Tout n’est pas fini, et je crains un recul, avec la droite qui monte… Soyons vigilantes !

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