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Sages-femmes recherchées

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Juriste de formation, journaliste de passion et, depuis peu, maman de vocation. Elle contribue notamment au journal Métro,à La Gazette des Femmes, L'Actualité, Workopolis, Droit-inc, Guide Habitation, Canoë etc.

Rêver d’un suivi sage-femme pour sa grossesse, mais ne pas y avoir accès : c’est la réalité d’un nombre grandissant de femmes dans la province.

Au Québec, une femme peut choisir d’accoucher à l’hôpital, dans une maison de naissance ou à domicile. La Société d’obstétrique et de gynécologie du Québec considère même qu’il s’agit du droit des mères d’accoucher dans le lieu de leur choix. Toutefois, ce droit s’avère souvent une illusion puisque la demande pour des sages-femmes et des places en maison de naissance dépasse largement l’offre. Déjà en 2005, un sondage de la firme SOM révélait que près de 25 % des Québécoises choisiraient le suivi sage-femme. Mais en réalité, moins de 4 % y auraient réellement accès. En 2008, le gouvernement avait d’ailleurs fixé dans sa politique de périnatalité un objectif de 10 % de suivi de grossesses par des sages-femmes avant 2018, une cible loin d’être atteinte.

Mounia Amine
© Safi photographie

« Les taux de satisfaction après un suivi sage-femme sont très bons. Même quand l’accouchement finit en transfert à l’hôpital, c’est très rare que les femmes retournent à un suivi obstétrical en milieu hospitalier après avoir vécu cette expérience. »

— Mounia Amine, présidente du Regroupement Les Sages-femmes du Québec

Or, l’intérêt de la population pour les accouchements en maison de naissance et le suivi sage-femme augmente, remarquent les acteurs·trices impliqué·e·s dans le milieu. « On le voit parce qu’on se fait connaître et reconnaître dans les familles, qui veulent en savoir plus sur cette option », affirme Mounia Amine, présidente du Regroupement Les Sages-femmes du Québec. Le bouche-à-oreille a d’ailleurs été l’un des vecteurs de transmission d’information les plus puissants pour la profession. « Les taux de satisfaction après un suivi sage-femme sont très bons. Même quand l’accouchement finit en transfert à l’hôpital, c’est très rare que les femmes retournent à un suivi obstétrical en milieu hospitalier après avoir vécu cette expérience », explique-t-elle.

Quantifier cet intérêt grandissant est toutefois ardu, puisque les listes d’attente pour les maisons de naissance sont dressées par les établissements de santé. « C’est très difficile d’avoir accès à ces chiffres. D’ailleurs, on les voudrait nous-mêmes : ils nous aideraient à mieux négocier nos conditions », affirme Mounia Amine.

À noter : aucune promotion officielle de la pratique n’est actuellement effectuée. Résultat : plusieurs femmes ignorent qu’elles ont cette option. Celles qui s’y intéressent font généralement une recherche par elles-mêmes, et sont souvent découragées par leur entourage. « Même les professionnels de la santé ne vont pas nécessairement penser à diriger les femmes vers une sage-femme. S’il y avait une véritable promotion, le problème de l’offre et de la demande serait encore pire. La demande exploserait », croit la présidente du regroupement.

Des régions oubliées

Si les grands centres urbains ont la chance de posséder plusieurs maisons de naissance pour desservir leur population, certaines régions attendent encore leur tour. Fatigués de patienter, des groupes se mobilisent un peu partout au Québec pour avoir accès à une sage-femme. Sur la Côte-Nord, par exemple, une pétition a été lancée pour réclamer l’ouverture d’une maison de naissance, et a été endossée par la députée de Duplessis, Lorraine Richard.

Lorraine Fontaine

Lorraine Fontaine, coordonnatrice de la Coalition pour la pratique sage-femme, déplore le peu d’accès aux sages-femmes en région et considère essentiel que des moyens soient mis en place pour les attirer hors des grands centres.

Lorraine Fontaine, coordonnatrice de la Coalition pour la pratique sage-femme, déplore le peu d’accès aux sages-femmes en région. « À Rivière-du-Loup, après 10 ans de mobilisation pour l’accès aux sages-femmes, la population a réussi à en avoir deux! Mais elles doivent faire l’accouchement à l’hôpital, ce qu’elles ne souhaitent pas nécessairement. Il faut vraiment mettre en place des moyens pour attirer les sages-femmes en région », constate-t-elle.

Les régions éloignées ne sont pas les seules à souffrir d’un manque de ressources en la matière. La ville de Laval, par exemple, a beau être la troisième en importance au Québec, elle n’a toujours pas de maison de naissance. Une aberration selon plusieurs, surtout qu’en 2015, la Ville a reçu un budget du gouvernement pour engager un chargé de projet afin d’entamer les démarches. « C’est une région qui a le droit à une maison de naissance. La population le demande depuis des années. Les fonds sont débloqués, mais ça coince ailleurs. Méconnaissance? Enjeux politiques? C’est un mystère un peu tabou », avance Lorraine Fontaine.

Tania S., résidente de cette ville, a dû renoncer cette année à son rêve d’accoucher en maison de naissance. « Il n’y en a pas à Laval et j’étais au bas de la liste d’attente pour les autres régions, qui priorisent les habitants de leur territoire, se désole-t-elle. Je me console en me disant que j’aurai peut-être plus de chance au “bébé deux”. »

D’autres régions du Québec ont obtenu le feu vert ministériel ainsi que des fonds pour la mise sur pied d’une maison de naissance, sans que le projet soit abouti. Parmi elles : l’Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et le Nord-du-Québec. « La bonne nouvelle, c’est qu’il y a eu plusieurs déblocages récemment, notamment dans les secteurs Pointe-Saint-Charles et Ahuntsic à Montréal. D’autres projets sont également en démarrage, mais il faut s’assurer de mener le développement de façon stratégique. Par exemple, si dans la même période on ouvre trois maisons de naissance à Montréal et une en région, c’est certain que les sages-femmes ne seront pas motivées à s’éloigner. Sans compter qu’il y a très peu d’incitatifs financiers pour aller en région », ajoute Mounia Amine.

Pas facile de devenir sage-femme

Ce manque d’incitatifs n’est pas le seul bâton dans les roues de l’accessibilité aux sages-femmes. Même pendant leur formation, qui n’est offerte qu’à Trois-Rivières, celles-ci se heurtent à divers obstacles, souvent financiers. Résultat : le taux de diplomation dans les délais prévus au baccalauréat en pratique sage-femme n’atteint que 67 %, contrairement à 85 % dans les autres programmes de santé de l’UQTR.

Mayou Soulière est étudiante sage-femme et membre de l’organisation étudiante Co-naître, qui se mobilise pour la profession. Selon elle, ce métier nécessite un dévouement total… qui coûte cher. « On est une population étudiante de femmes qui sont souvent mères de famille. Et comme beaucoup n’habitent pas à Trois-Rivières, on doit déménager, assumer des frais de déplacement, etc.  », explique-t-elle.

Mayou Soulière
© Jean-Philippe Brochu

« En dernière année, les étudiantes en pratique sage-femme ont un niveau de compétences et d’autonomie égal à celui des étudiants de deuxième année de médecine qui font de l’obstétrique. On fait des suivis complets de grossesse ainsi que des accouchements avec un niveau de supervision minimal. »

— Mayou Soulière, étudiante sage-femme et membre de l’organisation étudiante Co-naître, qui se mobilise pour la profession

Les frais de déplacement sont également problématiques en période de stage. Il y en a sept au total pendant la formation, et les étudiantes doivent s’attendre à parcourir jusqu’à 100 km pour se rendre aux maisons de naissance, faire les visites postnatales, etc. Sans compter que les stages ne sont pas rémunérés, évidemment.

Mayou Soulière se réjouit toutefois d’une chose : la mobilisation étudiante ainsi que le dépôt d’un mémoire au gouvernement ont mené à l’organisation d’une rencontre avec les gens du ministère de la Santé. « Elle aura lieu très prochainement, et nous sommes contentes de ce début de dialogue », affirme-t-elle. Ultimement, les étudiantes espèrent voir la dernière année de stages rémunérée, comme c’est le cas pour la résidence en médecine. « En dernière année, les étudiantes en pratique sage-femme ont un niveau de compétences et d’autonomie égal à celui des étudiants de deuxième année de médecine qui font de l’obstétrique. On fait des suivis complets de grossesse ainsi que des accouchements avec un niveau de supervision minimal », souligne-t-elle.

Conditions de pratique et d’études à améliorer, incitatifs à l’éloignement insuffisants, sensibilisation et information en santé publique déficientes : les raisons qui expliquent la difficulté d’accès aux sages-femmes sont multiples. « C’est comme un tricot qu’on doit défaire une maille à la fois », conclut Lorraine Fontaine.

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2 Réactions

  1. Kéïta Awa

    C’est mon rêve depuis l’enfance. C’est un métier très bon.

  2. Frederique

    Je suis tout à fait d accord, c’est une aberration d’en être à ce stade,je suis moi même en plein dans cette situation : inscrite sur les 2 listes d attente de ma région ( Lanaudière) depuis 6 mois il n’ y a pas de place pour une sage femme.je voulais accoucher à la maison suite à une mauvaise expérience à l hôpital avec mon 1er.

    Le pire c est qu’ à mon inscription on m informait que j étais 13eme sur la liste d attente du boisé de Blainville et rendue à 8 mois de grossesse on me dit que je suis 14 EME car on priorise les patientes ayant déjà été suivies par une sage femme!!!!
    Autant dire mission impossible ou encore faut il être référée,avoir des contacts ou être connue publiquement…..

    Le pire c est qu’il n’ya pas d entre deux,c est soit l hôpital soit les sages femmes,autant dire 2 visions et pratiques totalement à l opposé.

    Donc je suis rendue à 36 semaines de grossesse en désespérant de devoir aller accoucher à l hôpital mais n ayant aucune autre alternative ni soutien….
    À part l option d accoucher seule à domicile si je suis mes convictions en me faisant traiter d irresponsable….

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