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Photographie de plusieurs spéculums.

En quête de gynécos sensibles et respectueux, svp!

par 

Jeune journaliste montréalaise, elle travaille comme pupitreuse au journal Le Devoir, en plus d'écrire comme indépendante. Elle s'intéresse aux mouvements féministes au pluriel, aux musiques qui brassent et aux patates frites. Elle fait partie du Collectif Hexen, avec Marie-Pier Frappier* et Nadia Koromyslova**. /// * Marie-Pier Frappier est journaliste indépendante à ses heures et architecte de l’information à temps plein. Elle a enseigné son métier de pupitreuse à l’UQAM et l’a pratiqué de nombreuses années au journal Le Devoir. /// ** Nadia Koromyslova est journaliste indépendante et artiste multimédia.

Coauteures : Marie-Pier Frappier et Nadia Koromyslova

#BalanceTonAccouchement, #PayeTonUterus… les mots-clics se multiplient sur le Web pour dénoncer les comportements jugés misogynes ou inexpérimentés des médecins lors d’un suivi de grossesse, d’un examen gynéco ou d’un accouchement. Au Québec, certaines femmes lassées du système se tournent vers des professionnel•le•s de la santé plus compréhensif•ive•s ou proposent même des solutions maison.

« J’espère que ton chum n’a pas un gros pénis! » s’est fait dire Julie*, 30 ans, alors qu’elle écartait les jambes lors d’une visite gynécologique de routine. Nul besoin de souligner que cette remarque sur son anatomie intime l’a rendue mal à l’aise.

Parfois, la personne médecin véhicule des clichés carrément faux. Par exemple, il n’y a pas si longtemps, les femmes sans enfants se heurtaient à la résistance obstinée des médecins à leur poser un stérilet. L’ex-médecin et auteur reconnu Martin Winckler nous raconte que de nombreuses jeunes femmes lui ont dit avoir dû lutter auprès de leur gynéco, documents scientifiques à la main, pour avoir accès à cette méthode de contraception.

Photographie de Sylvie Lévesque.
© Émilie Tournevache

« On dirait que lorsqu’on entre dans un bureau de médecin, toutes nos connaissances, toute notre combativité restent à l’extérieur. »

Sylvie Lévesque, sexologue et professeure au Département de sexologie de l’UQAM

Mais c’est souvent l’attitude de ces praticien•ne•s – qui recueillent nos témoignages les plus intimes – qui cause le plus grand malaise. Caroline*, une artiste visuelle de 26 ans, est restée marquée par la posture paternaliste d’un gynécologue qu’elle a consulté pour discuter des différentes options de contraception. Alors qu’elle avait cessé de prendre la pilule contraceptive pour ne plus ingérer d’hormones, le médecin le lui a reproché : « Ton acné, c’est parce que tu as arrêté la pilule. » En plus de préconiser exclusivement la méthode qui ne convenait pas à la jeune femme, il semblait formuler des jugements condescendants envers ses choix de vie. « Juste après moi, il recevait une femme enceinte, et son attitude a vraiment changé lorsqu’il l’a accueillie, note Caroline. Il était attentionné avec elle. J’ai eu l’impression qu’il me trouvait irresponsable d’être une jeune femme célibataire avec une sexualité. »

Mais attendre un bébé ne garantit pas toujours un meilleur traitement. La grossesse et l’accouchement comportent leur lot de gestes posés sans obtenir de consentement : épisiotomie (incision du périnée) systématique, péridurale non désirée, usage des forceps, accélération du travail par pression sur le ventre ou imposition de la position couchée, dont l’efficacité est depuis longtemps contestée.

Bref, en gynécologie comme en obstétrique, l’autorité de la blouse blanche fait des ravages sur les femmes. « On dirait que lorsqu’on entre dans un bureau de médecin, toutes nos connaissances, toute notre combativité restent à l’extérieur », remarque Sylvie Lévesque, sexologue et professeure au Département de sexologie de l’UQAM, qui a mené un travail de recherche sur les violences obstétricales en partenariat avec le Regroupement Naissance-Renaissance, qui œuvre avec une quarantaine d’organismes en périnatalité.

La faute au système?

Avec des quotas de patient•e•s par jour et des hôpitaux ayant des objectifs financiers à atteindre, pas surprenant que les médecins ont parfois une approche cavalière, s’entendent pour dire les personnes intervenantes que nous avons interrogées. À ce sujet, l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues répétées.

Photographie de Martin Winckler.
© Michel Gilet

« Grâce aux réseaux sociaux, au partage d’informations, les femmes prennent conscience de formes d’oppression qu’elles ignoraient subir avant. »

Martin Winckler, ex-médecin et auteur, proposant sur YouTube des vidéos sur la santé sexuelle des femmes

« En général, les professionnel•le•s de la santé font bien leur travail et ne veulent pas faire mal aux gens, affirme Marie-Ève St-Laurent, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec. Mais il ne faut pas nier le côté systémique de tout ça. Une des sources du problème, c’est la vitesse de travail qu’on nous impose. À un moment donné, tu dois faire avec la quantité de femmes qui accouchent et de gens malades… »

Caroline, qui n’utilise désormais pas d’autre moyen contraceptif que le condom, est d’accord. « C’est sûr qu’il y a une surcharge de travail. Les médecins voient trop de gens dans une journée. Je ne crois pas que mon gynécologue voulait faire exprès de me faire sentir mal, mais ça se traduit par un manque de considération pour l’expérience de santé des femmes. » Désillusionnée, elle se dit désormais adepte de l’automédication, lorsque c’est possible.

Aller voir ailleurs

Dans ce climat de confiance défaillante, plusieurs femmes boudent en effet le système de santé et se tournent vers la « gynéco DIY » (do it yourself, « fais-le toi-même »). Menstruations, infections, grossesse : grâce au Web et aux médias sociaux, les conseils sont plus accessibles, et souvent fondés sur des expériences vécues. Par exemple, nombre de femmes soignent des maux du quotidien, comme une infection vaginale, avec des plantes ou des produits naturels.

De son côté, l’initiative Gynéco Positive, lancée en 2017 au Québec, offre un répertoire en ligne de gynécologues et de médecins ayant une pratique respectueuse et inclusive, particulièrement des personnes LGBTQ+. Charli Lessard, idéatrice du projet, dit vouloir « féliciter les médecins qui ont une approche plus attentionnée de la gynéco », plutôt que de pointer du doigt ceux et celles qui ont des manières répréhensibles.

Clito Curious est une plateforme d’information et de démocratisation des savoirs sur l’anatomie sexuelle féminine. Un de ses buts est de produire des clitoris grandeur nature en plastique souple, à distribuer dans les classes et les écoles. La fondatrice du projet, qui préfère utiliser le pseudonyme Magaly, milite elle aussi pour une prise en charge plus directe par les femmes de leur santé reproductrice. « Au Centre de santé des femmes de Montréal, où je suis suivie, on me propose régulièrement de regarder mon col avec un miroir lors des Pap tests », donne-t-elle comme exemple.

Le pouvoir des maux

« J’ai l’impression que quand on parle des violences obstétricales, on parle de la même chose qu’avant, dit Andrée Rivard, historienne et chercheuse associée à la Chaire Claire-Bonenfant de l’Université Laval, spécialisée en condition féminine. À la différence que maintenant, on a adopté un langage plus direct, pour que les choses changent! »

« Grâce aux réseaux sociaux, au partage d’informations, les femmes prennent conscience de formes d’oppression qu’elles ignoraient subir avant, renchérit Martin Winckler. L’immense majorité d’entre elles ne veulent pas porter plainte. Il faut le faire en groupe, il faut mener des actions collectives. C’est comme pour #MeToo : plus on est nombreux•euses, plus il y a un effet de masse. Il faut un #MeToo pour les gynécos médiocres ou violent•e•s au Québec. »

  • * Prénom fictif

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Viviane

    On blâme encore les hommes.

    Avant, ce sont les femmes qui se soutenaient entre elles, non? Une femme enceinte avait tout un réseau de femmes autour d’elle: mère, grands-mères, soeurs aînées, cousines, tantes, voisines. Le village de femmes.

    Elles sont où aujourd’hui toutes ces femmes?

    Ah oui, bien sûr… elles s’épanouissent sur le marché du travail. Et ne remettent jamais en question cette fixation qu’elles ont sur le marché du travail. Même quand elles en paient le prix. Pas question de questionner. Surtout pas le féminisme.

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