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Photographie de Irene, Nikki, Maryam et Sonia.

Pourquoi ces femmes? Note sur la série « Portraits de femmes »

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Étudiante en droit à l'Université McGill et diplômée en journalisme de l'UQÀM. Elle s'intéresse aux enjeux féministes, à travers son blogue sur le site du journal VOIR. Elle collabore également au magazine L’actualité web ainsi qu'à la chronique, la Chaire des genres, de l'émission Médium Large à Ici Radio-Canada Première.

Au cours des derniers mois, des portraits de femmes qui façonnent le monde et les événements ont été présentés. Celui qui conclut la série peut surprendre. Les motifs derrière ce choix sont exposés ici.

Les trois femmes qui ont été présentées jusqu’ici dans la série « Portraits de femmes » incarnent chacune à leur manière une voie du progrès.

La mathématicienne Maryam Mirzakhani est une pionnière dans une discipline scientifique où les femmes demeurent largement sous-représentées. Avant d’avoir atteint 40 ans, elle avait contribué significativement à son domaine et s’engageait publiquement dans le débat environnemental.

Irene Montero, quant à elle, n’a pas 30 ans et la voilà déjà porte-parole du regroupement Podemos au parlement de Madrid. Elle se distingue par sa verve et son leadership au sein du boys club de la politique. Elle arrive à stimuler l’intérêt de la population pour les propositions progressistes que son parti met de l’avant.

Première femme latino-américaine nommée à la Cour suprême des États-Unis, l’honorable Sonia Sotomayor incarne, sur le banc, l’une des voix les plus critiques des problèmes raciaux au pays. Partout où elle prend la parole, elle affirme l’importance de favoriser la diversité dans les lieux de pouvoir.

Ces trois femmes n’attirent pas l’attention simplement parce qu’elles sont des femmes et qu’elles œuvrent dans des milieux traditionnellement dominés par les hommes. Leurs actions en elles-mêmes sont remarquables et font avancer la cause de l’égalité des sexes. Elles influencent le cours des événements, afin que la société devienne un espace plus juste et égalitaire. C’est pour cette raison qu’elles ont été mises de l’avant dans cette série : elles s’engagent au nom de principes porteurs d’égalité.

S’attarder aux adversaires potentielles

Or les femmes qui s’engagent en faveur de l’égalité et du progrès ne sont pas les seules qui façonnent le monde et les événements. Il existe aussi des femmes influentes qui, certes, agissent comme pionnières dans leur domaine, mais qui incarnent une force conservatrice. L’exemple historique le plus évident de ce type de personnage est sans doute Margaret Thatcher. Elle a bien sûr été une pionnière de la politique. Mais cela ne change rien au fait qu’elle a largement favorisé le déroulement d’un programme néolibéral qui, partout en Occident, contribue encore aujourd’hui à la précarisation des conditions de vie des femmes.

On pourrait aussi citer l’exemple de Condoleezza Rice, qui est devenue, en 2005, la première Afro-Américaine nommée secrétaire d’État. On peut certes saluer le caractère exceptionnel de son parcours, mais faut-il pour autant célébrer son action, sachant qu’elle a participé à mettre en œuvre les politiques néoconservatrices impérialistes de George W. Bush, qui ont causé au Moyen-Orient une instabilité politique qui nuit à l’émancipation des femmes?

Que faire, en somme, de ces « pionnières réactionnaires »?

Nous ne croyons pas qu’il faille se résoudre à affirmer que ces femmes sont « tout aussi féministes » que celles qui agissent au nom de l’égalité et d’une certaine vision de la justice sociale. Sans les glorifier, on ne peut ignorer leur action. Il faut l’attester. Ne serait-ce que pour mieux cerner les forces qui s’exercent contre le progrès social.

C’est dans cette optique que nous avons décidé, pour la dernière publication de cette série, de présenter un portrait de Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’Organisation des Nations Unies, nommée par le président Trump en janvier 2017. Fille d’immigrants indiens, fervente militante anti-avortement et adepte de l’État minimal, elle est issue de la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Depuis un an, elle ménage la chèvre et le chou sur la place publique afin de rester dans les bonnes grâces du président tout en préservant sa légitimité auprès de ses interlocuteurs à l’ONU. Plusieurs la voient déjà comme candidate à la présidence de 2020. Ainsi, c’est non pas parce que son action contribue à l’égalité que nous avons choisi d’en faire le portrait, mais parce qu’il s’agit d’une actrice susceptible de faire trembler la politique américaine au cours des prochaines années.

Prendre au sérieux le travail des femmes, c’est aussi reconnaître qu’elles puissent être des adversaires de taille.

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