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Photographie d'une femme.

Le 12 septembre dernier se tenait à Québec le deuxième colloque Femmes en finance. À cette occasion, la Gazette des femmes s’est entretenue avec quelques panélistes afin de savoir comment les femmes pourraient mieux cheminer dans leur carrière.

Le manque d’opportunités. C’est ce qui freinerait le plus la progression professionnelle des femmes, selon un sondage sur l’ambition des Québécoises mené par L’Effet A et Léger, dont les résultats ont été publiés au début de septembre.

Nicole St-Hilaire, instigatrice des colloques Femmes en finance, fait le constat que le numérique peut créer des opportunités dans un domaine où les besoins sont criants, mais où les femmes sont peu présentes.

Cette réponse a surpris, mais aussi inspiré Nicole St-Hilaire, instigatrice des colloques Femmes en finance. « Est-ce que ça signifie que les femmes ne voient pas les opportunités ou qu’elles ne savent pas les saisir? Ce constat m’a fait penser au numérique, dont la croissance crée des opportunités, mais qui demeure un domaine où les femmes sont peu présentes. » C’est cette réflexion qui a mené au choix du thème du premier panel de discussion du colloque, « La femme entrepreneure numérique ».

Prendre le train du numérique

Parmi les participantes réunies à cette table, il y avait Karine Boisvert, coorganisatrice du chapitre de la ville de Québec pour Ladies Learning Code. Fondé à Toronto, cet organisme sans but lucratif offre des formations à celles et ceux qui désirent comprendre les nouvelles technologies, notamment la programmation. Selon Mme Boisvert, les femmes devraient s’intéresser aux technologies de l’information pour plusieurs raisons. « Les emplois dans ce secteur sont bons, stables, et les salaires sont compétitifs, car on manque de main-d’œuvre. »

© Stefano Barbera

Selon Karine Boisvert, coorganisatrice du chapitre de Ladies Learning Code à Québec, les femmes devraient s’intéresser aux technologies de l’information pour plusieurs raisons. « Les emplois dans ce secteur sont bons, stables, et les salaires sont compétitifs, car on manque de main-d’œuvre. »

Malgré cela, rares sont celles qui s’intéressent au domaine, notamment en raison des stéréotypes de genre qui y sont liés. Les observations de Mme Boisvert l’ont menée à conclure que les femmes semblent trouver l’informatique « compliquée », même au quotidien : quand leur ordinateur ou leur tablette connaît des ratés, elles préfèrent se tourner vers un homme de leur entourage pour régler le problème.

Pourtant, il serait plus que temps qu’elles se débarrassent de leur phobie de la technologie. Et plus encore : Valérie Bécaert, ingénieure et directrice des partenariats et de la mobilisation des connaissances à l’Institut de valorisation des données, invitée au panel sur la révolution numérique comme opportunité à saisir, a insisté sur le fait qu’il est important que les femmes, ainsi que les membres de différentes communautés culturelles, prennent part aux décisions dans le numérique. Sinon, les cadres, souvent des hommes blancs nord-américains, décideront à leur place, sans se soucier des enjeux qui les touchent.

Selon un grand nombre de participantes au colloque (elles étaient plus de 400!), l’éducation numérique devrait impérativement faire partie de nos programmes scolaires. Il faudrait aussi trouver le moyen d’intéresser davantage et véritablement les femmes à ce domaine. À cet effet, plusieurs sont d’avis qu’il faut d’abord s’attaquer aux stéréotypes liés aux intérêts développés par les filles et les garçons, en élargissant l’éventail des possibilités. Bien sûr, il n’est pas question de faire de toutes les filles et femmes des programmeuses ou des informaticiennes. Mais il y a urgence de mieux comprendre ce langage qui est appelé à prendre de plus en plus de place dans nos vies.

Oser, mais encore?

Saisir les opportunités, voilà une idée sensée, mais cela ne garantit pas nécessairement la réussite. Des poches de résistance se présentent aux femmes qui, elles, ont osé.

Hélène Lee-Gosselin, professeure titulaire au Département de management de l’Université Laval qui participait au panel « Briser la culture masculine des organisations », rappelle qu’au Canada, une femme gagne moins qu’un homme du même âge ayant le même niveau de scolarité. Elle souligne que la culture masculine dans les organisations peut souvent freiner certaines ambitions chez les femmes. « Tout d’abord, il y a le style de langage utilisé en entreprise, le genre de blagues qui s’y fait, les lieux de rendez-vous pour conclure des ententes commerciales – pensons aux fameux tournois de golf. Et que dire de l’organisation du travail? S’engager complètement dans sa carrière, être entièrement dévoué à son organisation, avec des disponibilités 7 jours par semaine, 24 heures par jour… »

Photographie de Hélène Lee-Gosselin.
© Marc Robitaille

« Les femmes font souvent confiance à leur organisation. Elles pensent qu’on va les payer correctement, reconnaître leur contribution, leur offrir des opportunités, que l’organisation va s’occuper d’elles… Mais les entreprises ont l’habitude d’avoir des employés – masculins – qui viennent réclamer leur dû. »

Hélène Lee-Gosselin, professeure titulaire au Département de management de l’Université Laval

Cette vision éculée et masculine du travail, conçue par et pour des hommes jouant essentiellement un rôle de pourvoyeurs au sein de la famille, devrait être revue. « On ne se demande pas s’il y a d’autres indicateurs d’engagement pour déterminer la valeur d’une personne au travail. C’est devenu un modèle, et si tu ne t’y conformes pas, tu es disqualifiée! » déplore-t-elle.

Comment faire évoluer cette culture d’entreprise, souvent ancrée depuis plusieurs années dans les organisations? « Il faut une volonté très claire de la part de la direction. Car quand une femme arrive dans un groupe d’hommes, elle ressent une pression de se conformer. Et si elle ose dire : “On pourrait jouer autrement”, elle risque le rejet. Pour faire une différence, il faut atteindre la parité au sein des organisations. Une fille seule ne peut pas y arriver. Selon la théorie de Rosabeth Moss Kanter [NDLR : directrice du programme Harvard University Advanced Leadership Initiative], un groupe minoritaire doit atteindre un seuil de 30 % pour faire une différence. Mais tous les tests montrent que 30 %, ça ne suffit pas. »

Et même si on évolue dans un milieu paritaire, certaines manières de faire adoptées par nombre de femmes peuvent nuire à leur avancement. « Les femmes font souvent confiance à leur organisation, relate Hélène Lee-Gosselin. Elles pensent qu’on va les payer correctement, reconnaître leur contribution, leur offrir des opportunités, que l’organisation va s’occuper d’elles… Mais les entreprises ont l’habitude d’avoir des employés – masculins – qui viennent réclamer leur dû. Si tu ne le fais pas, elles ne viendront pas te tendre la perche, parce que pendant ce temps, elles font des économies! »

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