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Photographie d'une femme lisant un livre dans la fotêt.

Féministes à la page, la suite

par 

Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Vu que vous avez aimé nos suggestions de lectures estivales, on récidive cet automne. Surtout que les journées grises qui s’amènent sont le moment idéal pour se mettre à jour en matière de bouquins féministes.

 Maternité, la face cachée du sexisme de Marilyse Hamelin

Page couverture du livre.

Dans ce « plaidoyer pour l’égalité parentale », l’auteure (et collaboratrice de la Gazette des femmes) explore comment s’incarnent les inégalités entre pères et mères, traque les sources de ce déséquilibre et propose des solutions, même si elle s’avoue peu optimiste pour la suite des choses. Son statut de femme sans enfants lui confère un supplément d’objectivité, et elle n’a pas lésiné sur les entrevues avec différents intervenants, dont Rachel Chagnon, professeure en sciences juridiques et directrice de l’Institut de recherche et d’études féministes de l’UQAM, Olivier Lamalice, chercheur au Conseil du statut de la femme, et la blogueuse Marianne Prairie.

Ce qu’elle a remarqué? Que les femmes sont encore aujourd’hui le parent par défaut, celui sur qui tout repose, ce qui leur nuit autant dans la sphère intime que professionnelle : alors que la majorité des responsabilités parentales leur reviennent, celles au travail leur échappent, même quand elles n’ont pas d’enfants – car, dans l’esprit de plusieurs, ce sont forcément de futures mères qui s’absenteront du boulot. Ce qui entretient cette idée que la mère est le « premier parent répondant », selon elle? L’environnement social, « qui inculque aux femmes, dès leur enfance, que le but ultime de leur existence […] se trouve dans la maternité », mais aussi le congé de maternité, de même que la théorie essentialiste voulant qu’une maman sait instinctivement s’occuper d’un enfant. Par ailleurs, l’auteure ne manque pas de montrer que les pères souffrent eux aussi des stéréotypes de genre, particulièrement ceux qui décident de demeurer « au foyer ».

Elle termine en proposant quelques solutions, dont une refonte et un assouplissement du congé parental, qui allongerait notamment la partie réservée au père, et une participation plus active des futurs papas (pourquoi ne liraient-ils pas systématiquement les livres sur l’arrivée de bébé et la petite enfance, eux aussi?). Le tout dans un style limpide et savamment dosé en humour, pas didactique pour deux sous.
Chez Leméac

Dictionnaire critique du sexisme linguistique, sous la direction de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard

Page couverture du livre.

Reflet de nos pratiques, de nos pensées, de nos valeurs, le vocabulaire n’est pas innocent. Surtout qu’il les influence à son tour. En plongeant dans cet ouvrage collectif porté par des plumes vives et tranchantes (celles d’Emilie Nicolas de Québec inclusif, des autrices Élise Desaulniers et Catherine Mavrikakis, et de la sociologue Sandrine Ricci, entre autres), on est vite effaré·e par la quantité d’expressions sexistes saupoudrées dans la langue française. Certaines, qui relèvent de l’injure, sont évidentes : vache, chienne, gouine, fille facile. Mais d’autres sont drapées dans la subtilité, et s’immiscent dans notre discours beaucoup plus sournoisement. Indisposée, par exemple, dans le sens de « pas disposée à avoir des relations sexuelles ». Ou le calque de l’anglais abus sexuel qui, mine de rien, emprunte la voie de la culture de la viol.

S’appuyant sur de nombreuses références et sur le fidèle socle de l’histoire, les 33 autrices expliquent comment ces termes cherchent ici à rendre invisible la violence faite aux femmes, là à assurer la mainmise sur le corps féminin et sa sexualité, là encore à dénigrer les facultés cérébrales féminines, ou à déshumaniser les Noires, les autochtones ou les musulmanes. Souvent teintés d’humour et de sarcasme, ces textes se dégustent comme des bonbons surets… et laissent un goût amer sur la langue.
Aux Éditions Somme toute

Nos plumes comme des armes / Our Words as Weapons, collectif sous la direction d’Elisabeth Massicolli

Page couverture du livre.

« On a toutes mal au cœur et, dans ces pages, on se le vide », écrit Elisabeth Massicolli dans l’avant-propos de ce recueil inclusif, bilingue et féministe. Cette nausée est provoquée par le climat social, les inégalités, et toutes les formes d’intolérance et de fermeture à l’autre : misogynie, xénophobie, transphobie, homophobie, islamophobie, radicalisme… C’est au lendemain de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec que la jeune Montréalaise a eu envie d’agir plutôt que de regarder, horrifiée. Elle a alors sollicité des collaborations, par les mots ou l’image, afin de concevoir cet ouvrage indépendant. Au fil de 33 textes et de 17 illustrations, celles qui ont répondu à l’appel (en majorité des femmes racisées, une rareté!) déversent leur colère, mais ne tournent pas le dos à l’espoir. On lit là les cris du cœur de femmes dégoûtées, voire révoltées par les inégalités et l’intolérance qu’elles subissent, les brûlots en vers de femmes qui ne se sentent pas à leur place, qui se sont dénaturées pour plaire ou essayer de « convenir ». On entend leur désir de s’exprimer, leur besoin de revendiquer ce droit et de voir reconnue la légitimité de leur colère. Un bel exercice de réappropriation de soi, dont les profits sont remis à des organismes québécois qui luttent contre l’intolérance.
À compte d’auteur


Toutes les femmes sont d’abord ménagères de Camille Robert

Page couverture du livre.

Depuis le début du 20e siècle, les féministes ont dénoncé le manque de reconnaissance du travail ménager et cherché des manières de renverser cette situation. Devait-on le rétribuer par un salaire, ou plutôt favoriser l’accès des femmes au marché du travail, entre autres par la mise en place d’un réseau de garderies – puisque les soins aux enfants font partie du travail dit ménager? Ces questions ont déchiré le milieu féministe, particulièrement dans les années 1970 et 1980. C’est un portrait de ces luttes que brosse Camille Robert dans cet ouvrage adapté de son mémoire de maîtrise, qui a remporté le Prix du livre politique de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant. On revisite donc les recommandations de la commission Bird, les revendications des groupes radicaux et marxistes et celles de publications comme Québécoises deboutte!, les productions culturelles liées à cet épineux sujet (dont la fameuse pièce du Théâtre des cuisines, Môman travaille pas, a trop d’ouvrage), les propositions des regroupements de femmes comme la FFQ et l’AFEAS ou d’organismes gouvernementaux tel le Conseil du statut de la femme.

Très étoffé de par sa nature universitaire, l’essai braque les projecteurs sur un sujet évacué des débats féministes actuels, alors que la répartition des tâches dans le couple est toujours inéquitable et que le travail invisible pose encore problème aux femmes. Pensons aux proches aidantes ou aux aides familiales résidentes. L’autrice, qui était l’une des leaders du mouvement étudiant pendant le printemps érable, souhaite rien de moins que « (re)faire de la ménagère une actrice politique ». On salue son audace.
Aux Éditions Somme toute

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