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Photographie de Irene Montero.

Lutte contre le sexisme, luttes populaires

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Étudiante en droit à l'Université McGill et diplômée en journalisme de l'UQÀM. Elle s'intéresse aux enjeux féministes, à travers son blogue sur le site du journal VOIR. Elle collabore également au magazine L’actualité web ainsi qu'à la chronique, la Chaire des genres, de l'émission Médium Large à Ici Radio-Canada Première.

À seulement 28 ans, Irene Montero est la porte-parole parlementaire de Podemos, le regroupement de gauche porté sur la scène électorale espagnole dans la foulée du mouvement des Indignados, en 2011. Féministe, défenseuse acharnée de la justice sociale et des droits démocratiques, la politicienne n’a pas fini d’agiter le paysage politique.

En juin 2017, un extrait vidéo des débats parlementaires au Congrès des députés de Madrid fait le tour de la planète Web. On y voit une jeune femme haranguer le président espagnol Mariano Rajoy, répétant avec ferveur que le gouvernement du Parti populaire est corrompu et qu’il n’a plus la légitimité pour gouverner. Cette femme, c’est Irene Montero, la chef parlementaire du regroupement de gauche Podemos (« Nous pouvons »). Elle tentait ce jour-là de rallier la chambre derrière une motion de censure présentée par son parti contre le chef du gouvernement. À 28 ans, elle est devenue la plus jeune députée de l’histoire de la démocratie espagnole, hommes et femmes confondus, à présenter une telle motion.

Progressiste et féministe

Irene Montero n’en est pas à ses premiers faits d’armes. En 2017, le magazine Forbes l’a d’ailleurs placée dans son prestigieux « 30 Under 30 », ce palmarès des personnalités de moins de 30 ans qui transforment la société. Détentrice d’une maîtrise en psychologie, militante de longue date pour le droit au logement, elle fait son entrée au Parlement espagnol à la suite des élections générales de 2015, alors que son parti déjoue tous les pronostics et récolte 21 % des suffrages.

Déjà, il ne s’agissait pas d’une élection ordinaire. Podemos a émergé sur la scène électorale dans la foulée du mouvement des Indignados, en 2011. Après avoir roulé sa bosse quelques années, il s’allie, pour le scrutin de 2015, aux regroupements écologistes et régionalistes (notamment en Catalogne), et parvient à disperser la majorité absolue du Parti populaire, la formation conservatrice au pouvoir depuis 2011. Irene Montero débarque donc au Congrès des députés avec une équipe jeune, dynamique et farouchement progressiste. Elle est nommée leader parlementaire et se démarque immédiatement. Elle amène sa formation à brouiller le clivage traditionnel de la chambre, en représentant un troisième pôle d’influence face au Parti socialiste ouvrier et au Parti populaire.

Irene Montero ne se gêne pas pour afficher ses couleurs féministes. Elle affirme haut et fort s’être engagée en politique avec l’intention de déranger le boys club, y compris au sein de son propre parti. En plus d’être une femme dans un milieu encore dominé par les hommes, elle se décrit comme une « outsider » sur le plan des antécédents professionnels. Alors qu’il est commun que des gens détenant une formation en science politique, en communication ou en droit débarquent sur la scène parlementaire, il est plutôt rare de voir une psychologue issue des mouvements sociaux atterrir sur les bancs du Congrès. Selon Montero, les institutions démocratiques auraient tout à gagner à diversifier le profil des élus, dont l’homogénéité contribue à la rupture entre les élites politiques et la population.

Funambulisme politique : la question catalane

Le 1er octobre 2017, les Catalans ont été appelés aux urnes pour un référendum sur leur indépendance politique. Le gouvernement central avait déclaré le scrutin illégal, et la journée a été marquée par une forte répression : saisies de boîtes de scrutin, arrestations musclées et échauffourées entre officiers de police et citoyens souhaitant exercer leur droit de vote. Les résultats ont donné le Oui gagnant, mais les conséquences réelles de ce référendum sont encore incertaines. Sur la scène madrilène, Podemos, en tant que parti de gauche favorable à l’autodétermination des peuples, se trouve dans une posture délicate.

En principe, Podemos promeut une vision unitaire de l’Espagne. Sauf qu’il avance sur une fine ligne sur la question catalane, ne pouvant se permettre d’ignorer ni sa base électorale et ses alliés en Catalogne, ni celle ailleurs en Espagne. Depuis le mois d’août, Irene Montero a joué un rôle actif, partout dans les médias et au Congrès, pour faire valoir le droit à l’autodétermination du peuple catalan. Son action dans ce dossier est courageuse, car en martelant que le peuple catalan avait le droit de s’exprimer sur son avenir, elle défendait, en filigrane, le respect des droits démocratiques de tous les Espagnols. D’ailleurs, la motion de censure qu’elle a présentée en chambre en juin dernier reprochait notamment au gouvernement Rajoy d’avoir agi de façon irresponsable dans sa gestion de la question catalane, en frappant d’illégalité la tenue du référendum.

Le spectre récurrent du sexisme

Irene Montero a du front, du leadership, de la détermination et un excellent sens de la communication politique. Malgré tout, sa carrière est trop souvent placée à la remorque de celle de son conjoint, la tête d’affiche de Podemos, Pablo Iglesias. Depuis son entrée en politique, il est arrivé à plusieurs reprises, dans les médias comme en chambre, qu’on se serve de sa relation avec Iglesias pour minimiser ses contributions ou tout simplement pour l’humilier. On l’a entre autres qualifiée d’« amazone d’Iglesias », et on a fait référence à ce dernier comme étant son « Roméo en chef ».

La leader parlementaire a d’ailleurs dénoncé à maintes reprises ce sexisme dont elle fait les frais. Dans une entrevue accordée en 2016 pour le journal Público, elle soutenait qu’à notoriété égale, il est toujours plus difficile pour une femme que pour un homme d’asseoir sa crédibilité dans ses fonctions politiques, ou même de faire preuve de leadership au sein d’une organisation. Elle remarquait également que le traitement médiatique dont bénéficient les hommes et les femmes politiques diffère : les femmes sont beaucoup plus souvent questionnées sur leur vie privée, et placées dans l’ombre des hommes avec qui elles ont des liens (pères, frères, collègues, conjoints). Elle dressait ces constats à la lumière de son expérience personnelle, rappelant qu’il ne s’écoule pas une semaine sans qu’on la ramène à son statut de « conjointe de », alors que Pablo Iglesias, lui, ne subit jamais ce genre de raillerie.

Elle concluait que le premier pas à franchir pour en finir avec le sexisme en politique serait que plus de femmes s’engagent dans la vie parlementaire. Si la plupart des parlements sont encore loin de la parité femmes-hommes, il va sans dire qu’Irene Montero est un modèle inspirant pour celles qui, peut-être, oseront faire le saut.

Au cœur du parti d’Irene Montero

Podemos est idéologiquement assez loin des partis qui s’échangent le pouvoir à Madrid depuis les premières élections post-dictature, en 1977. Bien campé à gauche, il se veut un relais politique pour les mouvements sociaux et les mouvances citoyennes. Il appartient à la même famille politique que Jeremy Corbyn en Angleterre, Jean-Luc Mélenchon en France ou, plus près de chez nous, Bernie Sanders. Il cherche à réarticuler le débat politique dans les termes de la lutte des classes. Né d’une volonté d’offrir une solution de rechange à l’Europe néolibérale, il compte dans son programme des propositions comme l’instauration d’un revenu de base garanti, la restructuration de la dette publique, un plan de lutte contre l’évasion fiscale et le retrait de l’Espagne de certaines zones de libre-échange.

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