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Photographie de Léa Clermont-Dion.

Déjà du haut de ses 14 ans, Léa Clermont-Dion ne manquait ni d’opinions, ni de bagout pour porter la cause féministe. Tour de force, elle réussit, en 2009, à faire adopter par le gouvernement du Québec la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Dès lors, elle entre dans la sphère publique pour enfourcher son cheval de bataille : le culte de l’apparence. Elle en a fait du chemin depuis! Des études au doctorat en science politique, des conférences, l’essai La revanche des moches, le documentaire Beauté fatale, la coanimation de l’émission Mitsou et Léa, l’ouvrage Les superbes… Si aujourd’hui, à 26 ans, elle impressionne par son parcours hors du commun, on est en mesure de comprendre qu’elle est bien loin d’avoir dit son dernier mot… sur l’égalité!

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L’affirmation ou la remarque la plus sexiste que vous ayez entendue?

Photographie de Léa Clermont-Dion.

Comme il est difficile de répondre à cette question. Il en existe, après tout, une kyrielle. Je trouve qu’il y a dans le discours commun une remarque particulièrement sexiste, méprisante et infantilisante à l’égard des femmes qui revient souvent : « Qui a-t-elle sucé pour en arriver là? » C’est malheureusement une question, d’un vulgaire sans nom, que j’entends trop fréquemment de la part d’individus sceptiques face au rayonnement d’une femme. C’est évident que je ne reparlerai plus à la personne qui émet ce genre de grossièreté.

D’autres remarques banalisées font partie des dialogues quotidiens que j’entends régulièrement. « Es-tu menstruée? », pour tenter d’expliquer un comportement X d’une femme. « Elle est mal baisée. » « C’est une pute. » « Elle est hystérique. » On en revient, trop souvent, au corps des femmes ou à leur sexualité, que l’on s’approprie pour les diminuer. On cherche constamment à délégitimiser les femmes intellectuellement. C’est un leurre qui persiste. Devant ce sexisme ordinaire, il faut se battre pour faire valoir que ce type de remarques est offensant et porteur des rapports de domination les plus tenaces.


Un métier non traditionnellement associé aux femmes qui vous fait rêver en tant que femme?

J’ai rencontré Jessica, une camionneuse, pour la série que je coanime avec Mitsou. J’ai eu un réel coup de cœur pour cette femme libre et indépendante qui parcourt les États-Unis seule, dans son colossal camion. C’est un cow-boy du poids lourd. Il y a quelque chose de franchement poétique à sillonner toutes ces routes, seule. Et ce n’est pas toujours facile. Les truck stop ne sont pas les lieux les plus sécuritaires et accueillants pour les femmes à la tombée du jour. Il faut être capable de réparer son mastodonte en toute circonstance, seule. Ou affronter les commentaires de mononcles paternalistes qui se veulent bienveillants. Bref, j’admire la fougue et la détermination de Jessica. J’espère qu’un jour, elle nous fera partager son carnet de nomade.


Le pire ennemi de l’égalité, c’est…

L’ignorance. Je suis persuadée qu’un monde plus éduqué serait plus sensible aux inégalités entre les sexes. Les rapports sociaux de sexe devraient être intégrés au parcours scolaire, et ce, dès la petite enfance. Il faut lutter quotidiennement pour développer une société plus inclusive, diversifiée et égalitaire.


Un moment-clé dans votre vie personnelle, dans votre carrière, où vous avez pris conscience que l’égalité n’était pas réellement atteinte?

Quand un patron, beaucoup plus âgé que moi, a essayé de mettre sa main dans ma culotte contre mon gré quand j’étais mineure. Sale et pathétique : je n’oublierai jamais.


Trois mots qui décrivent pour vous le féminisme?

Lutte, vagin, badass.

Qu'en pensez-vous?

3 Réactions

  1. Marie-Danièle

    Dommage que le féminisme de Léa semble ici exclure certaines femmes trans.
    Ce ne sont pas toutes les femmes qui ont des vagins, pas plus que toutes les personnes qui ont des vagins sont des femmes. J’espère sincèrement qu’un jour cette association organe biologique/sexe/genre sera du passé et qu’on considérera toutes les femmes sur un pied d’égalité au coeur de nos luttes.

  2. Suzanne Lemire

    Je pense que les mères ont un grand rôle à jouer pour faire de l’égalité entre les sexes une réalité. Ce sont beaucoup elles qui sont responsables de l’éducation de leurs garçons. Cette notion d’égalité doit être ancrée dès le bas age.

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