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Jeune femme assise dans un coin, cheveux dans le visage.

Idées de sorties : deux pièces à Premier Acte

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Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Parmi les plaisirs que le printemps amène, on note deux pièces à saveur féministe qui seront présentées à Premier Acte, à Québec. Alors que Trafiquée se penche sur la traite d’une femme à Montréal, (Mal)heureuses tourne autour de la vie de trois femmes de dictateurs. On en profite doublement!

Trafiquée

Du 14 au 25 mars, Trafiquée braque les projecteurs sur le trafic humain et l’esclavage sexuel. On y rencontre une jeune femme emprisonnée, qui revient sur son entrée forcée en prostitution à 14 ans et sur ce qui l’a menée à poser l’acte qui l’a conduite derrière les barreaux.

Un sujet difficile, mais qui baigne dans la lumière et est porté par un texte doté d’une force poétique. « Je trouvais très important de ne pas cantonner cette femme dans une position de victime. Elle a une dignité et une résilience surprenantes, comme plusieurs ex-prostituées que j’ai rencontrées à l’étape de la recherche », expose l’auteure, Emma Haché.

Le choix de la metteure en scène, Marie-Ève Chabot-Lortie, de bonifier ce monologue de la présence d’une danseuse et d’une chanteuse fera vivre le texte autrement, se réjouit-elle. « Cette audacieuse proposition fait qu’il n’y a plus qu’une seule femme en scène, ce qui rejoint mon objectif de présenter des dénominateurs communs à plusieurs femmes en situation de prostitution, peu importe le continent où elles se trouvent. »

Secouée par ce qu’elle a appris au fil de son travail de documentation, Emma Haché souhaite avant tout susciter la discussion avec cette pièce, pour laquelle elle a été finaliste au Prix du gouverneur général en 2010. « On connaît trop peu la réalité du trafic humain. Avant de travailler sur cette pièce, c’était un sujet sur lequel je savais moi-même peu de choses. Mais c’est incroyable ce que j’ai trouvé en soulevant ce tapis. Un million de personnes (surtout des femmes et des filles) sont victimes d’esclavage sexuel chaque année dans le monde. Et au Canada, on figure parmi les endroits où la situation du trafic sexuel est la plus dramatique, et on l’ignore! »

Sensibiliser les gens, susciter une réflexion, provoquer le dialogue, voilà ce qu’elle espère pouvoir accomplir avec Trafiquée. Et porter l’attention sur les prostitueurs, aussi. « On parle très peu d’eux, en général. Mais pendant que mon personnage témoigne, on s’intéresse à eux, à ce qu’ils sont, à la façon dont ils engendrent la violence. »

Un sujet dur, mais essentiel, en somme.

(Mal)heureuses

Affiche de la pièce Malheureuses.
©François Anger

Alors que Trafiquée (jusqu’au 25 mars) braque les projecteurs sur le trafic humain et l’esclavage sexuel, Mal(heureuses), présentée du 4 au 22 avril, interroge l’implication de femmes de dictateurs dans les actes barbares de leur mari ou amant.

Avec (Mal)heureuses, écrite et mise en scène par Élodie Cuenot et présentée du 4 au 22 avril, on voyage entre les pays et les époques, en plus d’assister à un télescopage singulier : les femmes de l’entourage de Manuel, un professeur d’université, sont remplacées par les figures féminines qui trônent au cœur de ses recherches, et qui le hantent. Qui sont-elles? Asma el-Assad, femme du dictateur syrien Bachar el-Assad, Margherita Sarfatti, l’amante juive du dictateur italien Mussolini, et Elena Ceausescu, l’épouse du dictateur roumain Nicolae Ceausescu. La grande histoire et la vie personnelle de Manuel fusionnent, les figures historiques en profitant pour essayer de rétablir certains faits à leur sujet, et surtout de montrer qu’elles étaient du côté du bien, pas du mal – ce qui n’était pas aussi tranché.

Quelle a été l’implication de ces femmes dans les actes barbares de leur mari ou amant? C’est principalement ce que l’auteure a tenté de découvrir au fil de recherches approfondies, épluchant biographies, carnets intimes et entrevues. « C’est une réflexion sur leur participation active ou passive dans des événements historiques sombres. On attribue souvent aux femmes une attitude de compassion, de sensibilité, alors qu’elles peuvent être aussi cruelles et ambitieuses que les hommes », affirme-t-elle.

C’est un portrait nuancé qu’elle voulait offrir, en plus de montrer que le mal est plus quotidien qu’on croit. « Chacune de ces trois femmes a eu une implication différente dans les actes de son mari ou amant, à des époques, dans des pays et des contextes différents », précise celle qui a commencé à s’intéresser à ce sujet lors de l’écriture d’une pièce sur Hitler, dans laquelle elle a beaucoup abordé le personnage d’Eva Braun et les raisons qui pouvaient l’amener à aimer un tel homme.

Féministe, (Mal)heureuses? Élodie Cuenot hésite. Puis acquiesce, finalement. « Les femmes dans la pièce revendiquent leurs positions et leurs actions. Ma motivation est de redonner une juste place aux femmes dans l’histoire, même si leur part n’est pas toujours reluisante. »

Théâtre Premier Acte

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