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Illustration d'une femme.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Gazette des femmes a demandé à huit féministes engagées de nommer leur priorité en matière d’égalité.

Francine Pelletier, journaliste, chroniqueuse et documentariste
Pour un féminisme d’ouverture

Photographie de Francine Pelletier.
© Annik de Carufel

Lors de la manifestation qui a eu lieu à Montréal en marge de la Marche des femmes de Washington, le 21 janvier dernier, Francine Pelletier a remarqué un homme brandissant une pancarte qui affirmait : It’s what feminism looks like (« Voici à quoi ressemble le féminisme »). Pour la chroniqueuse au Devoir, c’est effectivement ce à quoi devrait ressembler le féminisme aujourd’hui : un mouvement inclusif, ouvert aux hommes et soucieux des enjeux liés à la justice sociale et à l’environnement. « Le féminisme n’est pas seulement une affaire de sororité. Il faut embrasser plus large. »

Elle se souvient avoir été choquée par le discours de féministes condamnant les femmes n’ayant pas voté pour Hillary Clinton aux récentes élections américaines. « Être une femme ne suffit pas pour remporter l’adhésion. Ce féminisme qui exclut ne m’intéresse pas. C’est le même que celui qui milite contre les femmes voilées. »

Sa recommandation? « Un féminisme qui s’ouvre sur le monde et les questions d’identité. » Et surtout sur la question environnementale, « trop grave pour que le féminisme ne mette pas l’épaule à la roue ».

Cathy Wong, présidente du Conseil des Montréalaises
Sortir les femmes de la pauvreté

Photographie de Cathy Wong.
© Marcie Richstone

« Malgré la Loi sur l’équité salariale adoptée il y a 20 ans, il y a encore des écarts importants entre les salaires des hommes et des femmes », rappelle Cathy Wong. Les femmes sont en effet toujours plus nombreuses à travailler au salaire minimum, à temps partiel, dans des conditions précaires. « Et c’est encore plus vrai pour les femmes racisées, issues de l’immigration, autochtones ou présentant un handicap. »

Elle rappelle que le travail domestique est encore davantage assumé par les femmes. Selon elle, il est temps de revoir sa répartition afin d’améliorer la conciliation travail, famille et engagement citoyen, incontournable pour réduire la pauvreté des femmes. « Le déséquilibre entre les sexes en ce qui concerne la conciliation travail-famille nuit à la participation citoyenne des femmes. Si elles travaillent et qu’elles passent plus de temps à s’occuper des enfants, comment voulez-vous qu’elles réussissent à se rendre, en plus, sur les lieux de débat et de consultation? » demande-t-elle.

Pour Cathy Wong, il faut faire des aménagements financiers, d’horaires et de transport pour aider les femmes à participer davantage aux affaires de la cité, surtout les plus démunies.

Claire Gaillard, rédactrice en chef du magazine Lez Spread the Word
Occuper la sphère publique

Photographie de Claire Gaillard.
© Lez Spread the Word

« Quand on lutte pour une injustice, on ne peut pas ne pas soutenir les autres », rappelle Claire Gaillard, ajoutant qu’il est difficile de prioriser les combats, car cela dépend de la réalité sociale de chacune. Cependant, s’il y a une urgence, dit-elle, c’est d’améliorer la représentation et la représentativité des femmes. « Nous ne sommes pas assez visibles quand vient le temps de parler des questions touchant les femmes, et pas assez représentées quand des enjeux publics qui nous concernent sont discutés. Il faut que nous soyons consultées. »

Elle cite certaines questions de santé typiquement féminines comme l’endométriose, pour laquelle il n’existe pas encore de remède, et qui sont discutées majoritairement par les hommes (des médecins).

« Que ce soit en politique, sur les plateaux de télé, dans les médias ou les associations, nous avons encore du chemin à faire pour être plus visibles. Quant au groupe que je représente, les lesbiennes, nous connaissons à ce chapitre une double discrimination. »

Émilie Nicolas, présidente et cofondatrice de Québec inclusif
L’égalité entre toutes les femmes

Photographie d'Émilie Nicolas.
© Sadia Rafiquddin

« Si on parle d’égalité, il faut d’abord parler d’égalité entre les femmes au sein du mouvement féministe », estime Émilie Nicolas. Cet enjeu a été particulièrement mis en lumière depuis les années 1980, notamment grâce à la féministe noire américaine Kimberlé Crenshaw; elle a développé le concept d’intersectionnalité, qui s’intéresse aux personnes subissant simultanément plusieurs formes de discrimination.

Deux exemples : « Les femmes noires et latinos sont beaucoup plus affectées par les politiques de Donald Trump que les Blanches. Et les travailleuses du sexe, les femmes sans statut, les femmes trans ou racisées sont plus à risque de subir des violences sexuelles. »

Pas facile cependant de mettre de l’avant ces injustices au sein du mouvement féministe sans qu’il y ait désaccord. Pourtant, poursuit-elle, on ne peut taire ces différences, car cela nuit à beaucoup de femmes. « Si les Blanches obtiennent une représentativité dans les postes de direction, peut-on dire pour autant que la bataille est gagnée? Certainement pas. » À preuve, en 2015, 37,5 % des postes de haute direction dans les grandes entreprises ayant leur siège social à Montréal étaient occupés par des femmes, alors qu’à peine 2,2 % de ces postes étaient confiés à des personnes issues de minorités visibles *.

Manal Drissi, blogueuse
Adopter un discours qui rassemble

Photographie de Manal Drissi.

Pour la blogueuse et mère indigne indignée Manal Drissi, la priorité pour le mouvement féministe est de se faire comprendre, entre autres en adoptant un discours rassembleur qui se vulgarise bien. « Les termes sont de plus en plus variés, complexes et destinés aux initiés. Les luttes sont de plus en plus fragmentées », déplore-t-elle. Alors que le féminisme qu’on dit intersectionnel s’attaque aux discriminations subies par des groupes spécifiques de femmes (femmes racisées, pauvres, transgenres…), il faut prendre garde, selon elle, de diviser davantage les femmes selon la couleur de leur peau, leur culture ou leur classe sociale, pas plus qu’il ne faut diviser les hommes et les femmes.

« J’aimerais que le féminisme mette de l’avant des femmes de toutes origines, mais qu’il s’adresse davantage à tous au lieu de résonner dans des silos. Les différents courants féministes devraient se pencher sur le vaste enjeu pluriel que sont les inégalités vécues par les femmes, et cela devrait viser autant la mère au foyer que l’aspirante membre du palmarès Forbes 100, la femme trans, noire ou voilée. Pour moi, la priorité, c’est que l’égalité soit un projet de société et non un projet individuel ou un enjeu féminin. »

Natasha Kanapé Fontaine, poétesse
Éduquer les hommes autochtones

Photographie de Natasha Kanape-Fontaine.
© Memoire dencre

« Avant que les sociétés blanches pénètrent le monde autochtone, on n’y trouvait pas d’inégalités entre les hommes et les femmes, car la femme est le complément de l’homme », explique la poétesse innue. Au Canada, cet équilibre aurait basculé après le traumatisme des pensionnats autochtones. « Les hommes reproduisent sur les femmes les agressions qu’ils ont subies dans les pensionnats, et cela se poursuit avec les autres générations. »

C’est pourquoi il est urgent, selon elle, d’entamer un processus de guérison pour les hommes. « Les femmes, les mères particulièrement, doivent prendre en charge l’éducation des hommes. Et pour cela, elles doivent reprendre leur place traditionnelle dans la communauté et leur rôle d’éducation. Et ça commence par apprendre à dire non! » Natasha Kanapé Fontaine rappelle que les femmes autochtones subissent dès leur plus jeune âge des agressions sexuelles. « Ça nous a construites comme femmes. Et il est temps que les femmes prennent leurs décisions et apprennent à les faire respecter. »

Comment? En se rassemblant, en agissant comme modèles les unes pour les autres. « Avec Idle No More, elles reprennent peu à peu leur position, leur force. »

Aurélie Lanctôt, étudiante en droit, diplômée en journalisme, auteure, blogueuse et chroniqueuse
Vaincre les inégalités financières

Photographie d'Aurélie Lanctôt.
© Alexandre Claude

« Aujourd’hui encore, les femmes sont plus pauvres que les hommes, plus nombreuses à vivre dans la précarité financière et l’isolement, explique Aurélie Lanctôt. Dans un contexte où les services sociaux diminuent, les politiques d’austérité que le gouvernement québécois a mises de l’avant touchent encore plus les femmes. Or, de cela découle tout le reste, car l’autonomie matérielle permet des gains sur d’autres fronts : c’est plus facile de lutter contre la violence, par exemple, quand on a une autonomie financière. C’est aussi plus facile de participer à la vie citoyenne ou d’aller à l’université quand on a des revenus décents. »

Mélanie Sarazin, présidente de la Fédération des femmes du Québec
Déconstruire le mythe de l’égalité atteinte

Photographie de Mélanie Sarazin.

Pour Mélanie Sarazin, il faut déboulonner le mythe selon lequel l’égalité serait d’ores et déjà atteinte, car il nuit précisément à l’atteinte de l’égalité. « Le discours général laisse croire que beaucoup de choses sont réglées, notamment en ce qui a trait à l’accès aux emplois traditionnellement masculins ou en matière d’éducation. »

Ainsi, déplore-t-elle, les statistiques sont parfois utilisées de façon partielle, sinon tendancieuse. « Quand on dit qu’il y a autant, sinon plus de décrocheurs garçons que de filles, on occulte les causes de ce décrochage. On ne dit pas que beaucoup de filles décrochent parce qu’elles tombent enceintes très jeunes et que l’accès aux CPE est difficile. On ne dit pas non plus que si les garçons décrochent, c’est parce que les emplois masculins sont encore beaucoup mieux rémunérés, et donc que c’est moins attirant pour eux de retourner à l’école pour obtenir un diplôme. »

Elle souligne en outre que les politiques d’austérité affectent doublement les femmes, car non seulement celles-ci utilisent plus les services sociaux, mais elles y travaillent plus également. « Combinez tout ça et vous verrez qu’on est encore bien loin de l’égalité! »

* Ces données sont tirées du rapport Les femmes et les minorités visibles occupant des postes de leadership : profil de la région métropolitaine de Montréal publié en 2015

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4 Réactions

  1. Nicole Croteau

    Madame Sarazin nous représente et très bien. Peut-être n’entre-t-elle pas dans les clichés de la beauté telle qu’on nous l’impose, mais je la trouve rayonnante, et son authenticité transparaît à travers son sourire. Elle affiche une indéniable confiance en elle, bref, elle est belle.
    Pourquoi, Madame Desbiens, faut-il qu’entre femmes, de surcroît, nous nous imposions encore l’apparence comme critère d’estime de soi et de la conscience que nous avons de notre valeur ?

  2. lynda desbiens

    la présidente comme femme devrait avoir une meilleure estime de soi elle a du travail a faire pour son apparence je trouve ca gênant cette photo en tant que femme elle nous représente quand même.
    Merci

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