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Les défricheuses de l’informatique

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Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Un domaine d’hommes, l’informatique? Ça n’a pas toujours été le cas. Histoire très brève de la contribution des femmes, en quatre segments.

Ada Lovelace (années 1840)

Photo de Ada Lovelace.

Plus connue outre-Atlantique qu’en Amérique, la mathématicienne anglaise Ada Lovelace (née Byron, fille du poète Lord Byron et d’Annabella Milbanke) est considérée comme la première programmeuse, tous sexes confondus. Née à Londres en 1815 et décédée en 1852, elle a reçu une solide formation en sciences et en mathématiques, un parcours rare pour une jeune fille de la noblesse à l’époque victorienne. C’est que le travail scientifique était considéré comme trop exigeant physiquement et mentalement pour une femme…

Devenue très proche de Charles Babbage, créateur de la machine analytique (l’ancêtre de l’ordinateur moderne), Ada Lovelace a suivi de près les étapes de sa conception. Alors qu’elle traduisait un article sur cet appareil, elle l’a bonifié, avec l’accord de M. Babbage, des notes éclairantes sur son fonctionnement. Dans ces ajouts, elle a publié le premier algorithme pouvant être exécuté par une machine, considéré comme le premier programme informatique au monde.

Ada Lovelace est malheureusement décédée avant de voir de ses yeux le premier ordinateur. En guise de reconnaissance, son prénom a été donné à un langage de programmation créé dans les années 1980.

Grace Hopper (milieu du 20e siècle)

Née à New York en 1906 et décédée en 1992, cette informaticienne a œuvré la majeure partie de sa vie dans la marine américaine. Détentrice d’un doctorat en mathématiques de l’Université Yale, Grace Hopper (née Murray) est surtout connue pour avoir développé des langages de programmation. Elle a mis en pratique l’idée qu’elle avait avancée après la Seconde Guerre mondiale, selon laquelle il serait plus pratique de programmer les ordinateurs avec un langage proche de l’anglais plutôt qu’uniquement avec des chiffres. Elle a notamment contribué à concevoir deux langages informatiques importants : le Fortran (1954) et le COBOL (1959).

Au sein d’une équipe de l’Université Harvard, elle a aussi travaillé sur la programmation de l’ordinateur Harvard Mark 1, l’un des premiers calculateurs universels, avant de plancher sur le développement des Mark II et III. En 1950, elle a conçu le compilateur du premier ordinateur commercial aux États-Unis, l’UNIVAC 1.

La montée (années 1970-1980)

Jeune femme travaillant sur ordinateur des années 1970.

Dans les années 1970, l’informatique est un nouveau domaine d’études et de travail dans lequel plusieurs femmes s’investissent. À l’Université de Montréal, en 1971, la première cohorte de diplômés en informatique compte 10 femmes sur 45 étudiants, soit 22 %. À Rennes, en France, 55 % des étudiants au programme de génie informatique sont des femmes en 1975. En 2001, elles ne seront plus que 14 %.

Dans les années 1980 et 1990, les employées de bureau, comme les secrétaires, voient également leurs tâches s’informatiser rapidement. Cependant, l’arrivée de la bureautique n’entraîne pas pour elles la reconnaissance de nouvelles compétences, et s’accompagne rarement d’une formation adéquate.

La masculinisation (années 1990 à aujourd’hui)

Depuis le milieu des années 1980, le nombre de femmes étudiant ou travaillant en informatique décline. À preuve, en 2014, seulement 15 % des diplômés en génie informatique de Polytechnique Montréal étaient des femmes. En 2010, dans les pays de l’OCDE, 18,7 % des métiers de l’informatique étaient occupés par des femmes.

Les théories expliquant cette masculinisation sont nombreuses. On évoque souvent la commercialisation de l’ordinateur personnel, dans les années 1980, elle qui visait très clairement les garçons et les hommes, comme on peut le lire dans un autre texte du dossier  *. N’ayant pas eu l’occasion de se familiariser avec l’appareil, les filles qui arrivaient au collège accusaient un retard certain par rapport à leurs collègues masculins, ce qui les décourageait de poursuivre dans cette voie.

En devenant populaire, l’informatique a attiré plus d’hommes. Elle a été de plus en plus associée à la programmation et aux jeux vidéo, des bastions masculins, plutôt qu’aux mathématiques. Les stéréotypes liés à l’informatique n’aident pas non plus : dans la fiction, les hackers et les geeks sont presque toujours des hommes.

Mais certaines avancées donnent à penser que les temps changent. Quelques femmes sont désormais à la tête de géants de la techno, comme Marissa Mayer (PDG de Yahoo! après avoir été vice-présidente cartographie et géolocalisation chez Google) et Sheryl Sandberg (directrice des opérations de Facebook après avoir été vice-présidente aux ventes chez Google). Des personnages de hackers féminins apparaissent tranquillement : Lisbeth Salander dans la série de romans (et de films) Millénium, Darlene Alderson dans la série télé Mr.Robot… Ne reste qu’à espérer que ces nouveaux modèles feront leur chemin dans l’esprit des filles attirées par le codage, le cryptage, le développement de logiciels, et plus encore.

* Voir le texte « Code F » de Pascale Millot.

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