Aller directement au contenu
Elia Viaviani sur le podium.

Vélo : des podiums sans jolies hôtesses

par 

Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Chaque année, des dizaines de cérémonies de podium nous montrent la même image : des cyclistes (masculins) victorieux et épuisés, recevant maillots, trophées et bisous de la part de filles splendides (et souvent sexy). Coup de hache dans la tradition : en décembre, le ministre des Sports sud-australien a décrété que ce seraient dorénavant des cyclistes juniors qui remettraient les prix aux gagnants des étapes du Tour Down Under, tenu en janvier. Aperçu des réactions.

« Ma femme était une podium girl, et je l’ai rencontrée à cette course [le Tour Down Under, en Australie]. Ces filles ne sont pas là que pour faire joli, elles sont aussi des hôtesses », a déploré sur VeloNews  * le coureur Koen de Kort, de l’équipe Trek-Segafredo, qui a aussi affirmé trouver « ridicule » que des cyclistes juniors leur remettent désormais bouquets, trophées et maillots de meneurs. Ridicule? Ces jeunes doivent pourtant sauter de joie devant la possibilité de rencontrer leurs idoles.

Mais visiblement, ce pro considère avoir perdu au change. Vrai qu’avec cette formule, les bisous distribués aux vainqueurs ont aussi disparu…

Sois belle avant tout

Hormis sourire pour les photos et remettre les récompenses, les podium girls, appelées hôtesses en français, ont quelques tâches connexes qui varient selon les événements : accompagner les VIP et les journalistes, préparer le matériel pour les cérémonies, accueillir les cyclistes aux réceptions… Elles doivent être dynamiques, avoir de l’entregent, parler plusieurs langues si possible, mais avant tout, être belles. Dans les compétitions les plus populaires du circuit UCI World Tour (l’équivalent de la Ligue nationale de hockey, disons), comme le Tour de France, le Giro d’Italie et la Vuelta en Espagne, ce sont des mannequins ou des miss. Une visite sur la page Facebook Les hôtesses du Tour de France  **, destinée à « ceux qui regardent les étapes jusqu’à la fin pour admirer les hôtesses » (!), vous donnera une idée de la plastique requise.

Claudine Gilbert, mordue de vélo qui demeure à Port Coquitlam, près de Vancouver, a joué ce rôle il y a une douzaine d’années au Tour de Beauce, sa région natale. « J’ai trouvé que c’était une expérience intéressante d’un point de vue personnel, car j’y ai développé des amitiés et des contacts. Mais la teneur de ce travail reste quand même d’être un bibelot », affirme celle qui s’est vite intéressée aux inégalités dans le cyclisme, et qui travaille à mettre sur pied une équipe féminine canadienne professionnelle par l’intermédiaire du SHE Cycling Program, qu’elle a fondé.

Réactions positives

Quand elle a eu vent de la décision australienne, elle était ravie. Surtout que le ministre des Sports, Leon Bignell, a dit vouloir améliorer l’image des femmes dans le sport. L’État australien trouvait en effet paradoxal de financer d’une main des campagnes pour aider les jeunes femmes complexées par leur image corporelle, et de subventionner de l’autre des événements qui traitent les femmes comme des objets.

Contrairement à Koen de Kort, certains cyclistes applaudissent aussi à ce changement, notamment Mikel Landa de l’équipe Sky. L’actuel champion du monde, Peter Sagan, qui avait soulevé un tollé après avoir pincé les fesses d’une hôtesse du Tour des Flandres en 2013, est quant à lui demeuré muet sur la question.

On arrête ou on continue?

Selon ce qu’on peut lire dans Cycling Weekly, le Tour de France, le Giro et la Vuelta maintiendront la tradition.

Et aux Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal, qui font aussi partie de l’UCI World Tour, que compte-t-on faire? Le vice-président, Marcel Leblanc, nous répond ceci : « Je trouve l’idée bonne, mais personnellement je n’ai aucun malaise avec la façon dont on traite les filles à Québec et Montréal. Nos hôtesses sont jolies, c’est vrai, mais elles ne sont pas habillées sexy et ne sont pas là pour donner des bisous : elles servent de guides aux dignitaires qui remettent les prix. Elles sont responsables du bon déroulement de la cérémonie, et je trouverais délicat de confier ce rôle à des jeunes. Par contre, on a innové en faisant participer des cyclistes juniors de partout au Québec, garçons et filles, aux cérémonies d’avant-course, quand on présente les coureurs et qu’ils signent le registre. Ils tripent! »

La graine est semée, et on espère qu’elle germera vite dans ce milieu où les femmes peinent à attirer les regards autrement qu’en posant en minijupe à côté des Froome, Valverde et Boonen.

* www.velonews.com/2017/01/news/tour-eliminates-podium-girls-pelotons-opinions-vary_428264#4dKEDsYKLpY7Ymcv.99

** https://fr-ca.facebook.com/Les-hotesses-du-Tour-de-France-129259443766752

En bikini… pour les femmes?

Idée plus que douteuse : en 2015 au Diamond Tour, une course féminine tenue en Belgique, des filles en bikini flanquaient les coureuses sur les photos de podium. La cycliste Marijn de Vries avait qualifié la chose de « honte totale » sur Twitter, et le comité organisateur s’était excusé.

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre