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Photographie de Kim Lizotte.

Sortie de l’École de l’humour en 2009, Kim Lévesque-Lizotte fait briller son talent tant sur scène qu’à la télé. Tantôt chroniqueuse, tantôt auteure et scénariste, elle surfe depuis l’automne sur le succès de sa célèbre série Les Simone, mettant en scène de jeunes femmes confrontées aux enjeux de la trentaine, et planche déjà sur une prochaine saison. Kim confie qu’en lisant Simone de Beauvoir, elle a réalisé toute l’ampleur de la construction sociale des femmes. Celle qui n’a pas peur de se remettre en question et de monter aux barricades – et sur sa table à café – pour hurler son indignation assume complètement son féminisme!


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Un geste égalitaire que vous avez posé ou une parole antisexiste que vous avez dite et dont vous êtes fière?

Photographie de Kim Lizotte.

Pour une fille de 30 ans qui a été bombardée, tout au long de sa vingtaine, de films, de shows d’humour et de séries télé sur le fameux malaise masculin de l’homme moderne, je suis heureuse de pouvoir donner, grâce à ma plume, au petit écran, un point de vue féminin sur la femme qui cherche, elle aussi, à se libérer des conventions. Je le dis bien humblement.

Quel film ou quelle série incarne le mieux le « à bas les stéréotypes »?

Définitivement le documentaire Miss Representation. J’ai compris tellement de choses sur la représentation des femmes dans les médias, des choses que je n’avais jamais remarquées ou remises en question auparavant (l’illusion de pouvoir des superstars, le traitement médiatique des femmes en politique) et j’en ai presque honte aujourd’hui. Toutes les femmes devraient voir ce documentaire, qui fait mal, mais qui est essentiel.


Les campagnes de publicité qui reprennent des symboles ou des enjeux féministes (Dove, Always, etc.) : « Oh! mon Dieu! », « Pfff! », « Grrr! » ou « Hourra! »?

Chaque fois que j’essaie d’analyser un problème social jusqu’à sa source, j’en arrive à cette conclusion… Je monte sur ma table à café en hurlant : « C’EST DE LA FAUTE DES MULTINATIONALES! »

La commercialisation et le marketing autour des femmes, des corps, du girl power, du féminisme, jusqu’au cancer du sein pour vendre des yogourts roses (voir le film Pink Ribbons, Inc.), les pubs existent pour nous faire consommer. Et pour nous rappeler tous les jours de notre vie qu’on est inadéquates, même dans l’acceptation de ce qu’on est.

T’acceptes ton corps tel qu’il est? Eh bien, lave-le avec du Dove.


Le pire ennemi de l’égalité, c’est…

Le déni de la construction sociale de la femme. J’en parle très souvent ces temps-ci et parfois, je me tais sur ce sujet, car dans l’inconscient collectif, il y a des comportements qu’on a tellement associés aux femmes qu’il est difficile de les remettre en question sans heurter certaines personnes, qui sont de bonne foi.

Quand une amie bien intentionnée me répète qu’il y a des choses qui ne changeront jamais, comme sa fille qui aime jouer à la poupée, et que « c’est comme ça que les choses sont », elle oublie qu’elle est un modèle pour sa fille, que celle-ci l’a probablement observée des milliers de fois materner un enfant ou qu’elle se souvient du temps où sa mère s’occupait d’elle, l’allaitait, la berçait. Elle oublie aussi que toutes les poupées qui sont dans la chambre de sa fille, c’est elle qui les a achetées. On n’élève pas une fille comme on élève un garçon : notre regard sur elle est différent, on lui attribue des caractéristiques dont elle n’est pas encore consciente.

Mais on peut très difficilement parler de ça… Je me retiens souvent avec mes copines qui ont des enfants, et dès que je mentionne le danger des jouets genrés, on me rappelle que j’exagère ou que je me radicalise en vieillissant. Ou le fameux : « ATTENDS D’AVOIR DES ENFANTS!!! »


L’affirmation ou la remarque la plus sexiste que vous ayez entendue?

Entendre une femme convaincue me dire de manière très décomplexée : « Une femme ne peut être drôle. Non, mais arrêtez. C’est humiliant. » Elle pointait du doigt une jeune humoriste qui était sur scène et elle la couvrait de honte par un jugement tellement dégradant que j’ai été bouleversée par cette violence qu’une femme pouvait exercer envers une autre qui court le risque de prendre la parole. Ça m’a beaucoup marquée.

Mais comme j’ai un problème immense avec certaines femmes qui se disent égalitaires, mais non féministes, qui affirment que des femmes peuvent aussi être misogynes et sexistes, et qui se délectent à nous bombarder d’exemples tirés de leur propre vécu, JE HURLE!

Les commentaires les plus sexistes que j’ai reçus, c’est de la part des hommes, sur les réseaux sociaux. Des commentaires légers, à la « t’es mal baisée », jusqu’aux menaces de viol. Et personne ne fait rien pour régler la problématique de la violence sur le Web. On est toutes là, à endurer les commentaires désobligeants dans la honte, en se répétant que ça arrive à tout le monde. Ben hâte de voir jusqu’où il va falloir que ça dégénère pour qu’en tant que société, on prenne les choses en mains et qu’on se responsabilise.


Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Paméla St-Louis

    Je suis bien d’accord avec Kim Lévesque-Lizotte. J’ajouterais cependant qu’on oubli ici les garçons. L’éducation genrée ça ne touche pas seulement les filles, mais les garçons et aussi la dynamique relationnelle qu’ils établiront avec les filles et femmes de leur entourage. Pour cela, je vous invite à regarder : Le masque que tu porte (disponible sur Netflix actuellement) et qui est très, très intéressant. D’ailleurs, c’est Emma Watson dans le cadre d’une activité de l’ONU, si je me rappelle bien He for She, qui soulignait ce même fait concernant les garçons.

    C’est peut-être un peu «heavy» comme comparaison, mais pour que les Noirs soient libérés de l’esclavage et de la ségrégation, il a bien fallu que des blancs qui soient de leur côté. Pour que les femmes aient pu voter, il a bien fallu que des hommes soient de leur côté.
    Pour atténuer la tradition voulant que des choses, couleurs, objets, jouets, personnalité, etc. soient réservé aux filles et d’autres aux garçons, il faudrait, non seulement que des FEMMES, des mères en parlent, mais aussi des HOMMES, des pères.

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