Aller directement au contenu
Photographie Lili Boisvert et Judith Lussier.

Le bilan des Brutes

par 

Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Portée par les journalistes « intellos pop » Judith Lussier et Lili Boisvert, la websérie Les Brutes a suscité les applaudissements comme les remontrances. Irrévérencieuses et provocatrices, les deux jeunes féministes se sont attaquées à de multiples incarnations de l’injustice, patriarcat en tête, dans 20 courtes capsules aux formats divers : sketchs, expériences sociales, parodie de conférence TED, banc d’essai… Avec entrain et lucidité, elles reviennent sur leur première saison, où elles ont notamment pondu un hit sur le mansplaining, testé les méthodes d’insertion de la Diva Cup et fait des photos osées pour mesurer la tolérance (et les doubles standards) de Facebook.

Les Brutes, est-ce un projet qui a été facile à vendre?

Lili Boisvert : On ne voulait pas le présenter d’emblée comme un projet féministe, par crainte que ça fasse peur. Mais finalement, Télé-Québec s’est montré super enthousiaste dès qu’on le lui a présenté!

Photographie de Lili Boisvert.

« On entend tellement souvent dire que les femmes baveuses, ça ne fonctionne pas en humour. On craignait d’être perçues comme pénibles ou désagréables. Mais au contraire, on a constaté que beaucoup de gens adorent ça. »

Lili Boisvert, co-conceptrice de la websérie Les Brutes


Qu’est-ce qui a bien et moins bien marché dans cette première saison?

L. B. : Ce qu’on souhaitait, au fond, c’est faire ce qu’on avait envie de voir. On voulait déconner, avoir un ton baveux, rire de certaines attitudes ou philosophies de vie. Mais on avait des appréhensions à propos de notre ton. On entend tellement souvent dire que les femmes baveuses, ça ne fonctionne pas en humour. On craignait d’être perçues comme pénibles ou désagréables. Mais au contraire, on a constaté que beaucoup de gens adorent ça!
Judith Lussier : Les capsules qui ont le mieux marché sont celles où on prend position, où on fait des constats sociaux, comme celles sur la censure ou le sexisme grammatical. Celles qui sont plus de l’ordre du divertissement, avec des farces sur Marc-André Coallier par exemple, ont moins bien fonctionné. Pourtant, on voulait juste rétablir un équilibre, pour ne pas avoir l’air trop enragées. On est contentes, car ça signifie que les gens attendent de nous qu’on aborde des enjeux complexes.


Photographie de Judith Lussier.
©Daphné Caron

« On a eu vraiment beaucoup de couverture médiatique en France et en Suisse, entre autres dans L’Express et Libération! »

Judith Lussier, co-conceptrice de la websérie Les Brutes


Comment qualifieriez-vous la réaction du public à vos capsules?

L. B. : Beaucoup de gens sont contents qu’on existe et qu’on dise tout haut ce qu’ils pensent tout bas, alors que d’autres sont franchement importunés. On a 21 000 fans sur Facebook, des gens engagés, politisés. Évidemment, on a des haters, une vingtaine environ, mais ça montre qu’on dérange et qu’on réussit notre coup. Ce qui nous étonne par contre, c’est qu’on a un public qui nous suit hors Québec, en Europe surtout.
J. L. : On a eu vraiment beaucoup de couverture médiatique en France et en Suisse, entre autres dans L’Express et Libération!
L. B. : Les Brutes, c’est un produit québécois, mais qui touche des enjeux universels. La génération Y, on est les enfants de la mondialisation, et ce succès prouve que peu importe où on a grandi, on est capables de se rassembler autour d’enjeux communs.

Y a-t-il un sujet que vous auriez aimé aborder mais pour lequel vous n’avez pas trouvé d’angle, de format, de façon?

L. B. : On a beaucoup tergiversé pour la capsule sur le consentement, on ne savait pas comment amener ce sujet, qui est à la fois délicat et très large.
J. L. : Ce ne sera pas notre dernière capsule là-dessus, c’est certain. Je trouve aussi qu’on n’a pas assez abordé les questions liées aux minorités sexuelles. On va se reprendre!

De quoi êtes-vous le plus fières concernant cette première saison?

J. L. : De l’adhésion qu’on a suscitée. Et de la capsule sur les privilèges [qui dure 15 minutes et rassemble sept intervenants en plus des deux Brutes]; elle a demandé beaucoup de travail et de montage. Le résultat fait réfléchir. Lili, elle, va sûrement te répondre que c’est de notre capsule sur la censure…
L. B. : [Rires.] Quand même, elle a été virale! Elle a été vue un million de fois et partagée 10 000 fois! Ce n’est pas rien. Mais quand des filles plus jeunes nous remercient de faire ce qu’on fait, ça fait du bien aussi…

Sur une échelle de 1 à 10, comment noteriez-vous votre expérience (et non votre performance) d’actrices, 10 étant excellente?

J. L. : Je dirais 8. Ça m’a complètement sortie de ma zone de confort, mais finalement j’ai adoré ça. Ç’a été une source d’empowerment extraordinaire, entre autres grâce à Lili, qui a beaucoup confiance en elle.
L. B. : Pour moi, 9. J’ai fait du théâtre toute ma vie, j’adore ça!

À combien sur 10 évalueriez-vous votre niveau de fatigue entraînée par la gestion des trolls sur Facebook?

En chœur : 10!!
L. B. : En plus, ils pensent qu’on est payées pour faire ça…
J. L. : C’est vraiment épuisant! Une chance qu’on se partage la tâche à quatre…

À combien sur 10 évalueriez-vous vos chances de voir Les Brutes passer au petit écran?

J. L. : Je dirais 8. Mais ce n’est pas l’objectif. Même si on passait à la télé, on serait toujours sur le Web.
L. B. : Le format télé imposerait sûrement un ton plus journalistique, on approfondirait plus les sujets; les gens nous disent souvent qu’ils restent sur leur faim à la fin d’une capsule. Pour l’instant, on travaille fort pour qu’il y ait une deuxième saison tout court. On cherche de l’argent.
J. L. : Si le Conseil du statut de la femme veut nous financer*, on est très ouvertes!

* Question de dissiper tout malentendu et de freiner les éventuelles requêtes, nous prenons soin de souligner ici qu’il s’agit d’une boutade, et que le Conseil du statut de la femme ne finance rien. En plus de publier la Gazette des femmes, cet organisme gouvernemental fait de la recherche, produit des avis et des études et conseille le gouvernement sur des sujets liés aux droits des femmes.

Pour voir les 20 capsules des Brutes : http://lesbrutes.telequebec.tv

© Photo en vedette : Daphné Caron

Qu'en pensez-vous?

2 Réactions

  1. André Mainguy

    De plus en plus, les femmes prennent leur place dans tous les secteurs de la vie de la société. C’est d’autant plus admirable, qu’elles en soient là, si l’on pense qu’elles portent encore la responsabilité première pour les enfants et la famille.

    Comme homme de 73 ans, je vous aime, j’aime votre audace et j’ai très hâte que vous preniez la place de certains mâles alpha, compétent dans leur matière, mais manquant de d’intelligence émotionnelle.

    Plus il y aura de femmes à des postes de commandes, plus le monde s’en portera mieux. On le voit déjà chez les Scandinaves, depuis plusieurs décennies.

    Lâchez pas nos petites Québécoises, le poids du savoir-faire n’a rien à voir avec le poids physique !

  2. Yann Roshdy

    Flavor of the month

    La capsule sur l’appropriation culturelle, celle qui les a rendu les plus connues, n’était que de la désinformation. Qui plus est, ces Brutes font de très mauvaises Brutes en refusant les dialogues et les conflits d’idées. Mais bon, ça va passer comme n’importe quelle mode :)

    Peace et <3 full love
    #CynicalThug

Inscription à l'infolettre