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Les femmes font-elles des progrès en politique? En ce qui concerne la politique provinciale, on peut répondre oui. Leur présence à l’Assemblée nationale du Québec s’est régulièrement accrue depuis 1976; plus récemment, de 18 qu’elles étaient en 1985 (14,7 %), elles sont passées à 23 (18,4 %) depuis les élections générales de septembre 1989.

Leur participation au processus électoral ne correspond toutefois pas encore à leur nombre ni à leur importance dans la société. Elles ne formaient en 1989 que le cinquième des candidatures, si on considère toutes les allégeances politiques; elles représentaient 17 % des candidatures du Parti libéral et 27 % des candidatures du Parti québécois.

Par contre, fait relativement nouveau, leur taux de succès est comparable à celui des hommes. Aussi, n’est-il plus exact d’affirmer que les partis politiques provinciaux présentent des femmes dans des « comtés perdus d’avance ». Les chiffres démontrent que depuis 1985 les partis ont changé puisque les candidates libérales et péquistes ont été élues à peu près dans la même proportion que leurs collègues masculins aux deux dernières élections générales.

Les femmes élues au sein du parti ministériel sont par ailleurs quelque peu favorisées par rapport aux députés de la même équipe en ce qui a trait à l’accès au Conseil des ministres; par exemple, en 1989, 4 députées ministérielles sur 10 ont été nommées ministres alors que seulement 3 députés sur 10 ont accédé au cabinet. On peut toutefois émettre une critique sur le fait que les 6 femmes actuellement ministres du gouvernement du Québec (20 % des ministres), si elles sont plus nombreuses qu’auparavant, ne dirigent pas, pour la plupart, des ministères de premier plan. On constate le même phénomène au Conseil des ministres du Canada où les 5 femmes ministres (2 Québécoises) occupent surtout des postes de ministres d’État.

Le progrès est moins certain au fédéral, du moins en ce qui concerne les Québécoises. Alors qu’après les élections générales de 1984, les Québécoises élues formaient la moitié de la représentation féminine à la Chambre des communes (14 sur 27), depuis 1988, elles ne sont plus que 13 et ne représentent plus que le tiers des députées canadiennes (13 sur 39). De plus, alors que le nombre de candidates québécoises demeurait sensiblement le même qu’en 1984 pour les deux principaux partis, le taux de succès des candidates progressistes-conservatrices a été nettement inférieur à celui des candidats du même parti (86,4 % contre 68,7 %).

Au municipal, les femmes prennent progressivement leur place. A la suite des élections de novembre 1989, 92 mairesses dirigent les destinées de leur municipalité portant à 6,3 % le taux de présence féminine à la mairie. Il s’agit d’une augmentation de 10, 8% comparativement à 1988 alors que le Québec comptait 83 mairesses.

Une étude plus détaillée des données sur les élections municipales de 1989 nous amène toutefois à constater que c’est assez curieusement à ce palier de gouvernement que les femmes accusent le plus bas taux de participation. Elles ne représentent en effet que 12,7 % des candidatures au scrutin municipal et leur taux de succès est inférieur à celui des hommes. Par ailleurs, dans les municipalités où les mairesses et les maires ont été élus sans opposition, on remarque que les femmes ont plus souvent que les hommes retiré leur candidature devant l’adversaire.

Le même geste… cinquante ans après

Isabelle, Johanne, Marie-Christine, Maude et Nathalie ont voté pour la première fois lors de la dernière élection provinciale. Savent-elles qu’elles exerçaient un droit que la société niait à leurs grands-mères?

Marie-Christine traduit bien la distance entre hier et aujourd’hui lorsqu’elle dit: « J’ai beaucoup de difficulté à me rentrer dans la tête qu’on refusait d’accorder le droit de vote aux femmes. » Elle ajoute, après un temps de réflexion: «C’est concevable avec le genre d’hommes de cette génération. Cela n’empêche pas que c’est – je vais le dire mon mot – dégueulasse.» Osez, osez, des femmes bien dignes l’ont utilisé elles aussi! Pour Nathalie, « un droit que tout le monde n’a pas et pour lequel beaucoup doivent encore se battre dans le monde » devient plus précieux encore.

Bien qu’elles croient en l’importance d’aller voter, elles ont eu de la difficulté à faire leur choix. La campagne électorale les a déçues: les questions qui les concernent le plus n’ont pas été traitées en profondeur. Les politiciens et les médias en prennent d’ailleurs pour leur rhume.

Johanne: « Les campagnes ne sont pas conçues pour aider les gens à juger. C’est difficile d’y croire. Le niveau est plutôt bas. C’est presque de la désinformation. » Isabelle: « Tout est centré sur les problèmes de l’actualité. Il n’y a aucune vision. » Maude: « Les campagnes sont inutiles. C’est juste de la publicité et des promesses en l’air. Les vraies questions ne sont jamais abordées. Chacun se vante, mais tout le monde dit la même chose au fond. Je n’ai pas confiance. » Marie-Christine: « Je savais avant la campagne où était mon intérêt. La campagne n’a rien changé. » Nadine: « Il n’y en a que pour les chefs. Ce qui se passe autour est ignoré. Lorsqu’il est question de programme, les journalistes sont moins nombreux aux conférences de presse. Nous sommes dans une société de fast food. A la télé, seul le flash compte et un flash, ça s’oublie vite. »

Comment se font-elles une idée alors? Marie-Christine suit l’actualité politique « en dehors des périodes d’élections » et discute beaucoup en famille. Nadine est une militante qui voit dans la politique un moyen de faire progresser une idée. Elle vote donc pour une cause. Maude reconnaît avoir été influencée par « toute son éducation ». Johanne débat des questions qui la préoccupent avec son groupe d’amis et autour de la table familiale. En désespoir de cause, Isabelle a pensé d’abord à son comté et s’est informée auprès de ses parents. En somme, on parle politique dans un cercle restreint, surtout familial. On regarde les nouvelles télévisées et, si on a le temps, on lit un peu les journaux. Les débats entre amis, au travail, à l’université ou au cégep sont plutôt rares.

Quels sont les thèmes qui auraient réveillé leur intérêt? L’environnement prend toute la place ou presque. Vient ensuite le coût des études. « Les problèmes de l’environnement vont nous tomber dessus et nous suivre jusqu’à la fin de nos jours » explique Isabelle. « Avec une dizaine d’amis, raconte Johanne, on s’est amusés à débattre qui aurait été élu si nous avions été les seuls à voter. Le résultat? Un parti vert. »

Les femmes candidates – et les partis qui en présentent plusieurs – jouissent d’un préjugé favorable. « Je suis davantage portée à aller entendre ce qu’elles ont à dire », confie Maude. « Je suis sûre que les femmes ont une approche différente… pour le mieux », assure Nadine.

Bien des jeunes se fichent de la politique, selon elles. Il n’est pas rare d’entendre dire: « A quoi sert d’aller voter? » Au pays de Québec, rien ne change, direz-vous? Faux. Filles et garçons sont ici sur un pied d’égalité.

Source :

  • Les femmes dans la société québécoise – Aspect historiques, publié sous la direction de Marie Lavigne et Yolande Pinard, Montréal, Boréal Express, 1977, p. 180.
  • Voir note 1, p. 177.
  • Travailleuses et féministes – Les femmes dans la société québécoise publié sous la direction de Marie Lavigne et Yolande Pinard, Montréal, Boréal, 1983, p. 346.
  • « La prochaine victoire féministe a ses échos », La Presse, Montréal, 12 avril 1940.
  • L’adoption du Code civil en 1866 confirme la déchéance légale des femmes. Les femmes mariées sont mises dans la même catégorie que les enfants les interdits et les fous.
  • Isabelle, Johanne, Marie-Christine, Nadine : « Les problèmes d’environnement vont nous tomber dessus et nous suivre jusqu’à la fin de nos jours. »

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