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Au temps du sida, le salut passe par le condom, cet OVNI (objet voué à nous importuner) que tous les pros de la prévention se tuent à érotiser. Il y a du chemin à faire. Le bidule a si mauvais genre que Radio-Canada a refusé en 1987 d’en faire la publicité. Humour, créativité, innovation, prônent les spécialistes du message. Bien beau, mais…

Chez les gens d’âge mûr, il reste toujours associé à la peur. Paraît que les hommes – certains du moins – en perdent leurs belles convictions. Les femmes, de leur côté, n’ont pas appris à en parler: avec la pilule, pas de chichi. Qui la veut la prend. A 30 ans, 40 ans, il faut en revenir à ce délicat partage des tâches qui se joue dans la zone la plus intime. Comment convaincre l’autre d’enfiler le précieux gadget?

Quant aux adolescentes et aux adolescents, ils hésitent encore. Les filles n’oseraient pas s’en procurer, de crainte d’avoir l’air de celles « qui marchent ». Et puis, elles n’en voient pas toujours l’utilité: « Ben voyons donc, j’suis propre. Mon gars aussi… » Le hic, c’est que personne ne peut juger de la situation au premier coup d’oeil.

Le cataclysme

Chantal était enceinte quand elle a appris que son conjoint, ex-toxicomane, souffrait du sida et qu’elle-même portait le virus. Le cataclysme.

Il ventait ce jour-là. Fort. Si fort qu’elle a été terrassée en descendant de l’autobus. « J’avais seulement envie de hurler et le vent hurlait pour moi, parce que moi, je n’avais aucune réaction, » raconte-t-elle.

Avorter? Elle y a pensé. L’instinct de vie l’a emporté. Curieusement, plus de la moitié des femmes séropositives décident de poursuivre leur grossesse…

Chantal se souvient de la naissance comme d’un événement pénible: confinées, elle et sa fille faisaient l’objet d’infinies précautions: c’était la première fois qu’une mère VIH accouchait dans cet hôpital de Québec. De retour à la maison, les parents avaient le coeur chaviré. Que leur réservait donc l’avenir? La mère aimait avec retenue, craignant le pire. Le père, lui, dans ses noirs délires, songeait au suicide collectif. Se sentant immensément coupable, il aurait voulu tout anéantir.

Tous ces tourments, Chantal les a vécus en secret. Quand son « chum » est mort, elle lui a inventé une tumeur au cerveau. La trouille au ventre, elle a appris la vérité aux siens après avoir décidé de témoigner, à visage découvert, de sa condition. Depuis, elle s’étonne de trouver autant de chaleur dans son entourage. De vieilles connaissances, des voisines, des gens qu’elle connaît à peine la félicitent de son courage. « Les mentalités évoluent très très vite », me dit-elle.

Hélas! bien d’autres femmes restent emmurées dans leur prison de silence. Exemple: cette immigrante qui prie la Vierge Marie d’épargner son enfant, encore séropositif. La torture. Loin de sa famille, blâmée par un mari qui lui reproche d’avoir amené le virus dans la maison, mal en point, elle n’a personne à qui se confier.

Triste réalité: la maladie confine les femmes à une solitude étanche. Les victimes de la première vague, les gais, peuvent compter sur le support de la communauté homosexuelle, les femmes ne connaissent pas ce genre d’appui.

Elles se taisent et se terrent.

Parfois, c’est toute la famille qui s’écroule. Écrasées de douleur de honte et de culpabilité, elles assistent, impuissantes, à l’hécatombe.

Condoms: conseils aux femmes

« Achetez vos propres condoms et apprenez à vous en servir », conseillent les auteurs de M’aime… m’aime pas… , brochure préparée à l’intention des femmes par Le Centre d’études sur le sida.

Les meilleurs? Ils sont de latex et lubrifiés. (Trop perméables, les condoms faits de peau animale sont à déconseiller.) Vérifiez la date d’expiration. Et prenez garde à l’entreposage: la chaleur et la friction peuvent être dommageables.

Pour une efficacité maximale, traitez le condom avec précaution. Il faut l’enfiler avant tout contact génital, prenant bien soin d’en pincer l’extrémité pour chasser l’air du réservoir destiné à recevoir le sperme, sans quoi il pourrait éclater. A proscrire: la vaseline et autres lubrifiants à base d’huile. Il faut plutôt opter pour un lubrifiant à base d’eau (gelée KIY ou lubafax). Pour une meilleure protection, ajoutez un spermicide contenant du nonoxynol 9 (Delfin, Emko).

Après l’éjaculation, veillez à retirer le pénis pendant qu’il est encore dur, en tenant la base du condom. Attention aux fuites.

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