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Peur de faire l’amour. Voilà, le mot est lâché. La vieille peur sexuelle, autrefois associée à la procréation, rapplique déguisée en Faucheuse. Éros copule avec Thanatos. Veut veut pas, le VIH nous atteint tous et toutes. Il éteint bien des flammes, complique la vie des célibataires. Sida: « stratégie inventée pour décourager les amours », dit l’humoriste.

S’il faut en croire le sondage Gallup de novembre dernier, il a forcé 9 % des Canadiennes et des Canadiens à changer leurs habitudes sexuelles. Chez les 18-29 ans, la proportion s’élève toutefois à 17 %. Mais qui a changé? Les plus actifs? Rien ne le prouve.

Divorcée, la mi-trentaine, Louise vit seule depuis plusieurs années: « Le spectre du sida m’a drôlement refroidie, confie-t-elle. Avant, il m’arrivait à l’occasion d’avoir une aventure d’un soir. Je n’oserais plus. »

Une autre Louise, 43 ans celle-là, dit passer sa libido dans le boulot. Il y a peu, elle inquiétait ses bonnes amies. Son amant arrivait d’Afrique, mais elle n’allait pas s’embarrasser de précautions pour autant. « C’est après, quand tout a été fini, que la peur m’a prise, je suis même allée passer le test. Puis, j’ai eu un autre «chum» qui m’a laissé une MTS. Le condom, on l’utilise une ou deux fois, et après on l’oublie. »

Ou on renonce au sexe. « Là, vois-tu, j’ai un bon ami, ajoute Louise, songeuse. Mais la baise ne m’intéresse plus. » Trop compliqué. Questionner? Ça vaut en autant que l’autre réponde franchement. Et qu’il connaisse la vérité. Le test? De plus en plus de couples vont le passer ensemble, c’est vrai, mais il a ses limites, d’abord il ne détecte que les anticorps qui peuvent mettre plusieurs mois à se développer après la contamination; et puis il suffit d’une embardée de l’un ou l’autre des conjoints pour l’invalider.

Pas surprenant que certaines optent pour la chasteté, solution qui fait tiquer Diane Carbonneau. « Ces femmes-là s’abstiendront de toute relation pendant six mois, un an, et tout à coup la pression devient si forte qu’elles craquent. Mieux vaut développer de bonnes habitudes que de renoncer totalement à la sexualité. »

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A propos du virus

Le premier cas de sida au Québec est survenu à l’Hôtel-Dieu de Montréal en octobre 1979, mais le syndrome: de l’immunodéficience acquise n’a été reconnu comme maladie qu’en 1981 aux États-Unis. Le virus responsable de la maladie a été isolé en 1983 par l’équipe de Luc Montagnier à l’Institut Pasteur de Paris.

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est fragile: il ne survit qu’une très courte période en dehors de l’organisme. Il est très sensible à la chaleur, aux détergents, aux alcools et à tous les désinfectants habituels.

Mais une fois dans l’organisme, ce « rétrovirus » a la capacité d’introduire son code génétique dans celui des cellules infectées : lymphocytes, cellules du cerveau, de la peau, du côlon, etc. C’est la destruction des lymphocytes T4 qui provoque la déficience du système immunitaire et donne son nom à la maladie.

Le virus se transmet par le sperme ou les sécrétions vaginales, par le sang; il peut aussi se transmettre de la mère à l’enfant. Le risque de transmission par transfusion de sang est pour ainsi dire écarté.

Les anticorps, ces témoins de l’infection, peuvent mettre entre quatre semaines et quatre mois à se développer. Toutefois, la personne infectée est contagieuse avant leur apparition.

Plus de 60 % des personnes séropositives développent un sida véritable en neuf ans. La déficience de l’immunité rend les malades sensibles à une multitude d’infections « opportunistes » : pneumonie, toxoplasmose, tuberculose, zona, herpès, oesophogite à candida, etc., infections qui deviennent de plus en plus difficiles à traiter. D’autres maladies lui sont associées: des tumeurs (dont le sarcome de Kaposi) et l’atteinte neurologique (qui peut aller jusqu’au syndrome prédémentiel.)

La gravité du sida, associée aux tabous et aux craintes de contamination, peut produire un isolement extrême, voire de l’ostracisme.

(Tiré du Rapport synthèse du Groupe de travail sur le sida, Québec, Ministère de la santé et des Services sociaux, 1988.)

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