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Il a exercé la médecine de famille en France de 1981 à 2008 avant d’immigrer au Québec, où il est chercheur invité au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal. Et ô surprise, le docteur Marc Zaffran troque parfois son stéthoscope pour la plume, devenant alors Martin Winckler. Il vient d’ailleurs de publier le passionnant roman Le choeur des femmes. Proposition de lecture à tous les gynécologues réellement soucieux de la santé des femmes.

Gazette des femmes: Votre livre raconte l’histoire de Jean Atwood, dont le prénom est à dessein ambigu. Brillante interne, l’héroïne se destine à la chirurgie gynécologique, mais elle doit d’abord passer quelque temps dans l’Unité de médecine de la femme auprès duDrKarma, dont la conception de la profession est à l’opposé de la sienne. Le choeur des femmes est-il davantage un roman ou un manuel pour futurs médecins et pour «mauvais » praticiens ?

Martin Winckler : C’est un roman d’éthique clinique et d’apprentissage. Mon sujet de recherche ici étant la transmission des valeurs, en particulier des valeurs éthiques, pendant l’apprentissage de la médecine. J’ai écrit une fiction qui illustre ce que je cherche,mais je n’ai pas du tout la prétention de donner des leçons aux mauvais médecins. En revanche, j’ai envie de transmettre ce que j’ai appris aux soignants de bonne volonté et aux gens qui ont le type de sensibilité du Dr Karma. Je voulais faire un roman pédagogique sur la santé des femmes, dire comment on peut les soigner, montrer qu’on peut, par exemple, poser des stérilets sans faire mal.Des lectrices m’ont dit vouloir offrir Le choeur des femmes à leur méchant gynécologue… Ce n’est pas un livre qu’on offre à ceux qu’on n’aime pas; ça ne leur apprendra rien et ma position est beaucoup trop radicale pour être acceptable pour des gens qui sont enfermés dans leurs comportements.

Ce livre est une mine de renseignements pour et sur les femmes et remet en cause la manière dont on les traite. Peut-il faire changer des choses?

Je pense que les changements, dans un premier temps, ne peuvent être qu’individuels. Par exemple, des lectrices m’écrivent pour me dire qu’elles ne se laisseront plus maltraiter par leur gynécologue. Des médecins me confient qu’ils vont écouter les femmes autrement, désormais, parce que ce qu’elles racontent est passionnant. D’autres disent que mon livre les réconforte, parce que c’est ce type de médecine qu’ils veulent pratiquer. Alors pour ces femmes, pour ces médecins, ça va changer des choses.

Quel message de votre livre vous tient le plus à coeur ?

Qu’il ne faut pas se soumettre à l’autorité, en médecine encore moins qu’ailleurs. Si un médecin a de bonnes raisons de vous faire quelque chose, il faut qu’il le justifie, et vous êtes en droit d’obtenir une justification qui vous satisfait et qui n’est fondée ni sur l’autorité, ni sur le terrorisme, ni sur le mépris, ni sur le silence. Il faut sans arrêt questionner, demander si on ne peut pas faire autrement. C’est pour ça que j’ai introduit une étudiante qui voit comment les choses se passent entre le Dr Karma et les patientes, et qui résiste. C’est une manière de montrer une dynamique non dogmatique de la médecine.

En complément d’info

Martin Winckler, Le choeur des femmes, Éditions P.O.L., 2009, 608 p.

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1 Réaction

  1. Lyne Fortin

    Je suis heureuse de constater que des approches plus centrées sur les besoins des patientes se taillent timidement une place dans le cœur de certains intervenantes et intervenants de la santé. Le fait est que la parole des femmes est encore trop souvent ignorée ou reléguée au second plan dans la panoplie des soins et approches qui leurs sont dédiées. En cela, certaines pratiques sont discriminatoires envers des femmes qui vivent les choses autrement, pour de multiples raisons dont certaines trouvent source dans leur histoire de vie. Ces pratiques sont parfois mis de l’avant par des politiques gouvernementales, sous l’influence d’intentions nobles. Je pense particulièrement, entre autre, ici à la politique gouvernementale en matière d’allaitement maternel, dont les applications dans le milieu de la périnatalité peuvent être vécues comme stigmatisantes par certaines femmes dans l’impossibilité d’allaiter à cause d’un passé d’agression sexuelle. Loin de favoriser la relation de la mère à l’enfant, les incitatifs marqués en faveur de l’allaitement maternel, sans que n’y soit associée une écoute sensible et qu’une perspective de guérison ne soit soutenue par des gestes et approches appropriés, certaines femmes y vivent une forte re-victimisation.

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