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Jeune femme soulevant son enfant en l'embrassant.

Portrait d’humaine no 1 : Camélia Handfield

par 

Enseigne la philosophie au collégial depuis 2009. Elle tient une chronique hebdomadaire dans le journal La Nouvelle, collabore au blogue d’Urbania et est la moé du blogue Les p’tits pis moé. Elle garnira ta bibliothèque de deux ouvrages en 2016. Elle aime le kitsch et les citations et déteste les demandes à l’Univers.

Je ne serais pas l’humaine que je suis si je n’avais pas eu de modèles. Je me suis dit que j’avais le goût de te présenter certains d’entre eux. Certaines, en fait. Je te ferai donc des portraits, au travers des autres textes, de femmes qui m’inspirent, qui alimentent mes réflexions, mes actions. Des connues et des pas-connues-mais-qui-devraient-l’être.

Camélia assise en bord de mer avec ses 2 enfants.

Ce n’est pas tant sa capacité à s’oublier qui m’émeut que celle d’être si présente. [Camélia] est comme ça, depuis toujours : quand elle te parle, elle est toute là. Et avec sa progéniture, c’est encore plus frappant.

« Je veux apprendre à jouer du ukulélé. » C’est ma meilleure amie qui dit cela. Elle est drôle, ma meilleure amie, ma Camélia *. Je l’ai rencontrée dans un cours, à l’université, un atelier de création littéraire. J’avais le besoin de lui adresser la parole, portée par cette conviction et cette impression que ce serait une erreur terrible de ne pas le faire. Une erreur existentielle. Rien de moins. Et le temps m’a donné raison : notre amitié est de celles qui ne fléchissent pas, qui se poutrent, qui se simplent. On peut être un mois sans s’adresser la parole ou des clics, parce que la vie, et on se reprend toujours comme si on s’était parlé le matin même.

Mais si je te parle d’elle, aujourd’hui, c’est pour son être-maman. À l’opposé du mien. Certaines parties, notamment. Elle a fait le choix de la maison. D’allaiter. Des couches lavables. J’ai fait celui du travail, du biberon, des couches jetables. Et je l’ai toujours admirée pour ce qui me semblait être une capacité d’abnégation que je ne pouvais avoir. Du moins, pas à ce niveau. Et elle a fait tout cela avec une telle douceur, malgré le difficile, parfois, de ses choix. Et elle a fait tout cela avec une telle lucidité. Je me suis souvent questionnée sur mes propres orientations et décisions en rebond des siens. Sur ma qualité de mère. Ma suffisance. Parce que je la voyais, elle, en donner tellement plus, ou tellement différemment à ses p’tits. Pendant longtemps, alors que j’étais tristement prise avec la conviction que ma maternité m’aliénait, que je ne savais plus qui j’étais ou devais être au travers des pleurs et des boires, la regarder faire elle, avec son aisance dans le difficile, ça me faisait mal. Mais ça me donnait aussi espoir. Que je pourrais y arriver, que son modèle à elle m’était aussi accessible. Fallait juste que je me donne la chance.

Ce n’est pas tant sa capacité à s’oublier qui m’émeut que celle d’être si présente. Elle est comme ça, depuis toujours : quand elle te parle, elle est toute là. Et avec sa progéniture, c’est encore plus frappant. Elle fait tellement de choses avec ses p’tits, pour eux. Ils ont eu des poules, ont des cochons d’Inde, elle les amène dans le Bas-du-Fleuve, souvent, l’été. Je pense qu’une partie de ma confiance dans mes moyens de traîner mes p’tits ailleurs m’est venue d’elle et de ses élans. J’ai eu moins peur, un jour, de mes incapacités imaginées.

On n’a jamais eu de discussions sur la pertinence et la valeur de nos choix maternels. Jamais. Si on avait été autres, sans doute que ça aurait eu lieu. On aurait pu se sentir menacées, peut-être. Mais non. Nous, on s’est regardées, on s’est comprises, on s’écoutait. On le fait encore.

Le choix d’être une maman à la maison n’en est pas un évident. Il comporte son lot de « wow » et de félicitations, mais aussi de regards désobligeants, d’impression de ne servir à rien, de ne pas être valorisée à sa juste valeur. Et ces jugements viennent de toutes parts. La mère qui choisit de travailler subit aussi son lot de commentaires, de regards sévères. Une des premières choses que tu apprends, en fait, avec la maternité, c’est que peu importe ce que tu en feras et ce que tu seras, pour un nombre considérable d’individus, ce ne sera pas la bonne chose ou la meilleure chose. Et ce sera difficile de composer avec cela. Parce que tout ce que tu veux, c’est faire la meilleure des choses. Tout le temps. J’ai su faire taire des doutes et j’y suis notamment parvenue en regardant Camélia. Elle a été mon modèle de maman épanouie, qui y arrivait au sourire et au léger, pas forcés. Je lui dois une partie de l’aisance maternelle que j’ai fini par acquérir, à force de la trouver forte, elle, et tellement adéquate.

*Camélia Handfield : pigiste, maître en littérature, maman à la maison, meilleur humour malaisant au monde.  

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2 Réactions

  1. Rose Marquis

    En lisant cet article j’ai repensé à certaines rencontres Passe-Partout (pendant 24 ans j’ai animé des rencontres de ce type sur le territoire de ma commission scolaire) où des mamans ayant fait le choix de rester à la maison se sentaient coupables et d’autres, ayant fait le choix de travailler à l’extérieur, exprimaient un malaise similaire… À un moment donné j’ai trouvé un bon article de Germain Duclos ou il comparait la culpabilité au cancer, j’ai alors orienté les échanges sur comment bien assumer nos choix…

  2. Réjeanne Martin

    Merci de vous maintenir dans une raltion si simple, telement vraie.

    Peut-être pourriez-vous suggérer à mesdames les ministres Thériault et Lavallée que c’est bien triste-même honteux- de leur part de n’avoir pas connu de femmes signifiantes, dans le champ de celles qui reconnaissent qui, nées femmes, ne peuvent pas ne pas être féministes… Dieu, qu’elles ont peur des oiseaux ces femmes-là!

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