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Photographie de Rachel Abou Abdallah.

Rachel Abou Abdallah : le combat dans le sang

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A étudié le journalisme et la langue arabe à l'Université du Québec à Montréal. Aujourd'hui journaliste pigiste, elle collabore à plusieurs journaux et magazines tels que le ELLE Québec, La Presse, le Huffington Post Québec et la Gazette des femmes. Andréane s'intéresse particulièrement aux enjeux de société et aux droits des femmes.

Longtemps considérés comme un sport d’hommes ultra violent, les arts martiaux mixtes (MMA, en anglais) gagnent rapidement en popularité chez les femmes. Amateures ou professionnelles, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans cette discipline de combat combinant notamment boxe, judo, muay-thaï et jujitsu. Et à mettre les préjugés K.-O. Au Liban, Rachel Abou Abdallah est en train d’ouvrir la voie aux futures générations de combattantes.

Photographie de Rachel Abou Abdallah avec des gants de boxe.

« Mon père me dit que ce n’est pas un sport pour une fille parce que c’est trop violent. Ma mère, elle, a très peur pour moi. Quand je rentre avec des hématomes partout sur le visage, elle me demande d’arrêter, parce qu’une femme ne devrait pas avoir l’air de ça. »

Rachel Abou Abdallah, la seule combattante d’arts martiaux mixtes au Liban et dans le monde arabe

Dans le gymnase de l’Académie Knockout, au stade Michel El Murr à Beyrouth, une dizaine d’hommes s’exercent avec acharnement. Ils envoient de violents coups de poing et de pied contre des sacs d’entraînement suspendus au plafond. Au milieu d’eux, Rachel Abou Abdallah, concentrée, répète ses jabs, uppercuts et jeux de pieds. À 25 ans, elle est la seule combattante d’arts martiaux mixtes au Liban — et dans le monde arabe. L’an dernier, elle était également la première femme arabe à participer aux Championnats du monde de MMA amateurs à Las Vegas.

« Quand j’entre dans le ring, c’est le meilleur sentiment au monde. La montée d’adrénaline, l’émotion… Quand je me bats, je me sens plus en vie qu’à n’importe quel autre moment », lance-t-elle avec enthousiasme.

Fascinée par les arts martiaux depuis l’enfance, Rachel a découvert les arts martiaux mixtes il y a un peu plus de deux ans, grâce à un ami qui pratiquait ce sport et qui connaissait le talent de Rachel pour les sports de combat. « J’ai toujours aimé les arts martiaux. Mon père était champion de karaté. Je me rappelle que je regardais souvent les films de Jackie Chan et Jean-Claude Van Damme. J’aimais observer leurs mouvements et leurs réflexes rapides, leur discipline », dit-elle.

Un jab aux préjugés

Depuis, sa passion pour le combat ne l’a plus quittée, malgré les nombreux stéréotypes et préjugés de la société patriarcale libanaise auxquels elle doit toujours faire face.

« Je crois que les hommes ont la même réaction partout dans le monde lorsqu’ils voient une femme entrer dans un centre d’arts martiaux mixtes, note George Sahyouni, qui s’entraîne également à l’Académie Knockout. Nous nous sommes dit que Rachel abandonnerait dès le premier coup qu’elle recevrait. Mais elle nous a étonnés par sa persévérance et sa force mentale. »

« C’est inhabituel et difficile pour une femme de faire des arts martiaux mixtes au Liban, car peu de gens nous soutiennent, ajoute Rachel. Mon père me dit que ce n’est pas un sport pour une fille parce que c’est trop violent. Ma mère, elle, a très peur pour moi. Quand je rentre avec des hématomes partout sur le visage, elle me demande d’arrêter, parce qu’une femme ne devrait pas avoir l’air de ça. »

Ces obstacles ne l’ont pas empêchée de prendre tout le monde par surprise en remportant la médaille d’argent aux Championnats du monde l’an dernier. « À Las Vegas, j’ai senti que les entraîneurs des autres équipes, comme les États-Unis et la France, avaient beaucoup de respect pour moi. Je ne sais pas si c’est parce que je viens du Liban. D’ailleurs, personne au Moyen-Orient ne s’attendait à ce que je participe aux Championnats du monde », raconte-t-elle.

Sa participation et sa victoire au prestigieux concours international ont d’ailleurs forcé ses parents à accepter le choix de leur fille, aujourd’hui très fière de représenter les femmes arabes sur la scène sportive internationale. « Ma famille a réalisé que tout ça est plus grand que moi et que je représente désormais le Liban et les femmes de la région. Je ne peux pas arrêter maintenant », affirme-t-elle.

Problèmes d’adversaires et de carrière

Du haut de ses 1,64 mètre et de ses 54 kilos, Rachel monte sur le ring de l’Académie Knockout pendant l’entrevue. Son adversaire, un homme, est beaucoup plus fort qu’elle, mais ne la ménage pas. Le peu de femmes dans ce sport force la combattante à s’entraîner presque exclusivement avec des hommes. Un désavantage, selon elle. « Pour m’améliorer, je dois aller me battre à l’étranger parce que les femmes qui font des arts martiaux au Moyen-Orient ne sont pas au même niveau que moi. On a besoin de plus de filles. Je ne peux pas progresser si je ne me bats qu’avec des hommes. »

Comme la plupart des athlètes amateurs, Rachel, qui a récemment obtenu son diplôme en architecture, doit concilier ses carrières sportive et professionnelle et ne reçoit aucune aide du gouvernement libanais. Un véritable défi pour la jeune femme qui s’entraîne jusqu’à 25 heures par semaine. « C’est très difficile de concilier les deux. J’aimerais faire des arts martiaux mixtes une carrière, mais je dois gagner ma vie. »

Pour l’instant, la jeune athlète se remet d’une blessure au genou et d’une opération qui l’ont forcée à cesser l’entraînement pendant six mois et lui ont fait rater les Championnats du monde en juillet dernier. « Je vais recommencer les combats en janvier. J’espère maintenant pousser ma carrière à l’international », dit-elle, déterminée.

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