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Elle en rêvait depuis des années. Elle est finalement partie à l’été 1994. La découverte d’un nouvel univers, la complicité avec les Maliennes, le sentiment de faire œuvre utile, l’approfondissement de sa relation avec ses enfants ont depuis conféré à cette expérience un caractère essentiel.

Rien n’obligeait Élizabeth Côté à plier bagage à 45 ans si ce n’est le besoin de s’engager, sa profonde solidarité avec les femmes du monde et une irritation « à toujours ressasser des problèmes de riches. » Elle raconte : « Quelques mois en Haïti m’avaient fait voir à quel point nous dramatisons les problèmes dans les sociétés nanties. Pour mieux ignorer, sans doute, la tragédie quotidienne des pays pauvres. Cela m’a donné le goût d’investir mes énergies ailleurs. »

Ce bref séjour à Haïti ne la qualifie pas d’emblée comme coopérante, d’autant plus qu’elle ne détient pas de diplôme universitaire. Élizabeth a d’autres atouts : de multiples expériences communautaires, de la détermination et un livre, La recherche du matrimoine, écrit dans une perspective de développement durable et qui redonne aux femmes en agriculture la place qui leur revient.

Le CECI se laisse convaincre de lui confier la coordination d’un programme d’éducation et de récupération nutritionnelle implanté en partenariat avec des organisations non gouvernementales (ONG) locales et réalisé avec des femmes des quartiers périphériques de Bamako, la capitale du Mali.

Élizabeth Côté a quitté le Québec en juillet 1994 avec Jan, son fils de 10 ans. Sa fille de 16 ans est restée derrière pour terminer son secondaire. Après les vacances d’été, Sarah Maya repart avec sa mère alors que Jan choisit de retourner chez son père qui vit au Nouveau-Mexique. Depuis septembre 1996, ils sont tous réunis au Mali. Jan et Sarah Maya poursuivent leurs études dans un lycée français. Dans un pays où la polygamie existe, où les femmes vivent beaucoup entre elles, leur famille monoparentale passe inaperçue.

« Les enfants se sont bien intégrés, constate leur mère. Jan est à un âge où il suffit d’un groupe de copains pour être heureux. Sarah Maya prépare son bachot dans la plus pure tradition française tout en s’imprégnant de la culture traditionnelle malienne. » La jeune femme, dont le nom, par un heureux hasard, signifie « incarnation du charme » en bamanan, la langue du peuple Bambara, compare ainsi sa double expérience : « Les gens du lycée sont corrects et gentils, mais j’ai peu en commun avec eux. Ils font partie d’une élite qui ne se donne même pas la peine de parler la langue locale. Moi, je tenais à l’apprendre pour me rapprocher des Maliens. C’est essentiel si on veut les comprendre. »

La danse et le musique africaines font partie de la vie de la petite famille. Élizabeth et Sarah Maya dansent avec une troupe, Jan apprend le djembé (tambour). Tous trois reviendront changés de ce séjour au Mali, ne serait-ce que par l’ouverture à de nouvelles valeurs et à d’autres dimensions. Élizabeth ne cache pas sa satisfaction « d’avoir permis à ses enfants de connaître autre chose que l’Amérique du Nord. »

Une seule ombre au tableau, l’incertitude par rapport à l’avenir. « Ce sont les inconvénients d’être à la pige », philosophe Élizabeth qui repartira sans doute. Pas nécessairement comme bénévole, ni au Mali. Elle a maintenant une solide expérience à monnayer. « Ce ne sont pas les terrains qui manquent pour qui veut contribuer à l’avancement des femmes et à la promotion du développement durable », précise-t-elle. Que feront les enfants? « Ils se disent prêts à me suivre encore quelques années. Où? Quand? Comment? C’est entre les mains d’Allah », répond-elle, un sourire dans les yeux.

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