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Illustration d'une horloge

Le boulot selon son rythme

par 

Journaliste indépendante, Jacinthe Tremblay s'intéresse particulièrement aux enjeux économiques et sociaux. Elle a collaboré à plusieurs publications québécoises : L’Actualité, Commerce, HEC Mag, Sélection, Les Affaires et Le Devoir. De 2001 à 2008, elle signe la chronique hebdomadaire Vie au travail et de nombreux dossiers dans le quotidien La Presse. Elle est l'auteure du livre Entretiens avec Henry Mintzberg, paru en 2010.

Entre le vide et l’espoir

Françoise Tremblay (nom fictif), 51 ans, chômeuse

Parcours : Deux diplômes d’études collégiales dans des disciplines artistiques. Bac en histoire de l’art et en éducation. Contractuelle (10 ans), étalagiste salariée et pigiste (18 ans), enseignante en formation professionnelle (2 ans).

« En juillet, la veille de mon départ en vacances, j’ai été congédiée sans avertissement et raccompagnée vers la sortie comme une criminelle. C’est tout un choc de se faire mettre dehors pour la première fois de sa vie à 51 ans ! Des collègues m’ont appris qu’un jeune prof me dénigrait depuis plusieurs mois auprès de la directrice. Ils ont vanté mes qualités professionnelles et humaines. Mes étudiants ont pleuré. Ça n’a rien changé.
Ce congédiement a pété ma bulle. J’adorais mon travail. Je me voyais enseigner jusqu’à la retraite. Transmettre son savoir, c’est une si belle façon de finir sa carrière ! J’ai des moments de colère, d’amertume, de tristesse et d’angoisse. J’ai des sous de côté, mais je ne veux pas épuiser mes réserves.Mon entourage m’a rassurée, autant sur mes qualités humaines que professionnelles. Les bons jours sont plus nombreux. Parfois, j’arrive même à en rire en me disant que je suis en sabbatique !
Je sais que j’ai un avenir sur le marché du travail,mais j’ignore lequel… La retraite ? Je n’ose même pas y penser. »

Soif de pérennité

Muriel Ducharme, 62 ans, consultante en animation, formation et gestion

Parcours : Maîtrise en psychopédagogie, certificat en animation, formations en développement personnel et organisationnel ainsi qu’en andragogie. Enseignante et gestionnaire dans le réseau public (20 ans), puis consultante et chargée de cours à l’université (20 ans).

« À 62 ans, j’ai un fils de 18 ans alors que la majorité des femmes de mon âge sont grands-mères. La retraite, je n’y pense même pas.Mais j’ai un goût de pérennité. J’ai à mes côtés une quarantenaire capable de prendre la relève de ma boîte.Mais pour ça, je dois lui fournir du boulot. J’ai donc commencé à apprendre, il y a cinq ans, à me comporter en entrepreneure : je fais maintenant des démarches pour dénicher des contrats. Jusque-là, j’attendais que le téléphone sonne…
Un des plus grands bouleversements de ma vie professionnelle est survenu quand j’avais 47 ans. Je me suis séparée du seul homme dont je me sois éprise à ce jour. Je me suis mise en congé. Pendant quatre mois, je n’ai pas eu de contrats, et n’en ai pas cherché. J’arrivais quand même à payer mes factures. J’avais atteint le fond du baril personnel, mais pas professionnel. J’ai réalisé que la sécurité était en moi, que je n’étais pas juste une job.
Si mon rythme de travail est plus au ralenti ces jours-ci, c’est plus lié au contexte économique qu’à mon âge.
Si mon plan de relève fonctionne, je compte prendre plus de temps pour écrire ou approfondir un ou deux sujets qui me passionnent. »

Retraite revue et corrigée

Noëlla Roy, 64 ans, préposée à la boulangerie dans un supermarché

Parcours : 5e secondaire, fonctionnaire provinciale (4 ans), mère de quatre enfants à temps plein (15 ans), gérante puis préposée de la boulangerie dans différents marchés d’alimentation à grande surface (25 ans).

« Je viens tout juste d’amorcer le virage de la retraite en réduisant mon horaire de travail à trois jours par semaine. Cette transition fait mon affaire. Je peux apprendre tranquillement à occuper mon temps autrement. Si je constate que je m’en tire bien financièrement malgré cette baisse de revenu, je vise la retraite complète à 65 ans. Je bénéficie de la rente de conjoint survivant et d’une partie de l’allocation du Régime de rentes du Québec, c’est tout. Mon mari et moi avons été des travailleurs à bas salaire et nos REER sont maigres.
J’aimerais bien arrêter pour faire autre chose. Je suis tannée. J’ai le goût de prendre soin de moi, avec un programme d’entraînement physique, par exemple; d’être disponible pour mes enfants et mes petits-enfants; de faire du bénévolat auprès d’enfants malades. Mon véritable défi consiste à apprivoiser ma vie en solo plutôt qu’à deux, comme je l’avais imaginé. Mon mari est décédé il y a deux ans et les projets que nous avions élaborés ensemble ne me conviennent plus. Je dois apprendre à organiser ma nouvelle vie et à affronter les difficultés seule, alors que c’est beaucoup plus facile à deux ! »

Stimulée par la nouveauté

Esther Paquet, 51 ans, responsable des certificats en santé mentale et en intervention en déficience intellectuelle à l’Université de Montréal

Parcours : Cours en études littéraires, bac en travail social à 30 ans, maîtrise en droit social et du travail à 40 ans. Travail en garderie (10 ans), mélange d’emploi salarié dans des groupes de femmes, de contrats et de charges de cours (6 ans), puis porte-parole d’Au bas de l’échelle, un groupe de défense des travailleurs et travailleuses non syndiqués (12 ans).

« Deux ans après mon arrivée à l’Université de Montréal, j’en suis encore à apprendre un nouveau boulot, à comprendre la culture et les rapports dans cette organisation. J’ai adoré travailler à Au bas de l’échelle,mais après 12 ans, j’étais dans une zone de confort. J’avais le goût d’un milieu de travail plus grand. Quand tu changes de boulot, tu te mets en danger, mais c’est très stimulant. J’aimerais passer plusieurs années ici, développer une expertise.
La retraite, je la vois loin. Je n’ai jamais souffert du travail; il m’a nourrie. Comme porte-parole et coordonnatrice des dossiers politiques à Au bas de l’échelle, j’ai souvent eu à parler des conséquences du travail précaire sur la retraite. Ce n’est pas évident. Les conseillers financiers nous demandent à quel âge nous voulons prendre notre retraite. La vraie question est à quel âge pensons-nous pouvoir la prendre… En passant du communautaire à l’université, j’ai amélioré mes conditions salariales, mon régime de retraite. Mais à cause de mon parcours, j’appartiens encore au groupe des “précaires”. »

Transfert d’expertise en accéléré

Madeleine Huberdeau, 56 ans, chef d’équipe en communication dans une institution financière

Parcours : Études universitaires en traduction et en journalisme. Rédactrice et journaliste indépendante (4 ans).

« Je prévois quitter mon boulot autour de 60 ans, après plus de 20 ans chez le même employeur. Je suis en mode “transfert d’expertise en accéléré”. Je suis à la tête d’une équipe d’une quinzaine de personnes. Le coaching des plus jeunes fait partie de ma tâche. Je suis choyée :mon poste répond à mon besoin de transmission. C’est très stimulant.
Je suis reconnaissante à la vie de m’avoir donné autant d’énergie. J’en ai moins qu’à 35 ans,mais mon expérience et mon expertise comblent la différence : j’en perds moins qu’avant ! Je prends les choses les unes après les autres.
Je vois ma retraite comme une continuité professionnelle, dans autre chose, à un rythme moins exigeant. Je veux garder un pied dans la vie intellectuelle et conserver le sentiment d’être utile que m’apporte le travail. Je prévois suivre des cours de langues, faire des contrats de rédaction et offrir bénévolement mes services à des organismes qui défendent des causes qui me tiennent à coeur. J’ai un bon fonds de pension de mon employeur et j’ai toujours fait attention. Je n’ai pas de grands besoins matériels, sinon les voyages. »

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