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Photographie d'Éve Landry.

Ève Landry : surfer sur la vague

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Sur scène comme au petit écran, elle incarne des personnages forts en gueule. Ève Landry nous dévoile ses perceptions sur sa place, et celle des femmes en général, dans le milieu théâtral québécois.

Directe, authentique, Ève Landry se livre sans chichis, au téléphone, pendant qu’elle marche dans Québec en direction du Grand Théâtre. À 29 ans, elle vit son baptême des planches dans la capitale, au Théâtre du Trident, dans la pièce de Martin Crimp Dans la république du bonheur. La comédienne, bien connue pour sa participation à la télésérie Unité 9, y joue le rôle de Madeleine : « Manipulatrice, dominatrice, elle fout la merde, et amène tout le monde avec elle dans sa quête destructrice du bonheur », explique-t-elle.

Une vulnérabilité à apprivoiser

Depuis sa sortie du Conservatoire en 2007, Ève Landry a surtout travaillé à Montréal, incarnant sur scène ou en studio des personnages de femmes fortes. Pourquoi ce casting? « Ce n’est pas toutes les comédiennes qui sont capables de gueuler, de crier de rage. Même chose pour les comédiens. Moi, ça me plaît, je n’ai aucune gêne à le faire. Et ces femmes, derrière leur armure, cachent toujours une faiblesse. Ça me permet de prendre conscience des moments où je “fronte”, dans ma propre vie. »

Se lasse-t-elle de jouer le même genre de rôles? Non, car selon elle, chaque personnage a un bagage, une intensité et des failles qui lui sont propres. Ces différences rendent chaque expérience unique. La peur d’être catégorisée ne l’habite pas. « Ceux qui me connaissent dans le milieu savent que je peux jouer dans d’autres registres. » Ces temps-ci, on lui enseigne des trucs pour avoir la larme à l’œil. « J’apprends à peser sur le bon piton pour avoir accès à d’autres émotions. » On lui offrirait un rôle qui lui permettrait d’exploiter sa vulnérabilité qu’elle embarquerait volontiers dans l’aventure. « J’ai de la difficulté à accepter ma vulnérabilité dans ma propre vie! » dit-elle en doublant un passant. « Je ne voulais pas qu’il m’entende, confie-t-elle, avant de se mettre à rire, sachant que ses propos seront rapportés dans l’article. Tout ça, c’est de l’apprentissage, et j’y suis très ouverte. »

Voix de femmes

En avril prochain, Ève Landry fera partie de la distribution de la pièce J’accuse d’Annick Lefebvre, une auteure qui se dit ouvertement féministe. Cinq monologues, cinq voix de femmes. Elle jouera « la fille qui encaisse ». Encore une fois, un personnage qui ne fait pas dans la dentelle. « Elle a l’air de rien, elle longe les murs, mais si tu lui parles, elle va te casser, car elle t’observe depuis des mois et sait exactement qui tu es. »

Photographie d'Ève Landry.

« C’est certain qu’il va toujours falloir se battre, nous les femmes, parce qu’on est parties de loin, mais je ne m’inquiète pas trop pour autant. Des comédiennes, des metteures en scène, des auteures, il y en a au Québec. »

Ève Landry, comédienne au petit écran et au théâtre

Féministe, Ève Landry? Un ange passe. « Ma position sur le féminisme est floue, je me contredis parfois sur cette question. » Pour l’heure, elle avoue avoir de la difficulté à comprendre ce qui est féministe ou pas. Elle dit avoir été interpellée par la lettre de l’auteure Catherine Léger adressée à la ministre de la Justice et ministre responsable de la Condition féminine, un des 26 textes de la pièce 26 lettres. Abécédaire des mots en perte de sens, mise en scène par Olivier Choinière et présentée au Théâtre d’Aujourd’hui en décembre dernier. Dans sa lettre, Catherine Léger constatait que plus personne au Québec ne s’entend sur ce que signifie le mot féministe, et revendiquait, avec humour, la création de l’Ordre des féministes du Québec, dont la mission serait de protéger le public en délivrant des permis et en s’assurant que les féministes qui écrivent des blogues sont de vraies féministes…

Une chose est sûre pour Ève Landry, cependant, c’est qu’il existe des voix féminines fortes au théâtre. « Ce que je remarque autour de moi, c’est qu’il y a de plus en plus d’auteures. » En plus de Catherine Léger, elle cite Annick Lefebvre, Rébecca Déraspe, Marilyn Perreault. « Il y a un réel désir d’écrire de beaux personnages pour les femmes. Mais naturellement, il n’y a pas assez de rôles pour tout le monde. »

Creux et crête de vague

Selon la comédienne, jamais les écoles de théâtre n’ont fait autant de casting pour choisir des profils qui répondront à la demande du moment. « Il y aura une grande maigrichonne, une belle fille, un beau gosse, une Asiatique, un Noir » Est-ce à talent égal? « Je n’en suis pas sûre. Mais les écoles n’ont pas le choix, car à la fin de la formation, il n’y aura de la place que pour un beau gosse ou une belle fille. C’est plate, mais on le sait tous quand on s’inscrit. Les écoles subissent comme tout le monde les pressions du milieu. »

Elle estime que les thèmes reviennent cycliquement. « À ma sortie du Conservatoire, les monologues d’hommes dans la trentaine qui découvrent leur homosexualité étaient la grande mode. Ce sont des vagues, et il ne faut pas se taper sur la tête chaque fois qu’il y en a une qui passe sans qu’on soit dessus. »

Une chose l’agace, cependant : les inégalités salariales dans le milieu. Si elle n’a jamais comparé son cachet avec celui de ses collègues masculins dans les productions auxquelles elle a participé, elle sait que le problème est réel. « Il y a encore beaucoup de discussions là-dessus dans mon entourage. Ça existe toujours, et ça me pue au nez. Voyons, ça se peut pas! Il faudrait qu’on se mobilise, mais souvent, on manque de temps ou d’énergie pour se lancer dans une bataille comme celle-là. »

Ève Landry surfe sur sa vague, consciente que celle-ci pourrait retomber n’importe quand. « C’est certain qu’il va toujours falloir se battre, nous les femmes, parce qu’on est parties de loin, mais je ne m’inquiète pas trop pour autant. Des comédiennes, des metteures en scène, des auteures, il y en a au Québec. Après, il faut s’adapter, comme individu et comme société, à l’évolution naturelle des choses… »

La pièce J’accuseun texte d’Annick Lefebvre mis en scène par Sylvain Bélanger – sera à l’affiche du 14 avril au 9 mai au Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

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