Aller directement au contenu
Photographie d'une jeune femme regardant le résultat de son test de grosse

À qui la faute?

par 

Journaliste au quotidien Le Soleil depuis l'automne 2011 après avoir passé trois ans à La Presse Canadienne. Ce travail de journaliste au quotidien lui permet de toucher à une variété de sujets et d’assouvir sa curiosité. Elle aime également le travail de fond et les dossiers, un côté du métier qu’elle a développé en complétant une maîtrise en études internationales en 2007. Déjà sensible aux questions touchant les femmes, ses expériences personnelles, ses voyages à l'étranger et sa collaboration à la Gazette des femmes n’ont fait que renforcer sa conviction : poursuivre le travail amorcé par nos grand-mères pour une société égalitaire.

Le diagnostic est tombé : votre couple est stérile. Premier réflexe? Trouver un coupable. Pas facile, selon les experts, puisque même si le problème est d’ordre médical, un ensemble de conditions environnementales et sociales peuvent porter le blâme.

Avant tout, tirons une chose au clair : mesdames, vous n’êtes pas les seules responsables.« L’infertilité est attribuable autant aux hommes qu’aux femmes », affirme d’emblée Louise Lapensée, docteure à la clinique de fertilité Ovo, avant d’ajouter qu’une partie des causes demeurent encore inconnues.

Du côté des femmes, la stérilité peut être liée à un problème d’ovulation. Certaines n’ovulent jamais, d’autres seulement de temps en temps. La rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule est alors impossible ou fort peu probable. Les causes sont variables, la plus fréquente étant le syndrome des ovaires polykystiques, provoqué par un excès d’hormone mâle. Trop d’exercice, un poids insuffisant ou une ménopause prématurée peuvent également entraîner l’anovulation.

L’infertilité tubaire est aussi possible; il s’agit de l’obstruction ou de l’altération des trompes de Fallope. Ces dernières, aussi appelées trompes utérines, constituent le passage par lequel les ovules se rendent jusqu’à l’utérus. Si le chemin est bloqué ou altéré, la stérilité peut s’ensuivre. Certaines infections transmises sexuellement (ITS) ou l’endométriose peuvent occasionner ce genre de problème.

Chez les hommes, la fertilité dépend essentiellement de la production et de la circulation du sperme. Le nombre de spermatozoïdes qu’il contient peut être insuffisant, ou son débit trop lent. Selon la Dre Lapensée, une varice au scrotum peut, dans certains cas, diminuer la mobilité du sperme. Des anticorps, apparus à la suite d’une chirurgie ou sans raison précise, peuvent aussi amoindrir le pouvoir fécondant du liquide séminal.

Ainsi, homme ou femme, la personne infertile n’y est souvent pour rien, bien que des habitudes de vie saines et des relations sexuelles protégées puissent prévenir certaines maladies liées à l’incapacité de concevoir un enfant. Or, dans l’avis qu’elle a remis en novembre dernier au ministère de la Santé et des Services sociaux, la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) recommande au gouvernement de financer des programmes de recherche sur la prévention de l’infertilité. Mais si on exclut les troubles médicaux des aspirants pères et mères, quel pourrait bien être l’objet de ces recherches?

Au banc des accusés

Image d'un test de grossesse
Les femmes ne sont pas les seules responsables de l’infertilité. Une partie des causes demeurent toutefois inconnues.

La sociologue Louise Vandelac, qui a siégé à la Commission royale sur les nouvelles techniques de reproduction (1991) et qui anime aujourd’hui le Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement (CINBIOSE), est d’avis qu’il est primordial de diriger ces recherches vers la santé environnementale, « un domaine boudé par l’establishment médical ».

« C’est un facteur important à considérer. Il touche une partie significative de la population », soutient-elle, énumérant une série de recherches ayant déjà prouvé que les polluants organiques présents dans l’environnement provoquent des perturbations endocriniennes. Ces polluants auraient donc une incidence sur la quantité de spermatozoïdes et la qualité du sperme, et pourraient figurer parmi les facteurs expliquant certains cancers hormonaux, chez les hommes comme chez les femmes. Pour pallier ce problème « évitable », Mme Vandelac persiste à dire qu’il est nécessaire de revoir certaines normes environnementales québécoises, notamment celles encadrant les pesticides et la qualité de l’air.

Mais ce n’est pas tout d’améliorer la qualité de l’environnement. On doit également bonifier la conjoncture sociale dans laquelle les humains évoluent. Cette dernière, disent les spécialistes, n’est pas propice aux enfants, du moins à la conception de ceux-ci à un âge où les conditions gagnantes pour la fertilité sont réunies.

D’abord, un principe de base à retenir : « la fertilité chez les femmes diminue avec l’âge en raison de la quantité limitée d’ovules », explique la Dre Lapensée . Élémentaire? Beaucoup de femmes semblent l’oublier, déplore la médecin, découragée par les vedettes hollywoodiennes « âgées » qui se pavanent avec leur ribambelle de bébés. «Cela fait circuler le message que la médecine est capable de tout et qu’il n’y a pas vraiment d’âge limite pour tomber enceinte. C’est faux! »

Elle tient également à souligner que ces grossesses tardives ne sont généralement pas naturelles; elles ont été rendues possibles grâce à des dons d’ovules. «On ne veut pas que les femmes fassent des bébés avant d’être prêtes, mais il faut que la population soit davantage informée de la baisse de la fertilité féminine avec les années », soutient-elle.

« L’âge de la première naissance s’est déplacé », renchérit Louise Vandelac. Les couples reportent leur projet parental pour réunir les conditions financières, professionnelles et amoureuses idéales. « Ce qui veut dire que lorsqu’ils se décident enfin, il est déjà très tard! » déplore la sociologue, qui compare ce débat à celui sur la conciliation travail-famille au début des années 1990. Pour elle, la question de « l’après-bébé » demeure primordiale, mais il faut aussi penser à « l’avant bébé »! Elle suggère notamment l’implantation d’un congé parental pour les étudiants et des contrats d’embauche beaucoup moins précaires pour les jeunes travailleurs.

Même son de cloche du côté de la Dre Annie Janvier, néonatalogiste et pédiatre à l’Hôpital Sainte-Justine, qui évoque le débat politique et social entourant cette question d’âge. « Y a-t-il suffisamment de garderies à faible coût dans les universités pour les femmes qui poursuivent leurs études? La réponse est non », clame celle qui croit qu’il est temps que le gouvernement s’ouvre les yeux : les conditions de vie des Québécoises ont changé.

Mais surtout, on ne doit jamais perdre de vue l’objectif fondamental. « De manière plus générale, ce qu’il faut, c’est préserver les conditions de régénération des êtres, des populations et des milieux de vie », résume Louise Vandelac. D’où la nécessité, dit-elle, d’intervenir en amont dans le débat sur la procréation assistée. Prévenir plutôt que guérir : ce principe prend ici tout son sens.

Le plus tôt sera le mieux

Une femme de moins de 30 ans a chaque mois environ 30% de chances de tomber enceinte de manière naturelle. Ce taux chutera à 15% par mois lorsqu’elle sera âgée entre 35 et 40 ans. Et au-delà de 40 ans, une femme sur deux aura recours aux services d’une clinique de fertilité. De plus, les risques de fausse couche augmentent passé ce cap : pour les femmes de 45 ans, ils sont de l’ordre de 75%, contre 15% pour les femmes âgées de moins de 30 ans.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Catherine-Emmanuelle Delisle

    Merci pour cet article très éclairant. Je m’empresse de le diffuser sur les réseaux sociaux et sur mon blog Etre femme sans enfant .

    http://etrefemmesansenfant.blogspot.ca/

Inscription à l'infolettre