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La politique de l’autruche

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

Sans doute cette situation vous sera-t-elle familière : vous abordez un sujet de société en défendant une position féministe, et bam!, il se trouve quelqu’un pour arguer que, de toute manière, en Occident, l’égalité est atteinte. La preuve irréfutable de votre vis-à-vis : Tiens, regarde juste en politique : on trouve maintenant autant de femmes que d’hommes. On a même eu une première ministre au Québec, et plusieurs pays sont dirigés par une femme. Fin de la citation. Mais pas de l’argumentaire.

Le problème, c’est qu’on ne sursaute pas devant une image réunissant une majorité de dirigeants masculins. Cela a été notre réalité pendant si longtemps que notre œil s’est accoutumé. Notre raison aussi. Par conséquent, on a tendance à se réjouir (trop vite!) dès qu’on repère une poignée de femmes parmi une ribambelle d’hommes, sur les photos officielles. Rassurons-nous. Égalité atteinte.

Vraiment?

Un exemple édifiant : en janvier, rapportant les faits saillants d’une marche organisée après l’attaque contre Charlie Hebdo, un journal ultra-orthodoxe israélien a publié une photo du cortège de dirigeants mondiaux en prenant soin d’effacer les femmes qui y participaient. Résultat : une image où il faut y regarder à deux fois avant de constater que quelque chose cloche. En guise de réplique, on trouvait sur la page Facebook du site satirique irlandais Waterford Whispers cette photo ne montrant que les trois seules femmes du cortège : la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini; la mairesse de Paris, Anne Hidalgo; et la chancelière allemande, Angela Merkel. Résultat : l’image forte d’une rue dépeuplée. « Une façon, aussi, de démontrer par l’absurde à quel point le cénacle des dirigeants mondiaux est masculin… » écrivait la rédaction du site français Les Nouvelles/News, qui a relayé la photo.

À l’évidence, il y a des pendules qu’il faut remettre à l’heure. À commencer par celles du Québec, où l’on peine à dépasser la barre des 30 % de femmes dans les différentes sphères politiques. À l’heure actuelle, elles représentent 17 % de nos maires, 32 % de nos conseillers municipaux et 27 % de nos députés. Vus de l’autre bout de la lorgnette, ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Représentation politique des hommes au Québec : 83 % des maires, 68 % des conseillers municipaux, 73 % des députés. Des chiffres criants d’égalité?

Mais qu’est-ce qui freine l’ascension des femmes en politique? C’est, entre autres, ce qu’on a voulu comprendre avec deux des textes de ce dossier : Le verre à moitié plein et La chaise musicale des politiciennes. On a aussi voulu savoir comment se porte la gouvernance autochtone, en nous demandant quels rôles de pouvoir les femmes y jouaient autrefois (entendre avant la colonisation) et y jouent aujourd’hui. À lire ici : Gouvernance autochtone : retrouver l’équilibre. Autre question qui nous taraudait : réserve-t-on le même sort aux femmes qui nous gouvernent? Le cas de l’ex-première ministre Pauline Marois est-il emblématique d’un traitement sexiste? Réponses (parfois inattendues) ici : Pauline Marois : autopsie d’une défaite.

Quatre textes fort instructifs à lire sans faute. Surtout si vous souhaitez fournir des réponses étayées à la « preuve irréfutable » énoncée plus haut.

Bonne lecture!

Qu'en pensez-vous?

4 Réactions

  1. Louise-Laurence Larivière

    Entièrement d’accord avec Lucille Ménard qui a écrit plus bas :

    «plus nous accueillons d’immigrants ayant pour religion la
    suprématie de l’homme sur la femme moins notre message sur
    l’égalité de la femme passera.
    C’est une bataille de tous temps, et si nous baissons la
    garde nous serons les premières à en pâtir.
    Soyons vigilantes!»

    Dire que l’on a traité la nonagénaire Janette Bertrand de sénile alors qu’elle nous exhortait à la vigilance. C’est Janette qui avait raison.

  2. catherine

    entierement d’accord avec Lucille Ménard

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