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Photographie d’un autochtone frappant sur un tambour

Gouvernance autochtone : retrouver l’équilibre

par 

Travaille comme journaliste indépendante pour divers magazines québécois, après avoir œuvré au quotidien Le Devoir et au Magazine Jobboom. Diplômée en journalisme à l'UQÀM, elle s'intéresse particulièrement aux enjeux de société.

Les femmes prennent de plus en plus leur place dans les structures politiques autochtones. L’élue innue Marjolaine Étienne raconte son expérience et invite les plus jeunes à suivre ses traces.

Marjolaine Étienne a investi la politique en 2003 à la suggestion de son père, qui jugeait qu’il était grand temps que les femmes fassent le saut dans l’arène. « Je lui ai répondu : “Que veux-tu que j’aille faire là? Je n’y connais rien.” Il m’a dit : “Tu feras comme les autres, tu apprendras!” » Cette ancienne intervenante communautaire qui entame la cinquantaine en est aujourd’hui à son troisième mandat au sein du Conseil de bande de Mashteuiatsh, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elle est si passionnée par son rôle qu’elle a représenté les élues du Québec et du Labrador au Conseil des femmes de l’Assemblée des Premières Nations de 2006 à 2010.

Photographie de Marjolaine Étienne.
« La Loi sur les Indiens est venue changer le système en donnant plus de pouvoir aux hommes. La notion d’équilibre s’est perdue. Mais les femmes veulent maintenant reprendre leur place.  »  — Marjolaine Étienne, vice-chef aux Affaires extérieures du Conseil de bande de Mashteuiatsh et ancienne représentante des élues du Québec et du Labrador au Conseil des femmes de l’Assemblée des Premières Nations

Son père sentait peut-être qu’il était temps de revenir à l’équilibre traditionnel des rôles entre les hommes et les femmes dans la communauté. Historiquement, les sociétés autochtones avaient une organisation égalitaire. « En cours de route, la Loi sur les Indiens est venue changer le système en donnant plus de pouvoir aux hommes, explique Marjolaine Étienne. La notion d’équilibre s’est perdue. Mais les femmes veulent maintenant reprendre leur place. »

Dans la mire des femmes

Et elles le font, pas à pas. Selon notre compilation maison, à ce jour, environ 34 % des élus aux 40 conseils de bande du Québec (voir encadré) sont des femmes, dont quatre chefs. Les conseils de Mingan et de La Romaine se sont même imposé la parité de façon volontaire. Quant au Nunavik, dans les 14 conseils de village nordique, les femmes occupent 43 % des sièges, dont trois postes de mairesse. « La représentation des femmes est en évolution, constate Marjolaine Étienne. Ce sont les sujets comme l’éducation, l’habitation et l’avenir des jeunes et des aînés qui attirent les femmes autochtones en politique. Elles sont très près des familles. »

Cela ne les empêche pas d’investir les sphères de la politique qui touchent l’économie, comme c’est le cas deMmeÉtienne, qui est vice-chef aux Affaires extérieures du conseil de bande où elle siège. « Je suis responsable des relations avec les grandes entreprises et des relations gouvernementales, et je m’occupe du développement économique et des ressources naturelles. Ce sont de grands enjeux pour la communauté. » L’élue estime que les femmes « ont une vision globale des choses » qui sert aux populations.

Le défi? Maintenir les femmes dans leurs sièges et en recruter de nouvelles. « Les problèmes avec lesquels vivent les communautés ne sont pas faciles à gérer. Il ne faut pas que les défis nous empêchent de foncer. Entre politiciennes, on peut s’entraider. »

En février aura d’ailleurs lieu, à Québec, un congrès réunissant les élues des conseils de bande, à l’initiative du groupe de travail des femmes élues de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. Il s’agit du second, le premier congrès s’étant tenu en 2008. « On va peut-être réaliser que certains dossiers qu’on porte peuvent être mis en commun, qu’on peut s’aider pour livrer certaines batailles. » Ce congrès donnera aussi lieu à un « moment historique », selon Marjolaine Étienne : une première rencontre entre les élues autochtones et les élues non autochtones de l’Assemblée nationale. « Je pense que ce sera un grand moment d’échanges, et j’ose espérer que ce ne sera pas le seul. »

L’engagement citoyen comme porte d’entrée

Le bassin de candidates potentielles dans les communautés autochtones est grand, assure la politicienne. Il est vrai que ces dernières années, les femmes autochtones se sont généreusement engagées pour défendre leurs intérêts. Pensons au mouvement pancanadien Idle No More, par exemple.

Marjolaine Étienne, qui est présidente du Puakuteu Comité de femmes de Mashteuiatsh, peut témoigner de l’engagement des femmes à l’échelle locale. Elle indique que ses comparses se dévouent particulièrement pour la transmission de la culture aux jeunes. « Les femmes s’approprient davantage ce rôle qui s’est perdu à travers les événements qui ont marqué notre histoire, comme l’instauration des pensionnats. On nous a enlevé ce rôle de transmission des savoirs traditionnels, mais on réalise aujourd’hui l’urgence de transmettre aux enfants notre culture et notre langue. »

Les militantes de cette communauté se sont également mobilisées en octobre pour tenir une vigile en hommage aux femmes autochtones disparues et assassinées, dans la foulée du mouvement qui demande une commission d’enquête nationale sur le sujet.

Aux femmes qui réalisent à travers leur engagement citoyen que la politique les attire, elle demande de foncer. « Il faut le faire! Ayez confiance en vous! Et si votre première tentative échoue, représentez-vous la fois suivante! Il ne faut pas baisser les bras. »

Au début, elle-même manquait de confiance. « Une fois entrée en poste, on s’aperçoit qu’on peut très bien s’approprier les dossiers. Et une fois qu’on est réélue, on les maîtrise encore davantage! »

Comment fonctionne le système politique chez les autochtones?

Dans les communautés amérindiennes, le pouvoir local est exercé par les conseils de bande. Leurs responsabilités sont beaucoup plus vastes que celles d’un conseil municipal : ils administrent les fonds pour la santé, l’éducation, l’emploi, l’habitation, les services sociaux, la sécurité et les travaux publics. L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador est l’instance politique régionale, tandis que l’Assemblée des Premières Nations est la structure nationale.

Chez les Inuits du Québec, ce sont les conseils de village nordique qui exercent le pouvoir local, tandis que l’Administration régionale Kativik est la conférence des élus de toutes ces communautés. Les élus de la Société Makivik défendent quant à eux les intérêts des Inuits du Nunavik auprès des gouvernements provincial et fédéral.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Louise-Laurence Larivière

    Quelle belles leçons à tirer de ces Amérindiennes!

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