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Vignette de l'article « L'amère patrie »

L’amère patrie

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

Comment se portent nos cousines françaises? s’est demandé l’équipe de la Gazette des femmes. Après avoir fait paraître il y a deux ans un dossier sur le sort de nos voisines américaines, l’heure était venue de poser notre loupe féministe de l’autre côté de l’Atlantique.

Les nouvelles en provenance de l’Hexagone n’ont pas manqué d’attirer notre attention ces dernières années. D’abord, les médias français (et belges, entre autres) ont abondamment fait état du harcèlement de rue qu’endure quotidiennement un énorme pourcentage d’Européennes. Si le phénomène n’est pas nouveau en France, le fait qu’il soit nommé, abordé et dénoncé dans les médias comme dans les chaumières est, lui, tout à fait récent. À la source de cette prise de conscience médiatique et sociale, le documentaire à caméra cachée Femme de la rue de la Belge Sofie Peters, paru en 2012, auquel faisait écho la jeune humoriste française Bérengère Krief dans une nouvelle mouture d’un de ses célèbres sketchs. L’ampleur du harcèlement de rue a par ailleurs déclenché une déferlante de commentaires sur les réseaux sociaux et engendré de nombreux Tumblr sur la Toile, du témoignage salvateur à la bande dessinée qui sensibilise. Dans l’article que signe la journaliste Leslie Rezzoug pour ce dossier, on apprend entre autres que 97 % des Françaises ont déjà subi des sifflements, des attouchements ou des regards déplacés dans le métro. Une statistique effarante qui, étonnamment, s’accompagne d’une banalisation de la part des femmes. Le phénomène est tellement entré dans les mœurs qu’elles ont du mal à y voir une forme de harcèlement. Pire : elles auraient tendance à se rendre responsables de ce harcèlement à leur endroit, tant elles ont intégré l’idée que si une telle chose leur arrive, c’est qu’elles l’ont bien cherché au fond. À lire ici!

L’État à l’heure de l’égalité

En élisant le Parti socialiste de François Hollande, la France a vu la question de l’égalité femmes-hommes revenir à l’avant-plan dans l’arène politique. Alors que les dossiers liés à la condition des femmes avaient longtemps été sous la responsabilité de différents ministères délégués ou secrétariats d’État, le ministère des Droits des femmes en est devenu un de plein exercice en 2012. Sous le mandat de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, un plan d’action de troisième génération des droits des femmes a vu le jour. Au programme : l’obligation pour les grandes entreprises d’avoir 40 % de femmes qui siègent à leur conseil d’administration, un ABCD de l’égalité à l’école, une loi sur le harcèlement sexuel, des mesures pour lutter contre la violence faite aux femmes… Deux ans après les élections, qu’en est-il de ces mesures, surtout depuis que le ministère a été absorbé par le ministère des Affaires sociales et de la Santé? La France est-elle réellement en train de rattraper le Québec sur le terrain de l’égalité ou accuse-t-elle toujours un certain retard? Des spécialistes donnent leur avis sur la question dans le texte de Véronique Chagnon.

Grand écran, petite ouverture

Cinéma d’auteur, Festival de Cannes, vedettes icônes… Le 7e art français est entouré d’une aura mythique. Pourtant, nombre de ses films — récents ou pas — demeurent largement sexistes : leurs personnages féminins vont de la femme-enfant à la femme fragile, de celle que l’on dénude à celle que l’on trompe ou que l’on touche sans demander, en passant par la jeune ingénue éperdument amoureuse d’un homme d’âge mûr. Les dernières éditions du Festival de Cannes n’ont pas arrangé les choses, apportant au contraire leur pierre à l’édifice de la misogynie. À commencer par le réalisateur François Ozon qui y a affirmé cette année, en parlant de son film Jeune et jolie, que l’acte de se prostituer est un fantasme que partagent beaucoup de femmes. En 2013, Roman Polanski, qui présentait La Vénus à la fourrure, a dit estimer que l’égalité des sexes est « purement idiote » et qu’elle a tué le romantisme. Et n’oublions pas Abdellatif Kechiche, qui a obtenu la Palme d’or pour son film La vie d’Adèle en 2013 et qui aurait tyrannisé ses deux actrices principales durant le tournage. Heureusement, le temps n’est pas qu’au gris outre-Atlantique. Les gens du milieu cinématographique font remarquer que des réalisatrices émergent et s’imposent, parmi lesquelles Céline Sciamma (Tomboy, 2011) et Maïwenn (Polisse, 2011). Une réjouissante nouvelle, assurément. Serait-ce là un pas significatif vers un réel changement des mentalités? Réponse dans Les femmes font leur cinéma de Gwenaëlle Reyt.

Bonne lecture!

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