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Photographie de Julie Miville-Dechêne.

Débat citoyen et féminisme

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A dirigé la section Livres du journal Voir de 1994 à 2003, complété une maîtrise en littérature française à l’université McGill et tenu des chroniques culturelles à la Première Chaîne de Radio-Canada. Elle collabore au Club de lecture de Bazzo.tv. sur les ondes de Télé-Québec depuis 2007 ainsi qu’à plusieurs publications québécoises, elle a signé trois essais : Interdit aux femmes (avec Nathalie Collard, 1996), Pour en finir avec la modestie féminine (2003) et Les femmes en politique changent-elles le monde? (2010). Enfin, elle est lauréate 2007 du Prix Femme de Mérite, catégorie communications, du YWCA.

Le Conseil du statut de la femme et l’Institut du Nouveau Monde, un organisme qui vise à accroître la participation citoyenne à la vie démocratique, s’unissent pour réfléchir sur la démocratie. La présidente du Conseil, Julie Miville-Dechêne, dévoile les détails de cette collaboration.

Le Conseil du statut de la femme est connu pour les avis qu’il publie régulièrement sur des sujets chauds, ainsi que pour ses recherches fouillées qui documentent les conditions de vie des Québécoises. Il étend désormais son champ d’action en participant à une campagne d’envergure ayant pour thème la démocratie. Lancée le 30 septembre dernier par l’Institut du Nouveau Monde (INM), Nous sommes démocratie consiste en une vaste réflexion sur l’exercice de la démocratie, assortie de sept chantiers portant sur différents thèmes, tels l’idée d’un engagement civil, les initiatives populaires et le scrutin proportionnel. Julie Miville-Dechêne fait partie d’un groupe de 100 personnalités qui, agissant à titre personnel ou représentant un organisme, porteront et défendront sur la place publique les propositions de participation citoyenne qui émaneront de cette campagne.

Gazette des femmes : Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de l’INM?

Julie Miville-Dechêne : À la base, j’apprécie beaucoup l’initiative de Michel Venne, qui a quitté un métier intéressant en journalisme pour fonder l’Institut du Nouveau Monde. Sans grands moyens, cet organisme s’est démarqué et est devenu un incontournable de notre vie démocratique.

En quoi l’INM est-il utile, selon vous?

On y a développé des formules fertiles et riches, comme les écoles de citoyenneté pour les jeunes, le Laboratoire d’innovation sociale, et bien sûr, celle de l’actuelle campagne Nous sommes démocratie. L’INM offre un espace public où les citoyens, les politiciens et les institutions peuvent débattre, ce qui est très précieux. Je pense aussi que l’INM s’est imposé par ses connaissances des institutions démocratiques et des enjeux qui y sont liés, tout comme par sa volonté de les rendre accessibles, de les vulgariser, de les transmettre.

Que peut-on attendre de la collaboration ente l’INM et le Conseil?

Entre plusieurs choses, un approfondissement des sujets par les débats que l’on aura. Personnellement, je trouve que l’on entend trop souvent les mêmes intervenants lors de débats publics et dans les médias : les mêmes experts et porte-parole sont toujours invités. Or, par les échanges et événements qu’il organise, l’INM contribue à diversifier les points de vue. Cette diversité est précieuse pour la santé de la démocratie. Je compte sur les débats à venir pour entendre des citoyens aux savoirs variés et essentiels. J’ai récemment rencontré une sexologue en CLSC qui connaît très bien le quotidien des jeunes filles. Elle a une vaste expertise en ce qui concerne leur comportement amoureux et sexuel. Or cette femme, personne ne l’entend, sauf ses patients. Elle m’a pourtant éclairée sur la vie des adolescentes, et je me dis que si ce fut pertinent pour moi, ce le sera sûrement pour d’autres personnes aussi. Ce n’est qu’un simple exemple, mais des femmes et des hommes intéressants mais méconnus comme elle, il y en a beaucoup!

Que gagnera le Conseil à entendre ces différents intervenants et à prendre part aux débats qui surgiront pendant cette campagne?

Nous pourrions augmenter la portée de notre engagement féministe et mieux expliquer les enjeux d’égalité, tout en nourrissant nos réflexions des préoccupations du plus grand nombre possible de citoyens. Pour ce faire, les forums citoyens de l’INM sont un outil utile.

Qui souhaitez-vous rencontrer, entre autres, lors de cette campagne?

Tout le monde! Femmes, hommes, jeunes et moins jeunes. Nous voulons échanger avec eux sur l’égalité des sexes et la démocratie. L’idée de donner une visibilité à des débats citoyens est très bonne, mais au-delà de ça, je souhaite que le Conseil soit agent de changement, et même à l’avant-garde du changement.

Et sur le plan particulier du féminisme?

On entend dire parfois que le Conseil est loin des femmes qui forment la société québécoise. Voilà l’occasion de faire connaissance avec elles, et de les entendre. Nous connaissons celles qui gravitent autour de l’organisme, ou qui sont féministes affichées et militantes, mais nous ne prétendons pas parler au nom de toutes les femmes.

Photographie de Julie Miville-Dechêne.
« Je souhaite qu’à l’issue des débats, nous puissions voir d’autres visages du féminisme, ajouter des voix et des humains aux statistiques et aux chiffres. »  — Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme

Et vous, personnellement, qu’attendez-vous de la campagne Nous sommes démocratie?

Je souhaite qu’à l’issue des débats, nous puissions voir d’autres visages du féminisme, ajouter des voix et des humains aux statistiques et aux chiffres. Le Conseil maîtrise bien la collecte et l’analyse de données chiffrées, et c’est essentiel, mais nous souhaitons aussi donner une dimension sociale et politique aux statistiques.

Peut-on imaginer que cette campagne inspirera les différentes démarches à venir du Conseil?

Pourquoi pas? Par exemple, nous pourrions penser à des partenariats avec des femmes autochtones ou encore avec les commissions scolaires, pour intégrer la notion de l’égalité (des sexes, des races, etc.) dans les programmes, par exemple. Je pense que l’éducation citoyenne est l’une des clés d’une saine démocratie. En fait, je crois beaucoup à l’idée de partenariat. À titre d’exemple, nous avons proposé aux CLSC de les documenter sur la question des crimes dits d’honneur, à la suite de nos recherches sur le sujet. Je crois que c’est un modèle de partenariat qui pourrait être appliqué à d’autres secteurs : écoles, sociétés d’État, organismes paragouvernementaux de santé et services sociaux, etc. Selon moi, le Conseil, qui souhaite participer à la construction de la société, a tout intérêt à s’engager dans ce type de démarches.

Dans les prochaines semaines, surveillez sur le site de l’INM le lancement officiel de la campagne.

Qu'en pensez-vous?

2 Réactions

  1. Lorraine Loranger

    La construction de notre société…j’éprouve une difficulté. Y croire!

    Quand je lis les journaux du Québec, quand j’écoute la radio, les nouvelles de la télé, je plisse des yeux…ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on ressent, l’exclusion est partout….les immigrants, les Inuits du Québec. Les femmes ne sont pas épargnées, surtout celles qui n’ont pas de voix. Je suis une femme engagée, une ex-travailleuse sociale…j’ai voyagé beaucoup, je sais qu’il ne faut pas attendre quoi que ce soit de nos gouvernements…ils n’en n’ont que pour les ressources…tout est une question de gains. Il faut SE TENIR DEBOUT, chacun de nous, il faut regarder n avant mais aussi prêter main forte aux personnes les plus vulnérables qui n’ont pas de voix. Donnons-leur une voix!

  2. Duquet Huguette

    Vous avez absolument raison de suggérer d’aller chercher de l’expertise de consultation dans des milieu qui nous ne venaient pas à l’idée autrefos. Etant du milieu( paragouvernemental),`laissez-moi vous dire que certaines femmes ignorées,bafouées,de toutes cultures, etc.qui venaient dans notre hôpital, avaient de grands besoins phisiques et psychologiques entre-autre…Donc un partenariat avec ces travaillantes (eurs) vous apporterait une bonne information de terrain!! Merci de votre attention. HD.

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