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Nourisson buvant à une bouteille de lait. © iStock Photo

Les banques de lait maternel fonctionnent sur le même mode que les banques de sang. Et comme ces dernières, elles sauvent des vies.

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Ceci est mon lait, tiré pour vous

Par Andrée-Marie Dussault, 1 octobre 2012

Comme le don de sang, le don de lait maternel sauve des vies. Surtout chez les grands prématurés. Si l’Europe est largement en avance en matière de banques publiques de lait, ici, la pratique tarde à s’étendre.

Il y a une dizaine d’années, en Angleterre, une petite puce de moins de 600 grammes voyait le jour après 37 semaines de vie in utero. Elle était bien développée, mais son gros intestin était sévèrement mal formé, la rendant incapable d’absorber assez de nutriments pour vivre. Même après une lourde intervention chirurgicale, elle devait être alimentée par intraveineuse, ce qui endommageait son foie. Le processus a donc été stoppé.

Photographie de 2 biberons.Désespérés, les médecins avaient cessé de croire à sa survie. Ses parents l’ont ramenée à la maison. Comme la mère était incapable de l’allaiter pour des raisons de santé, ils se sont tournés vers les banques de lait maternel. Peu à peu, le bébé a pris du poids. Pendant plus d’un an, elle a consommé le liquide généreusement donné par d’autres mamans. Aujourd’hui, le petit être fragile est devenu une préadolescente en pleine santé.

Cet exemple, parmi des milliers, illustre l’intérêt des banques de lait maternel, également appelées lactariums. Leur fonctionnement est semblable à celui des banques de sang. Du lait maternel y est collecté, analysé, traité et redistribué sur prescription médicale à des bébés nés avant terme ou présentant de graves maladies digestives immunologiques et allergiques. Ces banques viennent notamment en aide aux grands prématurés — les bébés nés à moins de 32 semaines ou pesant moins de 1 500 grammes. Elles sauvent même des vies.

Illustration d'une ligne de séparation verticale.Comme le don de sang,
le don de lait maternel sauve des vies.

L’Europe compte 166 lactariums. Douze autres devraient voir le jour d’ici peu. La championne en la matière est la Suède qui, pour neuf millions d’habitants, en possède 28.

En Suisse, un pays à la population comparable à celle du Québec (huit millions d’habitants), il existe six banques de lait maternel; la plus ancienne a été créée en 1930. Elles se trouvent toutes dans des hôpitaux publics pour enfants ou offrant des services de gynécologie. En 2011, 820 litres de lait de donneuses ont été distribués à 454 nourrissons, pour la plupart de grands prématurés.

Le Canada, lui, compte deux banques de lait maternel. La plus ancienne se trouve en Colombie-Britannique et existe depuis 1974. L’autre a été mise en activité à Calgary plus tôt cette année par Jannette Festival, une infirmière de formation. Celle-ci affirme que dès son ouverture, la banque albertaine a croulé sous les offres et les demandes.

Le Québec prend son temps

En mars 2011, la banque de sang Héma-Québec remettait une étude de faisabilité au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur la création éventuelle de la première banque de lait maternel au Québec. Selon les scénarios retenus, celle-ci coûterait environ 580 000 $ aux contribuables québécois annuellement, en plus d’un investissement initial de 800 000 $ qui serait fourni par la Fondation Héma-Québec.

Laboratoire de lait maternel avec une bouteille de lait maternel.Préparation des seringues de lait maternel pour le service de réanimation néo-natalité.

« Chaque année, une banque de lait maternel permettrait aux services de santé en néonatalogie d’économiser environ 1,25 million de dollars, en plus de sauver la vie d’une vingtaine de nouveau-nés », affirme Valérie Legault, agente d’information chez Héma-Québec. Elle ajoute qu’annuellement, le lait de plus ou moins 265 donneuses serait nécessaire et que près de 1 190 grands prématurés bénéficieraient de la banque publique. Or, un an et demi a passé depuis le dépôt de l’étude, et le MSSS ne s’est toujours pas prononcé sur le sujet, sans qu’on sache pourquoi.

Dans le cadre de sa politique de périnatalité 2008-2018, le MSSS s’est engagé à examiner la possibilité de mettre sur pied des banques de lait maternel. Selon Noémie Vanheuverzwijn, responsable des relations avec les médias au MSSS, le gouvernement a analysé l’étude d’Héma-Québec et les travaux se poursuivent afin de choisir la meilleure avenue possible. « Un ensemble de dimensions légales, financières, organisationnelles et de santé sont à considérer. Au terme de ces travaux, une décision sera prise dans l’intérêt de la santé des bébés prématurés, dans les meilleurs délais », a-t-elle fait savoir sans autre précision.

Beau, bon, pas cher

Consultante en allaitement et en lactation à l’Hôpital pour enfants de Saint-Gall, en Suisse, Kerri Frischknecht est convaincue de l’intérêt des banques de lait maternel. « Souvent, la lactation de la mère se met en route plus tard que l’accouchement lorsqu’il survient prématurément. » Le corps de la mère serait biologiquement programmé pour nourrir un bébé né à terme (à plus ou moins 40 semaines). Sans compter que les mères de bébés prématurés sont souvent fatiguées et éprouvées, ce qui ne favorise pas la lactation. « Le lait de donneuses, plus digeste que le lait de vache en poudre du commerce, permet de nourrir le bébé en attendant que la mère puisse l’allaiter. Même si le lait de donneuses n’est pas aussi bénéfique pour un grand prématuré que celui de la mère (fait sur mesure, parfaitement adapté aux besoins du bébé et non pasteurisé), ses qualités nutritives surpassent de loin celles du lait vendu sur les tablettes. »

Photographie de Mme Kerri Frischknecht, consultante en allaitement et en lactation à l’Hôpital pour enfants de Saint-Gall.

« Souvent, la lactation de la mère se met en route plus tard que l’accouchement lorsqu’il survient prématurément. »
Kerri Frischknecht, consultante en allaitement et en lactation à l’Hôpital pour enfants de Saint-Gall

Certes, les banques de lait maternel exigent beaucoup de travail et coûtent des sous, admet Kerri Frischknecht, qui représente aussi la Suisse à l’European Milk Bank Association (European Milk Bank Association). « Mais elles contribuent à réduire les infections et les problèmes digestifs », fait-elle valoir. Avec pour résultat que de nombreux bébés nés prématurément rentrent à la maison plus rapidement, ce qui engendre des économies.

Bien que les donneuses ne soient pas rémunérées, recueillir, contrôler, pasteuriser et congeler le lait maternel est un processus dispendieux, affirme le pédiatre Riccardo Pfister, président de la Société suisse de néonatalogie, qui endosse la création de banques de lait maternel depuis 2010. Mais l’hospitalisation d’un grand prématuré l’est encore davantage, fait-il remarquer : elle peut coûter de 100 000 à 200 000 francs suisses (environ l’équivalent en dollars canadiens).

Le pédiatre, qui est aussi responsable de l’unité de néonatalogie des Hôpitaux universitaires de Genève, rappelle cependant que l’utilisation du lait maternel n’est pas sans risques; le lait peut être vecteur de maladies ou d’infections. Il souligne par ailleurs que les donneuses — le plus souvent des mères de nouveau-nés — doivent correspondre à un profil précis pour assurer la qualité du lait. « Elles ne doivent pas fumer, boire ni consommer de drogues ou de médicaments, et ne doivent pas être porteuses du VIH ou de l’hépatite. »

Un geste altruiste

Tire-lait maternel.Monitrice à la Ligue La Leche à Montréal (une organisation internationale à but non lucratif qui soutient l’allaitement), Kathleen Couillard est favorable à la mise sur pied d’une banque publique de lait maternel. « Comme le don de sang, le don de lait est un geste altruiste qui vise à venir en aide à d’autres êtres humains », explique-t-elle. Une action généreuse, mais aussi féministe, selon elle. En valorisant l’importance du lait maternel pour la santé des nouveau-nés, Mme Couillard estime que le don de lait contribue à faire reconnaître la valeur de l’allaitement, et donc à renverser le courant de pensée selon lequel les particularités biologiques des femmes sont vues comme un obstacle à leur épanouissement. « L’allaitement ou le don de lait n’est pas un esclavage, mais un accomplissement. »

L’experte en microbiologie et immunologie s’interroge sur la dépréciation des fonctions biologiques des femmes par un certain courant féministe, comme celui qui établit un parallèle entre le don de lait maternel et le phénomène des nourrices. « Au 21e siècle, en Occident, le don de lait se fait sur une base volontaire. Il n’est pas restreint à une classe sociale moins favorisée qui en dépendrait pour sa subsistance. » Elle rappelle que le lait est recueilli pour les bébés fragiles, dont la mère ne peut fournir son propre lait, et non pour les enfants de femmes qui choisissent de ne pas allaiter pour des raisons personnelles.

La création de banques de lait semble également conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et de l’UNICEF. En 1980, les deux agences internationales publiaient une directive soulignant que la meilleure option pour un bébé qui ne peut être nourri du lait de sa mère (au sein de préférence, sinon tiré) est le lait pasteurisé d’une autre femme. Le lait de substitution, produit industriellement, ne contient pas d’anticorps et ses protéines bovines le rendent moins digeste.

Le Québec emboîtera-t-il le pas? Le MSSS nous le dira. : :

Illustration d'une ligne de séparation horizontale.Illustration d'une ligne de séparation verticale.

Mon lait via Facebook

Logo de HM4HBEn octobre 2010, lorsqu’un énième lait de vache en poudre pour bébés est apparu sur le marché canadien, la Montréalaise Emma Kwasnica, mère de deux enfants et aspirante sage-femme, a décidé de réagir. C’est ainsi qu’est né sur Facebook le réseau mondial virtuel Human Milk 4 Human Babies (MSSS), qui veut promouvoir l’« alimentation des bébés et des jeunes enfants du monde par le lait maternel ». Depuis, des milliers de femmes de plus de 50 pays donnent et reçoivent gratuitement du lait maternel grâce à ce réseau informel géré par 300 bénévoles, sans soutien financier.

Le succès fulgurant de HM4HB a amené Santé Canada et la Food and Drug Administration américaine à réagir à leur tour en publiant un avis sur les risques potentiels du partage de lait maternel. Ce qui n’a en rien diminué la popularité de HM4HB.

Dans sa page Facebook le réseau souligne qu’il ne soutient pas la vente de lait maternel, ni la publicité ou les activités lucratives connexes. Sa plateforme est fondée sur des valeurs telles que la générosité, la solidarité, l’empathie, la responsabilité personnelle, le respect, l’honnêteté et l’amour. Il se défend en outre d’être responsable des choix et des décisions de ses membres, qu’il encourage à « s’éduquer sur les risques, bénéfices et alternatives (sic) » liés au lait maternel. HM4HB rappelle que les substituts du lait maternel ne sont pas sans risques et que le partage de lait maternel est une tradition qui existe depuis toujours, dans toutes les cultures.

Qu'en pensez-vous ?


  1. Guylaine Joannette a écrit :

    Et que je suis contente de voir ces nouvelles ici au Québec . Ayant moi même allaiter difficilement vue une diminution mammaire à un jeune âge, j’aurais aimée pouvoir donner du lait maternelle entre mon lait maternelle à moi, vue que je ne pouvais subvenir au besoin de mes enfants au lieu d’avoir recourt à une préparation en poudre, j’espère que le Québec restera actif pour faire avancer ce nouveaux don pour moi qui est presque essentiel! Pourquoi n’a t’il pas eu de banque de lait maternisé avant, je reste convaincu que les producteur de lait en son en grande parti responsable,nous leur enlevons une grande part de marché avec ça, et ils ont investit des années à faire croire les bien exceptionnelle de leur lait, de même à faire croire dans les années 60-70 qu’il étais plus nourrissant que le lait maternelle, il faut que les gens est un choix dans la vie ces deux choix doivent devenir égaux, dans la tête des jeunes mamans, et ils prendront leurs décision qui leur conviendrons selon leurs besoin et goût!!


  2. Chantale Bernier a écrit :

    Voilà que du gros bon sens!!
    Comment ne pas être pour le lait maternel?
    Je promouvois le pro-choix en terme d’allaitement, mais aussi, l’information des futures familles. Alors, s’ils reconnaissent les bienfaits du lait maternel et pour une raison «X« ils pourraient offrir à leurs enfants ce qu’il y a de mieux et bien voilà!
    Tous les choix sont discutables, mais les bienfaits du lait maternel sont une évidence!
    J’espère voir les banques de lait maternel d’ici peu.
    Chantale


  3. Catherine Tremblay-Provençal a écrit :

    Je suis entièrement en faveur d’une banque de lait maternel. Étant incapable de donner du sang en raison de chute de pression, je serais ravie et fière de faire le don de mon lait. J’allaite présentement mon garçon de 11 mois. Les premiers mois, j’avais une abondance de lait tellement importante que je devais jeter du lait pour soulager l’inconfort.


  4. Mélodie Georget a écrit :

    Article intéressant mais je crois qu’on aurait dû lire dans le premier paragraphe: une petite puce de 27 semaines de vie in-utéro parce qu’à 37 semaines le bébé est considéré comme à terme…