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Illustration d'un coeur

Quel luxe je me paie de rentrer dans mon cocon ! Je continuerai à m’impliquer, sans doute auprès des jeunes, mais je prends le temps de choisir mes prochains engagements.

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À propos de l'auteur(e)

Ariane Émond est journaliste indépendante, animatrice, auteure et conférencière et a été cofondatrice du magazine féministe d’actualité La Vie en rose. Elle a collaboré à de nombreux journaux et magazines québécois en plus d’être chroniqueuse au Devoir. Elle collabore à l’émission radiophonique Pensée libre animée par Serge Bouchard (SRC) et au journal Alternatives où elle est chroniqueuse depuis 2002. Ariane Émond est membre du conseil d’administration de l’Institut du Nouveau Monde.

Logo du Conseil du statut de la femme

Les trajectoires du coeur

Par Ariane Émond, 1 janvier 2010

Cet article fait partie du dossier Elles redéfinissent la cinquantaine

Après l’agitation, le cocon

Claudette Demers Godley
63 ans
Mariée depuis 39 ans, trois enfants
Vit à Montréal
Retraitée depuis août 2009 (était directrice du Y des femmes de Montréal)

« Je mesure mon privilège de pouvoir ralentir ma course folle. J’étais si fatiguée… Quel luxe je me paie de rentrer dans mon cocon ! Je continuerai à m’impliquer, sans doute auprès des jeunes, mais je prends le temps de choisir mes prochains engagements. J’ai tout fait en même temps dans ma vie : travail depuis l’âge de 15 ans, famille, retours aux études, multiples implications… John, mon mari, est retraité depuis cinq ans. Il est mon meilleur ami, mon cuisinier, mon conseiller financier.Nous avons bâti une famille unie, chaleureuse. Je veux plus de temps pour elle. Vieillir avec quelqu’un qui m’aime, qui m’apprécie, qui connaît bien mon corps est une telle chance, je sais. Je veux que ça dure. Si John disparaissait, je ne recommencerais pas avec un autre. Quel intérêt aurais-je de vouloir soutenir un vieux monsieur que je connaîtrais à peine ? »

Second regard

Estelle Bouchard
55 ans
Séparée depuis quatre ans, trois enfants, un petit-fils
Vit à Montréal avec son adolescente
Scénariste et consultante pour la télé

« Après le mal foudroyant de la rupture, je baigne dans un sentiment de liberté immense depuis peu. J’ai enterré mon rêve d’un grand amour durable.Vingt-cinq ans de vie de couple ne m’ont pas apporté cela et il ne reste plus assez de temps pour que ça se produise. J’ai sacralisé l’amour comme la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Je me suis sentie amputée, incomplète après ma rupture. Le regard de l’autre me définissait. C’est terminé. Je découvre d’autres formes d’attachement profond, je cultive mes amitiés, je m’entoure de ma famille saguenéenne. SI je retombe amoureuse, je veux marcher en terrain complètement nouveau. Faire l’amour me manque, bien sûr ! Les hommes de ma génération ne me voient plus, les plus jeunes ne m’intéressent pas : à long terme, ça ne dure pas ! »

Le bien-être sans amertume

Nicole Gagné
55 ans
Célibataire sans enfant Vit à Lévis (seule depuis 10 ans)
Analyste en administration de systèmes et massothérapeute

«  Désabusée de l’amour? Non! J’y crois encore et je reste disponible, mais je ne le cherche pas. Je fais ce que j’ai à faire : je voyage, je suis des cours et je mène une quête spirituelle qui me fait beaucoup de bien. J’ai des amis que j’adore. Ce qui ne m’empêche pas, parfois, de sentir la solitude comme un poids… Mais ça ne dure pas. Oui, j’ai approché des hommes qui m’intéressaient, mais j’ai été mal accueillie. J’avoue mal comprendre ceux qui se remettent en couple avec des femmes 15 ans plus jeunes. Ils se privent d’amoureuses de 50 ans intelligentes, drôles et cultivées, pleines d’énergie et indépendantes. Malgré le corps qui cède un peu aux lois de la gravité, c’est bon d’avoir 55 ans! Je sens que le meilleur est devant, sans doute parce que j’assume mieux qui je suis. » 

La liberté n’a pas de prix

Irène Cinq-Mars
62 ans
Divorcée, sans conjoint depuis 12 ans, deux enfants, deux petits-fils
Vit seule à Montréal
Gestionnaire de projet

« J’ai traversé la cinquantaine en solo, ce qui m’a permis de comprendre comment une femme vieillit. Je me suis rapprochée de ma mère, qui est devenue ma compagne de sorties. J’ai beaucoup appris de sa réserve respectueuse.Qui suis-je aujourd’hui ? Une femme libre et solitaire, mais pas seule. Je vis entourée de ma petite famille, de mes amies, de mes deux chiens. Le début de ma soixantaine m’a apporté une énergie insoupçonnée. Adieu la ménopause ! Je me connais mieux et réalise que si j’ai donné beaucoup d’amour, j’ai de la difficulté à en recevoir. Les hommes de ma génération ? Décevants, souvent immatures. À ma retraite, à 65 ans, je veux apprendre l’italien, peindre et apporter du soutien à de jeunes familles monoparentales. »

Retraite en duo

Charline Planchon
56 ans
Divorcée depuis 19 ans, deux enfants, un petit-fils Vit à Gatineau avec son conjoint Retraitée de l’enseignement depuis 2007, fait du
remplacement occasionnel

« Née en France, j’ai émigré au Québec, vécu en Saskatchewan et me suis mariée à 20 ans. Après mon divorce, j’ai abouti à Gatineau. En 1998, ma fille et celle de Pierre — mon conjoint actuel — , qui étudiaient ensemble, nous ont présentés. Nous ne les en remercierons jamais assez ! Pourquoi la retraite à 54 ans ? La ménopause m’épuisait et l’enseignement au secondaire exige une forme olympique. Nous avons enfin du temps pour nous, pour des projets de solidarité internationale, pour vivre au jour le jour… Je savoure cette liberté. L’avenir ? Incapable de l’imaginer. Je crois au moins m’être soustraite à la pression de l’allure jeune à tout prix. Pierre m’a encouragée en m’aimant comme je suis. Retournerai-je en France ? Plus je prends de l’âge, plus la question me tenaille. D’ici là, avec d’autres copines, on s’occupe de réfugiées qui s’installent à Gatineau. Quand on arrive d’ailleurs, il y a si peu de gens pour nous offrir un café… »

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