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Marie-Claire Séguin ne chantera jamais n’importe quoi. Pour elle, il y a des mensonges à dénoncer et des droits à assumer.

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À propos de l'auteur(e)

Ariane Émond est journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

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Marie-Claire Séguin

Par Ariane Émond, 1 novembre 1990

Marie-Claire Séguin ne chantera jamais n’importe quoi. Pour elle, il y a des mensonges à dénoncer et des droits à assumer.

Elle a une des plus belles voix du Québec et même si elle chante depuis près de vingt ans, chaque fois qu’elle paraît à la télé ou sur une scène, on la redécouvre, fascinées. Son dernier disque Une femme, une planète-son quatrième en solo depuis douze ans-est un bonheur. Elle a écrit, parfois en collaboration, les paroles et la musique de presque toutes les chansons dont plusieurs pourraient traverser le temps, mais on les entend trop peu à la radio… Depuis quelques semaines, elle fait une mini-tournée de spectacles aux quatre coins du Québec. Pourtant, comme le disait un de ses amis, « Marie-Claire, c’est le secret le mieux gardé en ville! »

« C’est sûr qu’il y a un lien entre ce que je crois et ce que je fais. D’ailleurs, je conçois mal qu’on puisse vivre autrement. » Appelez ça de l’engagement, elle vous répond que la vie vaut la peine d’être vécue en faisant des choix et que « bien sûr, on paie toujours pour les choix qu’on fait, mais l’authenticité paie aussi en retour » . Marie-Claire Séguin a toujours placé la barre haute et sa ferveur n’a jamais rien eu à voir avec l’argent mais avec sa conscience globale de la vie, avec le dépassement aussi et le courage. « Le courage, on le prend souvent chez d’autres femmes », lance-t-elle en riant.

Le titre de son dernier album Une femme, une planète rappelle les deux pôles de son engagement. Pour elle, les deux plus grands moments de l’humanité ne sont ni la conquête de l’espace, ni les bébés-éprouvettes, mais l’abolition de l’esclavage et la libération des femmes. « Deux mouvements qui ont bouleversé les cultures et les mentalités en profondeur, qui nous améliorent tous et toutes. Actuellement, il y a une urgence planétaire, la terre est en péril et je crois intimement qu’on n’abuserait jamais autant de la terre si on n’avait pas tant abusé des femmes. » Non, Marie-Claire Séguin ne chantera jamais n’importe quoi et pour elle, il y a des mensonges à dénoncer. « On tente de nous faire croire que nous sommes tous égaux, explique-t-elle, que les femmes ne paient pas plus cher leurs choix-celui d’avoir des enfants par exemple-que celles qui vont à contre-courant n’en souffrent pas plus que les hommes dans la même situation. Le grand mensonge collectif, c’est aussi qu’on peut s’armer, polluer impunément et tout commercialiser. Tout s’achète et on finit par trouver ça normal…

« Je n’ai jamais abordé le propos féministe de manière intellectuelle, mais plutôt en pensant à la vie quotidienne des femmes, à leur peur, aux causes de leur long silence, à leur solitude, à la mienne aussi, dans ce monde du showbiz… Vous savez, dans cette société, une des choses les plus menacées, c’est le droit à la différence. Les femmes sont puissantes et elles sont en train de le redécouvrir. Il y a quelque chose de sacré dans le fait de donner la vie et notre rapport au monde est façonné par cela. C’est pour cette raison que j’ai chanté pour Chantal Daigle et pour la cause des sages-femmes. Nous ne devons plus accepter de nous faire confisquer ce pouvoir sacré, qui est aussi celui de choisir. « Que le grand succès tarde, je m’en fous; moi, je continue, j’avance, je progresse, je m’amuse. Depuis cinq ans, j’ai retravaillé ma voix et quand on travaille avec la respiration, on doit faire du grand ménage à l’intérieur de soi. Il y a des choses qui se gagnent uniquement par le travail sur soi, la confiance et la sérénité par exemple. »

Et l’engagement politique, elle y croit? Au sens large, oui au sens partisan, non. Bien sûr que son cœur bat pour l’indépendance, « parce que nous, les femmes, nous savons ce que cela veut dire se nommer, s’imposer à contre-courant. Les hommes croient qu’on peut être souverain sans faire des choix et sans risquer de perdre des choses. Nous devons dire maintenant quels sont les choix que nous comptons faire par rapport à la terre, aux futures mesures sociales. Allons-nous essayer d’être différents? De faire en sorte que les riches et les pauvres divisent moins le Québec en deux? Serons-nous plus accueillants envers les immigrantes et les immigrants? Et toutes ces discussions et ces plans d’avenir, je ne veux plus jamais qu’ils se fassent sans la parole des femmes. Nous devons trouver moyen de faire entendre notre voix. Autrement, ce pays ne m’intéresse pas. J’aime mieux choisir la planète. »

Pendant que ce pays l’intéresse encore, Marie-Claire Séguin le parcourera en se produisant, d’ici mai 1991, dans les villes suivantes : Québec, Val-d’Or, Rouyn, Sherbrooke, Drummondville, Baie-Comeau.

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