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De force et de passion

Par Carole-Line Nadeau, 1 juillet 1991

Lucie Dagenais voudrait rallier le mouvement des femmes autour d’objectifs communs. Un bref coup d’œil au chemin qu’elle a parcouru au cours des trente dernières années ne laisse planer aucun doute : nous sommes en présence d’une femme engagée et animée d’une profonde passion pour l’amélioration des conditions de travail des femmes. Récemment nommée au Conseil du statut de la femme, Lucie Dagenais est de celles qui ont toujours su lier leurs convictions intimes à leur démarche professionnelle. Et les vingt-huit ans qu’elle compte désormais à l’emploi de la CSN n’auront fait que nourrir cette ferveur.

D’abord travailleuse sociale puis infirmière, elle constate rapidement l’oppression qui règne dans le milieu hospitalier du début des années 60. A l’instar de la majorité des infirmières du Québec, Lucie Dagenais et ses consœurs de l’Hôtel-Dieu de Montréal ne sont pas syndiquées. Mais les injustices et l’humiliation qui prévalent dans les couloirs aseptisés attisent peu à peu la flamme qui fera bientôt d’elle l’une des pionnières de la syndicalisation chez les infirmières. L’alerte sera donnée par un chirurgien qui, dans un excès de colère, lance ses gants souillés au visage d’une infirmière.

Choquées par ce fâcheux incident, Lucie Dagenais et quelques-unes de ses collègues de l’Hôtel-Dieu décident d’entreprendre les démarches pour obtenir leur accréditation syndicale. « En cinq jours, nous avons réussi à rallier la majorité. Mais au-delà des revendications salariales, c’est avant tout pour une question de dignité que nous nous sommes syndiquées. » Cette affaire de femmes, comme elle l’appelle aujourd’hui, viendra tracer la voie de son double engagement, à la fois comme syndicaliste et comme féministe.

Santé et conditions de travail

De plus en plus active au sein de son syndicat local, Lucie Dagenais délaisse la pratique d’infirmière et devient, dès 1963, permanente à la CSN. Toujours guidée par ses deux préoccupations que sont la santé et les conditions de travail des femmes, elle s’engage sur plusieurs fronts. Au tournant des années 70, elle devient une actrice privilégiée des grandes luttes qui permettront la reconnaissance du travail des femmes et le droit de chacune et de chacun à un revenu minimum décent. Lucie Dagenais est alors l’une des rares femmes à accéder au poste d’adjointe au comité exécutif de la CSN. A ce titre elle jouera un rôle influent dans la définition des grandes orientations de l’organisation syndicale.

Le mouvement des femmes prend, à cette même époque, un virage et un essor importants. Lucie Dagenais participe à l’organisation des premières grandes fêtes du 8 mars et à la création de comités de condition féminine qui rayonneront bientôt à l’échelle de la Centrale. C’est d’ailleurs ce qui, à son avis, fait l’originalité et la force du mouvement des femmes au Québec : « Moins élitiste qu’en France ou aux États-Unis, le mouvement des femmes est non seulement implanté dans toutes les couches populaires, mais il est aussi disséminé sur tout le territoire. »

Depuis 1979, elle travaille principalement à la formation et à l’organisation de l’action collective en santé et en sécurité au travail. Une étude approfondie du burn-out lui a notamment permis de mettre au point des mécanismes de dépistage et de prévention des problèmes de santé mentale chez les travailleuses des secteurs des services, de la santé et des services sociaux.

Dans son entourage, on lui reconnaît un sens critique bien aiguisé. La vice-présidente de la CSN, Monique Simard, sa collègue et amie depuis une vingtaine d’années, n’hésite pas à parler d’elle comme d’une femme déterminée, dotée d’une ténacité inébranlable. Pour Lucie Dagenais, cette nomination au CSF constitue d’ailleurs une occasion privilégiée de poursuivre son engagement. « C’est un lieu où l’on peut faire une synthèse de ce qui se passe dans le monde des femmes. Et en mettant en commun des compétences diversifiées, nous pouvons développer une vision féministe très intéressante. »

Tout au long de son parcours, Lucie Dagenais a toujours pris soin de se donner de nouveaux défis; cette fois, elle souhaiterait pouvoir s’attaquer à la division des forces sociales et tenter de rallier le mouvement des femmes autour d’objectifs communs. « On ne peut pas s’en sortir si on ne s’unit pas à nouveau. Il peut même y avoir des reculs importants. » Mais elle croit bien avoir trouvé au CSF un lieu où elle pourra partager son grand rêve d’unité.

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